Les secteurs qui doperont la Bourse en 2010 et 2011

Les analystes recommandent de se positionner dès à  présent sur les secteurs stratégiques et à  fort potentiel de croissance pour profiter de la reprise.
BTP, immobilier, banques, télécoms, et agroalimentaire sont les secteurs qui canaliseront les liquidités en Bourse en 2010 et 2011.
Il faut cependant rester sélectif et opter pour les actions correctement valorisées.

Quels sont les secteurs sur lesquels il faut miser actuellement en Bourse ? Quels sont ceux qui devraient canaliser les liquidités supplémentaires amenées à être injectées sur le marché cette année et en 2011 ? Dans un contexte de reprise du marché boursier, les investisseurs doivent se poser dès maintenant ces questions pour optimiser leurs placements.  Selon les analystes financiers, le retour de confiance est perceptible et il devrait, tout naturellement, profiter à certains secteurs cotés plus que d’autres. Deux grandes catégories d’entreprises ont été définies par les professionnels sur la base de plusieurs critères. La première regroupe les sociétés leaders appartenant à des secteurs d’activité stratégiques et affichant certaines caractéristiques, comme un poids significatif au niveau du marché, une croissance structurelle et durable corrélée à celle du PIB et des niveaux de liquidités corrects. La deuxième catégorie contient pour sa part les sociétés à fort potentiel de croissance, qui devraient profiter à partir de cette année d’une meilleure conjoncture par rapport aux années précédentes et d’une nette amélioration de leur rendement de dividende.

BTP et immobilier, secteurs à la fois stratégiques et à fort potentiel de croissance

Les secteurs du BTP et de l’immobilier sont, aux yeux des analystes, à la fois stratégiques et à fort potentiel de croissance. Pour le premier, l’année 2009 a été plutôt mitigée, à cause notamment de la baisse de production de logements (-6,7%) qui s’est traduite par une évolution de la consommation du ciment limitée à 3,4% contre 9,9% en 2008, et une croissance du marché de l’acier contenue à 5,6% contre 8% un an plutôt.
L’année 2010 devrait être en ce sens un exercice de rattrapage, offrant à l’ensemble des opérateurs du secteur un potentiel de croissance important. En effet, la politique de l’Etat en matière d’investissement public continuera d’entretenir la demande intérieure et de soutenir la croissance du secteur du BTP à travers les dépenses de développement et d’infrastructures. Dans le cadre du programme complémentaire des autoroutes, l’Etat prévoit d’investir un montant global d’environ 15 milliards de DH. Du côté des barrages, le gouvernement a lancé plusieurs chantiers et a alloué près de 3 milliards de DH pour la construction et la rénovation, notamment les structures hydrauliques dans la région du Gharb. Par ailleurs, les nouvelles incitations fiscales et la correction des prix devraient stimuler le secteur immobilier, particulièrement les logements sociaux, et par conséquent le BTP. Dans ce contexte, la masse bénéficiaire du secteur devrait s’établir à 4,9 milliards de DH en 2010, contre 3,9 milliards en 2009, soit une progression de 24,6%. La croissance en 2011 devrait également être à deux chiffres.
Le secteur immobilier devrait également profiter de l’amélioration des conditions de marché en 2010 et 2011 pour relancer sa croissance et augmenter sa rentabilité. Après une année 2009 difficile, marquée entre autres par une baisse de 15,3% des transactions immobilières et par la chute de 33% des investissements étrangers, 2010 devrait profiter d’un potentiel justifié par le rattrapage d’un déficit en logements qui reste encore à un niveau élevé (1,2 million d’unités), de la mise en place de nouvelles incitations fiscales pour les promoteurs immobiliers opérant dans le logement social (exonération de l’IS, l’IR, la taxe sur le ciment, les droits d’enregistrement et les frais d’immatriculation et de la conservation foncière durant une période de cinq ans), et enfin de l’amélioration du pouvoir d’achat des ménages (croissance du revenu national brut estimée à 6,7% par le HCP pour cette année). Ceci sans parler de l’accroissement de la population et de l’exode rural qui auront un impact significatif sur la demande en logements.
La croissance du secteur devrait ainsi profiter à tous les opérateurs cotés, mais les analystes recommandent de rester vigilant par rapport à un point important : l’augmentation du besoin en fonds de roulement (BFR) des promoteurs suite au niveau élevé de leurs stocks. Cet accroissement peut conduire certains d’entre eux à augmenter leur capital à des conditions défavorables, à vendre des terrains à des prix non compétitifs ou à émettre des emprunts à des coûts très élevés pour financer leur activité. Il est donc conseillé de surveiller ce type d’opérations et d’analyser leur incidence sur les finances des promoteurs qui les lancent.
Malgré un environnement macroéconomique moins favorable, le secteur des télécoms a toujours les faveurs des analystes. Maroc Telecom, seul opérateur coté du secteur, devrait continuer à générer du cash et à présenter un risque de marché très faible. Son rendement de dividende estimé pour 2010 est de 7,6% (dividende rapporté au cours boursier), soit le double de celui du marché. De plus, le titre est parmi les plus liquides du marché, et sa valorisation demeure correcte, avec un PER (cours boursier rapporté au bénéfice par action) estimé pour 2010 à 13,1 contre 21,7 pour le marché.

Maroc Telecom : une valeur de rendement par excellence

 La valeur doit donc être retenue dans les arbitrages selon les professionnels du marché, d’autant plus que le ralentissement de l’activité de Maroc Telecom sur le marché national devrait être compensée par la montée en puissance des filiales étrangères du groupe. En effet, le taux de pénétration du mobile, principale locomotive du secteur, exprimé en PIB par habitant était de 81,2% à fin 2009, ce qui limite en théorie les perspectives de croissance comparativement aux autres pays émergents (60% en moyenne). Pour compenser le ralentissement à venir des revenus du mobile, Maroc Telecom ambitionne d’atteindre une contribution des filiales africaines de 30% au niveau du chiffre d’affaires d’ici 2011.  Ces filiales disposent, notons-le, d’un potentiel de développement encore important.

Banques : un PNB en hausse de 5% et une croissance bénéficiaire de 13% en 2010

Le secteur bancaire figure également parmi les compartiments stratégiques à la Bourse de Casa, et ce, malgré le ralentissement d’activité qu’il connait depuis deux ans. Les banques commerciales cotées disposeraient en effet, selon les analystes, de plusieurs leviers de croissance qui leur permettront de maintenir un rythme de progression intéressant. Il s’agit notamment du faible taux de bancarisation qui s’établit à 47% et qui devrait évoluer positivement compte tenu du développement du pays et du déploiement des différents contrats  programmes (Emergence, Plan vert…), de l’effet volume au niveau de l’activité de crédit et dépôt, compensant l’effet baisse de la marge sur opérations avec la clientèle, ainsi que de la stratégie de croissance externe des trois principales banques du secteur (Attijariwafa bank, BMCE Bank et la Banque Populaire) consistant en la recherche d’opportunités de développement à l’international. Côté conjoncture, le redressement des principaux indicateurs macroéconomique qui étaient affectés par la crise devrait profiter à la relance des activités bancaires. Quant aux problèmes de sous-liquidité, la politique expansionniste de la Banque centrale ainsi que l’entrée en vigueur de la loi sur la titrisation devraient permettre aux banques de mieux répondre à la demande de l’économie. Compte tenu de ces différents éléments, les analystes tablent pour 2010 sur une évolution de 10,1% des crédits et de 7% des dépôts. Pour sa part, le Produit net bancaire (PNB) du secteur devrait augmenter de 5%. Quant à la croissance bénéficiaire, elle s’établirait à près de 13%.

Agroalimentaire : secteur toujours porteur à long terme

Dernier secteur stratégique sur lequel se positionner selon les analystes : l’agroalimentaire. Recommandé habituellement en période de crise, compte tenu de sa nature défensive et anti-cyclique, ce compartiment restera toujours attrayant aux yeux des professionnels même en période de croissance. D’abord, la chute des cours des matières premières en 2009 a permis aux sociétés du secteur d’améliorer sensiblement leurs performances opérationnelles et de rétablir leurs marges. Ensuite, avec le niveau de remplissage des barrages qui dépasse actuellement les 14 milliards de mètres cubes, le soutien de l’Etat à l’investissement dans le secteur, notamment à travers le Plan Maroc Vert, et la rationalisation du système d’irrigation, l’amont agricole pourra être sécurisé pour les années à venir, ce qui préservera sans doute les marges opérationnelles. Par ailleurs, le secteur agroalimentaire coté affiche l’un des meilleurs rendements de dividende de la place, avec un taux estimé pour 2010 à 6,5% contre 3,8% pour le marché.
Dans le même sens, il faut tenir compte de la future cession par Ona et Sni du contrôle de leurs principales filiales agroalimentaires que  sont Cosumar, Lesieur et Centrale Laitière qui améliorera sans doute la liquidité de leurs titres sur le marché. Les valeurs agroalimentaires de la cote demeurent donc des actions de fonds de portefeuilles, particulièrement intéressantes à long terme.