Les résultats progressent globalement de 28 %

Les holdings, BTP et assurances affichent les meilleures performances.
Les autres secteurs : énergie et mines, crédit à la consommation,
leasing agroalimentaire et banques se portent mal.
La hausse de 27 % est imputable en grande partie aux produits non courants.

Belle surprise, mais à prendre avec beaucoup de prudence ! Les résultats des sociétés cotées ont progressé de près de 28 % entre le premier semestre 2002 et le premier semestre 2003. Les gains nets de l’ensemble de la cote sont passés de 3,85 à 4,92 milliards de dirhams, soit un saut de plus d’un milliard.
Une croissance à deux chiffres donc qui fait plaisir à des investisseurs avides de bonnes nouvelles, comparée à la régression enregistrée un an auparavant. Mais l’on est un peu refroidi dans ces ardeurs en constatant que cette évolution est imputable, en grande partie, voire entièrement, à l’amélioration des résultats des deux holdings ONA et SNI dont les résultats semestriels s’apprécient, à eux deux, de plus d’un milliard de dirhams. Une progression, vous le lirez plus loin, due à des plus- values sur cessions d’actifs.
Les autres secteurs, eux, se compensent. Celui du ciment et des matériaux de construction tire la croissance vers le haut en progressant de 36 %, améliorant ainsi le résultat net global de quelques 280 millions de dirhams. Les assurances passent, elles, d’une perte de 64 millions à fin juin 2002 à un gain de 80 MDH une année plus tard, un différentiel de 146 MDH qui vient embellir un peu les chiffres.
De l’autre côté, en reculant de 62 %, le secteur « énergie et mines » ampute le résultat global de la cote de 315 MDH. Une contreperformance due aux déboires de la Samir (-270 MDH) et de Managem (-90 MDH). Ce secteur n’était pas le seul à tirer vers le bas, bien qu’il soit le principal responsable. Les banques, l’agroalimentaire et le crédit à la consommation régressent de 6 à… 45 %, mais l’impact sur le résultat global de la cote est le même, un retrait de 40 MDH chacun. Si l’on s’amuse à faire des comparaisons hors sociétés déficitaires, on se rendra compte que ces dernières n’ont pas constitué un véritable poids sur le marché durant ce premier semestre 2003. Au contraire, ce sont elles qui ont propulsé la croissance cette année, en limitant leur perte.
Autrement dit, si on les exclut des calculs, la croissance bénéficiaire totale d’un semestre à l’autre ne serait que de 25 %.
Précision utile : l’activité des sociétés cotées, mesurée par le chiffre d’affaires, est restée globalement inchangée au terme de juin 2003. Cet indicateur stagne en effet à 43,5 milliards de dirhams pour l’ensemble des sociétés cotées.
Nuance là aussi, des secteurs ont été plus dynamiques que d’autres. C’est le cas notamment des BTP (+18%) ; l’agroalimentaire (+5%) et les holdings (+4%). Nous vous proposons une revue des secteurs cotés avec les faits qui ont conditionné leur évolution durant le semestre écoulé.

Holdings : +92 %
Le premier semestre de l’année a été riche en rebondissements chez le duo ONA-SNI : cession de la Société des Brasseries du Maroc (SBM) et la Chérifienne des engrais (SCE), distribution de dividendes exceptionnels, changement de méthodes de consolidation de certaines filiales et déconsolidation d’autres filiales non significatives… Autrement dit, les résultats semestriels de cette année n’ont rien de comparable avec ceux de l’année dernière et il a fallu opérer un retraitement complet des comptes pour pouvoir faire des comparaisons.
Le chiffre d’affaires consolidé de SNI accuse une baisse de 4,6 %, due principalement à un essoufflement de l’activité commerciale du groupe Sopriam. Pour ce qui est du résultat net, il enregistre une progression de 935 millions de dirhams. Le bon comportement de certaines filiales, notamment Lafarge et Sonasid, ainsi que la baisse des charges financières, contribuent certes à cette performance, mais c’est principalement les plus-values engrangées suite à la vente de SBM et de SCE qui expliquent une grande partie des 1,2 milliard de dirhams de résultat net consolidé.
L’ONA affiche pour sa part un chiffre d’affaires consolidé en hausse de 5,4 % grâce notamment aux pôles BTP et agroalimentaire. Les mésaventures de Managem et de Lesieur plombent pour leur part la rentabilité du groupe. Pourtant, ONA affiche un taux de progression du résultat net part du groupe (RNpg) de 15,5 %, à 475,6 millions de dirhams. Cette hausse s’explique, selon le management du holding, par une amélioration du résultat financier (baisse des charges d’intérêt), les reprises des provisions pour dépréciation de valeurs de placement (grâce à la reprise de la Bourse) et l’amélioration des résultats de l’assurance.

Ciment et matériaux de construction : +36 %
Le BTP est aujourd’hui l’un des secteurs qui offrent le plus de visibilité au marché boursier casablancais. Ce n’est pas uniquement en raison du potentiel de développement qu’annoncent les différents projets d’infrastructure et de logement sociaux lancés un peu partout au Maroc, mais également grâce aux qualités intrinsèques des entreprises qui représentent le secteur à la cote.
Les cimentiers ont par exemple su tirer pleinement profit de la hausse linéaire de la consommation de ciment observée depuis quelques années. Leur activité s’inscrit en hausse d’environ 14 %. Les opérateurs du marché ont également fourni beaucoup d’effort pour améliorer leurs marges en s’engageant dans des politiques de maîtrise des coûts et d’optimisation des conditions d’exploitation. Un filon payant puisque les cimentiers affichent depuis quelques années des taux de progression des résultats à deux chiffres. Pour le premier semestre 2003, le résultat cumulé des trois cimentiers s’est établi à 779 millions de dirhams, soit une hausse de 34 % par rapport à la même période de l’année dernière.
La Sonasid et Aluminium du Maroc, toutes deux engagées dans d’ambitieux programmes d’investissement et d’extension de leurs capacités de production, achèvent les six premiers mois de l’année sur une note positive. Sonasid affiche ainsi un chiffre d’affaires en hausse de 26,2 % à 1,6 milliard de dirhams et un résultat net qui progresse dans les mêmes proportions pour s’établir à 253,4 millions de dirhams. Aluminium du Maroc poursuit pour sa part ses efforts pour développer son activité à l’export et achève l’année sur une hausse de 9 % de son chiffre d’affaires et de 47 % du résultat net.

Assurances : un léger mieux
Les assureurs marocains recommencent à voir le bout du tunnel. En effet, après les résultats catastrophiques affichés l’année dernière, les deux compagnies d’assurance présentes à la Bourse retrouvent des couleurs. La Marocaine Vie renoue avec les résultats positifs, ce qui prouve que le nouvel actionnaire (Société Générale) a presque achevé la restructuration de la compagnie spécialisée dans l’assurance-vie. Wafa Assurance profite pour sa part de l’embellie boursière pour améliorer sensiblement son résultat financier et retrouver un niveau de résultat plus décent.
Agma-Lahlou Tazi poursuit, elle, sa croissance. Le courtier en assurance améliore le niveau des primes émises, augmente légèrement le niveau de son chiffre d’affaires et affiche un résultat net en hausse de 13,6 % à 24,6 millions de dirhams.

Énergie & mines : -62 %
L’incendie de la raffinerie de Mohammédia a fini par avoir raison des comptes de la Samir. L’arrêt prolongé de certains outils de production a certes été compensé par des opérations d’importation de produits finis, mais s’est traduit par une nette régression des marges de la société. Le résultat net de la Samir s’inscrit, au terme du premier semestre de l’année, en baisse de 73 %, à 97 millions de dirhams.
Le secteur minier n’a pas non plus connu un premier semestre des plus heureux. Managem et sa filiale SMI font les frais d’une conjoncture des plus défavorables. La baisse du dollar et la stagnation des cours des métaux ont engendré une baisse importante des chiffres d’affaires tandis que la baisse importante des teneurs a eu pour effet une forte hausse des charges d’exploitation.

Crédit à la consommation : -46 %
Ceci dit, Managem poursuit l’achèvement de plusieurs projets de développement, aussi bien au Maroc qu’en Afrique de l’Ouest, qui devront contribuer à partir de l’année prochaine au résultat du holding minier de l’ONA.
Le crédit à la consommation n’a toujours pas réussi, à une exception près (Eqdom), à sortir de la zone de turbulences dans laquelle il s’est engouffré au lendemain de la mise en place des nouvelles règles prudentielles édictées par la banque centrale, et de l’amorçage de la baisse du TEG.
Globalement, le Produit net bancaire affiché par les sociétés du secteur est en stagnation, et cela depuis quelques années déjà. Ce ralentissement de l’activité s’explique, d’une part, par un certain ralentissement au niveau de l’octroi de nouveaux crédits et, d’autre part, par une baisse des intérêts encaissés (consécutive à la baisse du TEG).
La rentabilité du secteur reste quant à elle nettement tributaire du niveau de provisionnement toujours plus important des sociétés de crédit, ce qui témoigne du faible taux de couverture qui prévalait. Notons que la circulaire de Bank Al Maghrib sur les règles de provisionnement des sociétés de crédit à la consommation prévoit une entrée en application des nouvelles dispositions à partir du 30 juin dernier. L’ensemble du secteur devra présenter à la fin de cette année des comptes élaborés selon la même méthode de provisionnement.

Agroalimentaire : -7 %
L’agroalimentaire n’aura pas réussi, durant ce premier semestre, à tirer la croissance bénéficiaire vers le haut. En effet, et même si l’activité s’inscrit en hausse de 5 %, toutes entreprises confondues, le secteur affiche un résultat net en baisse de 7,1 %. Cette contre-performance peut toutefois être entièrement imputée à Lesieur-Crystal. En effet, la filiale de l’ONA a toujours du mal à tirer son épingle du jeu dans un secteur à peine libéralisé. Le reste des entreprises, à l’exception de Oulmès, affichent des résultats en hausse. le principal fait marquant du semestre reste sans doute la transaction sur Brasseries du Maroc qui a porté le groupe Castel à la tête de la société. La formation des résultats de SBM est toutefois encore marquée du sceau de l’ONA. Il va falloir attendre les résultats annuels de SBM pour retrouver l’empreinte Castel et découvrir l’impact des changements des périmètres de consolidation.

Banques : -6 %
Le secteur bancaire, confronté à une surliquidité structurelle, a vu l’encours de ses dépôts augmenter de près de 5 % à 160,3 milliards de dirhams.
A l’exception du Crédit du Maroc et du CIH, toutes les banques ont compensé cette augmentation des ressources par un effort au niveau de la distribution des crédits. D’ailleurs, les banques se livrent depuis quelques mois à une véritable bataille des taux sur les créneaux porteurs, l’immobilier à leut tête, qui leur a valu une mise en garde sévère de la part des autorités monétaires.
Même si la cote s’est débarrassée de la BNDE et que la BCM est revenue à des niveaux de résultats plus logiques, aucune lecture sectorielle des résultats n’est possible à cause du trou financier qu’accuse le CIH. La banque réduit cependant sa perte d’environ 70 MDH.
Les banques poursuivent toutefois leurs efforts de provisionnement pour se couvrir de la manière la plus convenable possible contre les risques d’impayés.