Les raisons d’une année record à  la Bourse de Casablanca

La progression des indices et les volumes échangés ont triplé.
Quatre raisons majeures : retour des investisseurs nationaux et étrangers,
rôle
plus marqué des OPCVM
et phénomène Addoha.
2007, progression positive mais plus calme.

La Bourse de Casablanca a battu tous les records en 2006. Les deux indices de la place, Masi et Madex, ont enregistré des performances respectives de 71,14% et 77,66% au 31 décembre 2006, soit un peu plus de trois fois celles de l’année dernière. Les deux baromètres auraient même quadruplé leur performance annuelle s’ils s’étaient stabilisés au pic de 83% et 91% qu’ils ont connu quelques jours avant la fin de l’année. Autre record à signaler : le volume des transactions sur le marché central a plus que triplé par rapport à 2005, s’établissant à 118,7 milliards de dirhams, et la capitalisation boursière s’est appréciée de 165 milliards de dirhams pour atteindre les 417 milliards. Quant aux 63 valeurs de la cote, 44 d’entre elles ont évolué positivement. 12 ont fait mieux que le Masi et 31 ont progressé de plus de 20%.

Retour des investisseurs locaux et afflux des étrangers
Avec de telles réalisations, la Bourse a offert aux épargnants et investisseurs un niveau de rendement hors pair. Ceci est certes réjouissant, mais au terme de cette année exceptionnelle, plusieurs questions se posent. Comment s’explique cette envolée ? Etait-elle justifiée ? Faut-il avoir peur d’un retournement de situation en 2007 ? Selon les analystes et traders interrogés, plusieurs facteurs, liés entre eux, expliquent la performance inhabituelle de la Bourse en 2006. Certes, tous estiment qu’elle est un peu excessive par rapport aux performances de l’économie, mais écartent un risque de renversement de tendance.

Le premier facteur explicatif de cette performance et qui fait l’unanimité est le retour des épargnants et investisseurs locaux sur le marché boursier. «Il y a bel et bien un regain de confiance de la part des investisseurs locaux, qui s’explique, en partie, par la solidité des fondamentaux des sociétés cotées», explique-t-on chez Attijari Intermédiation. Il est vrai que les sociétés cotées en Bourse ont présenté, dans leur globalité, des résultats satisfaisants au titre de l’année 2005 et à l’issue du premier semestre 2006. Ceci a permis aux investisseurs de revenir vers le marché des actions, surtout que le contexte macroéconomique du pays est, lui aussi, favorable, et que les perspectives de croissance économiques sont encourageantes. Mais il ne s’agit pas seulement de cela. D’autres éléments ont attiré les investisseurs vers la Bourse, qu’ils soient des particuliers ou des institutionnels.

Il faut savoir que la bonne performance du marché en 2005 a eu un impact positif sur le public. Un trader de la place explique, en effet, que la croissance du marché a attiré les investisseurs et qu’il s’en est suivi une hausse de la demande, suite au mimétisme des petits porteurs, générant une spirale haussière. Il y a également cette idée qui prévaut désormais chez bon nombre de particuliers, auparavant frileux quant à l’investissement en Bourse, que le placement sur le marché boursier peut rapporter beaucoup et plus rapidement. Il n’y a qu’à voir le nombre grandissant de personnes physiques ayant participé aux dernières opérations d’introduction en Bourse pour s’en convaincre. A ce titre, il faut savoir que la succession des introductions en Bourse en 2006, elle aussi, a eu un impact positif sur le marché. Les dix opérations de l’année ont permis de dynamiser la place en apportant du papier neuf (plus de 7 millions d’actions nouvelles qui ont participé à éponger une partie des liquidités).

Le deuxième facteur expliquant la performance record de l’année 2006 est l’afflux des investisseurs étrangers sur le marché marocain. Ces derniers, qu’ils soient arabes ou occidentaux, ont été attirés par les mêmes éléments que les investisseurs locaux, surtout que la place casablancaise offre des niveaux de rendement et des opportunités de croissance intéressantes par rapport aux autres Bourses de la région Mena (Afrique du Nord et Moyen-Orient).

Le troisième facteur est ce que les professionnels du marché appelle «le phénomène Addoha». Cette valeur a eu, en effet, un impact exceptionnel sur le marché. Elle a suscité l’intérêt du public dès son introduction en Bourse, et est devenue la locomotive du marché, monopolisant les transactions et tirant la performance de la Bourse vers le haut.
Enfin, le quatrième facteur est l’attitude plus professionnelle des opérateurs sur le marché. «Les gestionnaires d’OPCVM et les institutionnels ont adopté, durant 2006, une gestion de leurs portefeuilles plus active qu’auparavant, ce qui a contribué à l’animation du marché et à la prise de valeur», explique un analyste financier.

La tendance haussière devrait se maintenir en 2007
Telles sont, en résumé, les raisons qui ont conduit à l’envolée de la Bourse en 2006. L’engouement était tel en début d’année qu’il a donné lieu à une correction au courant du mois de mai, pour prendre les bénéfices, calmer les esprits et revenir à des niveaux de cours plus raisonnables. Mais la progression a repris dès le mois de juillet pour s’accentuer vers la fin de l’année.
Parmi les secteurs qui ont le plus pris figurent l’immobilier (+328%), tiré par la valeur Addoha, la chimie (+122%) grâce à Colorado, et la distribution (+117%), suite à la bonne performance de Fénie Brossette. Le secteur bancaire, des loisirs et de l’hôtellerie, ainsi que celui du bâtiment ont également réalisé des progressions importantes, grâce au bon comportement de l’ensemble des banques, de Risma (seule société représentant le secteur touristique) et des cimenteries.

Inversement, des secteurs comme le papier et l’agroalimentaire ont régressé en 2006. Les investisseurs les ont pénalisés, suite au contexte économique défavorable dans lequel ils évoluent. Ainsi, le secteur du papier a chuté de plus de 26% suite à l’évolution négative de Papelera de Tétuan, et celui de l’agroalimentaire a baissé de 10,5%, traduisant les contre-performances de Lesieur, Cosumar, Cartier Saada et Brasseries du Maroc.

En ce qui concerne les prévisions des analystes par rapport à l’année 2007, l’optimisme est de mise. Pour eux, le trend haussier devra se maintenir, sans pour autant égaler le niveau record de 2006. Leurs arguments : maintien de la confiance des investisseurs locaux et étrangers dans le marché boursier, perspectives d’une croissance économique favorable en 2007, poursuite des introductions à un rythme élevé suite au prolongement de l’avantage fiscal accordé aux sociétés qui entrent en Bourse et, enfin, des prévisions de résultats encourageants pour les sociétés cotées au titre de l’année 2006.
Cependant, les analystes prévoient une correction au cours du premier semestre 2007 suite aux prises de bénéfices de la part des investisseurs. Une correction que les professionnels jugent nécessaire pour que les cours s’alignent plus sur les fondamentaux des sociétés ce qui, à leurs yeux, donnera un nouvel élan au marché.