Les racines de la révolte

A l’heure où le soulèvement populaire en Egypte a réussi à renverser le pouvoir en place, nombreux sont les commentaires qui rappellent les origines politiques de la crise. Et bien qu’on nous laisse quelquefois croire le contraire, personne ne prévoyait une telle issue il y a encore quelques semaines. La position stratégique de l’Egypte au Moyen-Orient en avait fait un des alliés incontournables des Etats-Unis, et la stabilité de son régime rassurait les partenaires occidentaux dans une région traditionnellement troublée. En matière économique également, on pouvait penser que l’Egypte bénéficiait de conditions plutôt favorables pour accélérer son développement : 2 milliards de dollars d’aide annuelle de la part des Etats-Unis, 5milliards de rente du canal de Suez, et 10 milliards de revenus touristiques, du gaz à exporter, et un peu de pétrole. En théorie, de quoi contenter une bonne partie des 80 millions d’Egyptiens… Pourtant, durant les dix dernières années, une décade qui a connu le décollage économique de grands pays comme le Brésil ou l’Indonésie, et pendant laquelle la Chine a connu un rythme de croissance rarement vu dans l’histoire, l’Egypte est restée sur le bord de la route. Elle se classe dans les vingt pays les plus peuplés du monde, mais reste au 137e rang en termes de PIB par habitant. Surtout, elle a souffert d’un blocage économique depuis trente ans qui a restreint l’activité aux sources de revenus traditionnelles, et muselé toute tentative d’innovation. Et réalité économique oblige, ce sont des perspectives d’avenir que les jeunes Egyptiens attendaient.