Les rachats de sociétés de bourse vont s’intensifier

Eurobourse deviendra une filiale entièrement contrôlée par Capital Gestion Group et portera la dénomination de Valoris Securities. La société de bourse devrait renouer avec les bénéfices dès sa 3e année d’exercice sous sa nouvelle forme. Capital gestion Group table sur une progression remarquable des OPCVM actions et diversifiées dès l’année prochaine.

Pourquoi un rapprochement avec une société de bourse ? Quels sont vos objectifs ?

Capital Gestion s’est démarquée sur le marché de la gestion d’actifs durant ses 15 années d’existence, en affichant une croissance appréciable. Elle a atteint sa phase de maturité en 2008 puisque l’activité de gestion d’OPCVM a été bien cernée aussi bien en termes de clientèle que de positionnement et d’image sur le marché. C’est à ce moment-là que nous, actionnaires, avons eu la réflexion de développer des activités complémentaires, en créant une banque d’affaires. D’où le renforcement de l’activité d’asset management qui est composé actuellement de 4 branches, à savoir la gestion d’OPCVM, la gestion pour le compte de tiers, le Private Equity et l’investissement immobilier en marge du lancement des OPCI. Cela étant, un accès direct au marché boursier pour réaliser nos propres opérations nous manquait. C’est dans ce cadre que le rapprochement avec Eurobourse s’est effectué en fin 2013 à travers une prise de participation de 36% de son capital, sous forme d’augmentation de capital de 6,5 MDH. Dès que les agréments nécessaires seront délivrés, la société sera une filiale entièrement contrôlée par le groupe puisque nous allons monter vers 100% du capital. Elle portera dès lors la dénomination de Valoris Securities, sachant qu’elle devrait changer bientôt de siège social.

Pour quelles raisons votre choix a porté sur Eurobourse précisément ? Quelle valeur ajoutée devrait-elle apporter au groupe ?

D’un point de vue stratégique, lorsque nous avons décidé de mettre en place un groupe financier indépendant du type banque d’affaires, deux options se présentaient: la création d’une société de bourse ou l’acquisition d’une société existante. Comme j’étais déjà actionnaire d’Eurobourse, le choix s’est fait naturellement. D’autant que le portefeuille d’Eurobourse est constitué principalement de personnes physiques alors que Capital Gestion, elle, est positionnée à plus des deux tiers de son portefeuille sur le segment des institutionnels et des grands comptes. Ce qui constitue une complémentarité qui sera bénéfique quand les OPCI (produits qui ciblent les investisseurs particuliers) verront le jour puisque nous allons bénéficier de la base clientèle d’Eurobourse en vue de commercialiser nos fonds immobiliers.
Au-delà de cet aspect stratégique, le prix d’acquisition négocié de la société de bourse est vraiment intéressant. Nous ne manquerons pas de le communiquer dès l’obtention de l’autorisation de l’autorité de régulation.

Le non-adossement de Capital Gestion à un groupe financier ne constitue-t-il pas un frein à son développement ?

L’indépendance constitue beaucoup plus un avantage qu’un inconvénient puisqu’elle offre la possibilité ainsi que la flexibilité de traiter avec plusieurs banques en même temps. Aujourd’hui, Valoris Management propose 14 OPCVM et traite avec 4 dépositaires (BMCE Bank, Attijariwafa bank, CDG et CDG Capital), contrairement aux autres sociétés de gestion, filiales de banques ou d’établissements financiers, qui travaillent presque exclusivement avec leur société mère.
De plus, étant une société de gestion indépendante, tous nos clients se valent et toutes les opportunités sont étudiées d’une manière égale. Ce qui n’est pas toujours le cas des sociétés de gestion filiales de banques.

Selon vous, comment évoluera le paysage des sociétés de bourse ?

Il est clair que le nombre d’intermédiaires est élevé par rapport à la volumétrie du marché boursier. Sachant que les 4 premiers opérateurs réalisent les deux tiers des transactions, les sociétés de bourse de petite taille, qui se partagent le tiers restant, n’arrivent plus à s’en sortir. Dans ce contexte, je pense que le CDVM ne devrait plus octroyer des agréments pour la création de sociétés de bourse.
Il faut dire aussi qu’actuellement les sociétés de bourse indépendantes représentent une cible intéressante pour des groupes financiers, surtout qu’elles ne disposent pas des moyens nécessaires pour faire face à ce type de crises que vient de traverser le marché. Dans ce contexte, on devrait assister, dans un avenir proche, à un mouvement de rachats de sociétés de bourse, voire de sociétés de gestion d’OPCVM, qui serait bénéfique pour le marché financier marocain. Et les groupes financiers qui devraient développer l’activité de l’intermédiation boursière ne manquent pas. Je cite à ce titre Al Barid Bank, CIH Bank et le Crédit Agricole du Maroc.
Les mouvements de fusion sont possibles également mais difficilement réalisables, car il n’ y a pas de valeur ajoutée ou de synergies entre deux sociétés de bourse indépendantes qui fusionnent. Et pour cause, les opérateurs tournent autour des mêmes clients.
La possibilité de rachat par un groupe étranger n’est pas à exclure puisque nous-mêmes sommes sollicités par des groupes étrangers pour des prises de participation. Chose qui n’est pas d’actualité.

Quelles sont vos prévisions de résultats pour Eurobourse

Il est certain qu’Eurobourse ne dégagera pas de résultats bénéficiaires dès l’année prochaine. Toutefois, les moyens financiers et humains fournis à la société de bourse, notamment le recrutement d’un directeur de la salle des marchés et d’un responsable du segment des investisseurs institutionnels, devraient lui permettre de soigner ses comptes financiers et de développer ses parts de marché. Eurobourse devrait donc renouer avec les bénéfices au terme de la troisième année d’activité sous ses nouvelles dénomination et structure.

En tant que société de gestion, quelle est actuellement votre part de marché

Avec un actif net de 20 milliards de DH, Valoris Management dispose d’une part de marché de 7%, sachant que les 3 premières sociétés sur les 17 en activité accaparent 65% du marché de la gestion d’OPCVM, avec en tête Wafa Gestion dont l’actif atteint 84 milliards de DH. Valoris Management se positionne ainsi à la 5e place parmi toutes les sociétés de gestion du marché et est de loin la 1ère parmi les indépendantes.

Quelles perspectives dressez-vous du marché de la gestion d’actifs dans un contexte de progression de la bourse, de chute des rendements des bons du Trésor et de quasi-stagnation de la rémunération des produits bancaires ?

Pour l’année prochaine, nous tablons sur une progression remarquable de la catégorie des OPCVM actions et diversifiées. En effet, beaucoup d’investisseurs ont réalisé de bonnes plus-values sur le compartiment obligataire cette année et sont prêts à prendre des risques. Cela se voit notamment lors des tournées institutionnelles que nous menons en vue de sonder le comportement des clients. La reprise du marché boursier et les bons résultats prévus pour plusieurs secteurs cotés (banques, sociétés de financement et assurances par exemple) favorisent cette tendance.
Au-delà de 2015, c’est l’actif sous gestion globale qui devrait se développer davantage. Avec le lancement des produits prévus par les autorités, à savoir les OPCI, les produits islamiques ainsi que les produits dérivés, bien des personnes physiques, des PME/PMI ou encore des organismes étatiques qui constituent une cible potentielle des sociétés de gestion devraient se diriger vers le marché de la gestion collective. J’estime même que les deux premiers produits cités devraient constituer le relais de croissance des sociétés de gestion.
Par ailleurs, du point de vue organisationnel, les sociétés de gestion devraient tendre progressivement vers davantage de transparence via l’obtention de certifications des agences de notation, sachant que ce sont les clients qui exigent cela. Pour preuve, deux sociétés de gestion de la place sont certifiées par Price Waterhouse, BMCE Capital Gestion et Valoris Management. De plus, cette dernière a reçu une autre certification de Fitch Rating et dispose du premier fonds obligataire moyen et long terme à être certifié. Les sociétés qui n’arrivent pas à suivre ce trend devraient être dépassées par les autres.

Quels freins pourraient entraver l’émergence et le développement des produits prévus par les autorités  ?

Tout d’abord, je note le manque de communication, surtout à l’égard des institutionnels qui continuent à préférer les DAT et les bons de caisse ou encore les entreprises publiques et semi-publiques qui ont pris pour habitude de placer leur trésorerie dans les bons du Trésor. Si ces établissements arrivent à changer leur réglementation interne et leur mode de gestion, une large épargne devrait s’offrir aux sociétés de gestion.
D’autre part, la méfiance des personnes physiques vis-à-vis des produits de la gestion collective, pour une raison ou une autre, constitue un autre problème. Ce n’est pas faute aux particuliers mais plutôt aux 17 sociétés de gestion qui ont les yeux braqués sur les 30 institutionnels marocains qui détiennent plus des deux tiers de l’actif net des OPCVM de la place. Je mettrais toutefois un bémol: il est difficile d’attaquer le marché des particuliers sans l’aide du réseau bancaire. Le banquier, 1er interlocuteur du client, devrait, lui, présenter l’opportunité de placement dans les OPCVM, les OPCI et autres produits financiers, sans privilégier les produits de la banque.