Les questions à  poser

Politique commerciale, investissement, allocation des ressources, décisions stratégiques, vous avez le droit d’être informé sur tout cela.
Disséquez les documents
qui seront soumis à l’AGO et les publications légales pour traquer les zones d’ombre.

Le bal est ouvert. Les sociétés cotées ont en effet commencé à tenir leurs assemblées générales ordinaires (AGO). Pour ce grand rendez-vous annuel avec les actionnaires. Le planning est plein jusqu’à fin juin prochain. S’il s’agit théoriquement d’une occasion unique de rencontre entre tous les propriétaires et les dirigeants de la société, il n’en demeure pas moins que la plupart des AGO ne remplissent pas cette mission.

L’AGO ne doit pas être une simple formalité
Cette grand-messe où les actionnaires peuvent s’exprimer librement, faire entendre leur voix et assouvir leur soif d’information concernant leur propre entreprise, est rarement exploitée à cette fin. En témoignent le faible taux de présence, l’adoption en l’état des différentes résolutions, le manque de questions et encore moins de suggestions… A telle enseigne que beaucoup de dirigeants considèrent les AGO comme une simple formalité, une obligation légale qu’il faut bien remplir.
En tant qu’actionnaire, que vous soyez petit ou important, vous avez pourtant un certain nombre de droits (voir encadré). Sachez les exploiter.
Intéressez-vous d’abord à l’information qui doit être mise à votre disposition. Avant l’assemblée générale, vous pouvez accéder aux principaux documents qui seront soumis à l’AGO. Vous pouvez également vous renseigner sur les délibérations antérieures et celles qui vont être proposées. Ces informations sont mises à votre disposition au siège de la société ou sont insérées dans un journal d’annonces légales.

Lisez attentivement les rapports des commissaires aux comptes
Accordez un intérêt particulier à l’avis des commissaires aux comptes. S’ils ne refusent pas la certification des comptes de la société, ils peuvent toutefois émettre des réserves. Quelles sont ces réserves et pourquoi sont-elles formulées ? Poser la question aux dirigeants est la moindre des précautions. Exemple de poste particulièrement risqué: une incidence fiscale insuffisamment provisionnée… Exigez des explications claires et renseignez-vous sur l’impact de ces réserves. C’est encore plus vrai quand il s’agit de changements notables de périmètre de consolidation ou si, comme Maroc Telecom, votre société a décidé d’abandonner les normes comptables nationales pour les normes IFRS (International financial reporting standards). Ces dernières chambouleront les bilans et comptes de résultats. Demandez aux dirigeants de s’exprimer sur le sujet, en particulier sur l’endettement financier, la volatilité des bénéfices et la rentabilité des fonds propres. Les comptes qu’ils vous exposeront doivent être retraités afin de les rendre comparables d’une année sur l’autre. Autrement, n’hésitez pas à faire la remarque.
Quant aux résultats annoncés, sachez qu’un bénéfice net, aussi alléchant soit-il, ne renseigne sur rien et ne doit pas être applaudi avant d’être bien analysé. C’est en effet sa structure qui est intéressante à examiner. Quelle a été la contribution de l’exploitation, des opérations financières et du «non courant» à sa formation ?
Des dividences généreux n’obèrent-ils pas le développement de la société ?
Regardez de près la croissance du chiffre d’affaires et vérifiez si elle se répercute au niveau des résultats. Demandez des explications en cas de «perte de vitesse». Soyez encore plus regardant vis-à-vis du comportement des «cash-flows», qui représentent la véritable richesse de l’actionnaire.
Le ou les marchés dans lesquels excerce votre entreprise présentent-ils un potentiel de développement intéressant ? Nécessitent-ils des alliances stratégiques ou des partenariats avec des opérateurs spécialisés ? Des extensions ou une diversification ?
Et la politique de dividende ? Votre société sera-t-elle en mesure de maintenir, voire développer, le coupon ? ou faudra-t-il considérer le dividende proposé comme exceptionnel ? La somme distribuée hypothèque-t-elle le développement futur de la société ?
Attardez-vous également sur la politique d’investissement de votre société. Quels sont les projets en cours ? Comment seront-ils financés et à quel coût ? Quelle est la rentabilité attendue de ces investissements ?
Et les désinvestissements : y a-t-il des désengagements en cours ? Au profit de qui ? A quel prix ?
Un autre volet qui doit vous intéresser : l’endettement. Quel est son poids par rapport aux fonds propres ? Est-il justifié eu égard à la rentabilité qu’il génère et par rapport aux normes du secteur ? Quel est son coût moyen pondéré ? Un coût qu’il va falloir comparer aux taux les plus bas pratiqués par les bailleurs de fonds et qui renseigne sur le degré de maîtrise de cet indicateur. La société a-t-elle exploré les nouveaux moyens de financement désintermédié ? A-t-elle recours aux marchés financiers ? Envisage-t-elle de le faire ?
En tant qu’actionnaire, vous pouvez également interroger les dirigeants sur les «conventions réglementées». Se sont-elles déroulées aux prix du marché ou dans des conditions spéciales ? Qui en profite réellement ?
Qu’en est-il de l’allocation des ressources au sein du groupe (si votre société dispose de filiales) ? Vérifiez si les dirigeants s’entêtent à soutenir financièrement une filiale en difficulté notoire et sans espoir de reprise.
Qu’en est-il du climat social ? Comment sont les rapports avec le personnel ? La politique de recrutement et de formation ? Qu’est-ce qui justifie, par exemple, les multiples démissions enregistrées ces derniers temps ?
Quid de la responsabilité sociale ? Plus qu’un phénomène de mode, ce thème est désormais intégré dans la stratégie des firmes les plus prestigieuses et intéresse de plus en plus les moins connues : respect de l’environnement, développement durable, relations avec les fournisseurs, les clients, l’administration, les partenaires sociaux et l’environnement de l’entreprise d’une manière générale…
Les principes de gouvernance gagnent du terrain. Contribuez à ce développement en exerçant d’abord pleinement vos droits d’actionnaire.

PV des précédentes AG, projets de résolutions,… une bonne source d’information.