Les prix de la location meublée en chute libre

Les effets de la crise et la concurrence de l’informel ont tiré les prix des loyers vers le bas. Les propriétaires ont opéré des baisses allant jusqu’à  30% du prix initial afin de trouver preneur. La durée de vacance des biens s’est allongée pour atteindre 3 mois actuellement.

Le marché de l’immobilier tourne au ralenti depuis quelques années. Agents et promoteurs du secteur continuent de se plaindre des méventes qui impactent leur business en dépit d’une demande qui ne cesse de croître. Prix élevés, incompatibilité de l’offre avec les besoins, attentisme des acquéreurs potentiels d’une régulation des prix…, plusieurs facteurs se sont conjugués pour que le marché sombre dans cette accalmie.

Depuis le début de cette situation, les intéressés se sont tournés vers la location dont le marché est de plus en plus dynamique, sans pour autant que le prix des loyers n’augmente. Car les promoteurs et propriétaires aussi se sont rabattus sur la location à cause des méventes. Rattrapés par la crise, ils ont même revu les prix à la baisse. Ce constat est valable aussi bien pour les biens immobiliers nus et meublés. Toutefois, les agents immobiliers rapportent que cette tendance baissière est beaucoup plus accentuée sur ce dernier segment où les biens restent vacants pour des durées de plus en plus longues.

Cette situation caractérise certes nombre de villes du pays. Il existe toutefois des spécificités en fonction du caractère de la ville, du type de la clientèle et du bien demandé. Noreddine Belbachir, directeur général de l’agence immobilière Marrakech Connexion, atteste que Marrakech pâtit toujours de l’effet de la crise internationale : «Le secteur touristique peine à retrouver son dynamisme passé. On ressent cela notamment à travers la clientèle européenne qui tarde à se repositionner sur le marché. Bien que cette dernière a été substituée par une clientèle du Moyen-Orient, celle-ci n’a pas la même taille, encore moins les mêmes besoins». Du coup, cela a influencé directement les prix, comme l’atteste cet appartement au quartier Guéliz qui est proposé actuellement à 1 000 DH la nuitée alors qu’une année auparavant, il pointait à 1400 DH, soit un repli de plus de 28%. Les autres quartiers de Marrakech ne sont pas mieux lotis. Un appartement de 80 m2 situé à l’Hivernage est proposé à 700 DH alors qu’il l’était quelques mois auparavant à 850 DH. Un autre bien de 40 m2 au centre-ville est mis en location à partir de 400 DH, en baisse de 20% sur un an.

Par ailleurs, la durée moyenne de location atteint actuellement 3 jours alors qu’elle était auparavant d’une semaine, voire deux en haute saison. Pour contrer la baisse de la durée de location, des opérateurs se rabattent sur les promotions, à l’instar de cette villa dont le prix standard de location par nuit est de 6 500 DH, soit 45500 DH par semaine alors qu’elle est proposée à 38 500 DH par le propriétaire. D’autres maintiennent leurs prix à leur niveau mais proposent à côté des services personnalisés à l’instar de la mise à la disposition des locataires des chauffeurs ou des prestations de nettoyage.

Si les prix ont baissé dans cette ville à vocation touristique, ce n’est pas seulement en raison de la crise. La location saisonnière informelle y est pour beaucoup aussi. D’ailleurs, M. Belbachir déplore «les pratiques informelles qui entachent la profession et aussi le manque de contrôle des autorités». Cela va de soi dans les autres villes. En effet, «beaucoup de propriétaires proposent leurs appartements vacants meublés à des locataires pour une courte durée, sans passer par des agences immobilières, en prenant pour intermédiaires gardiens ou concierges. Or, la location meublée saisonnière répond à des critères réglementaires particuliers». Il faut entre autres obligations avoir une autorisation d’exploitation délivrée par la wilaya, remplir des fiches de police des locataires, la déposer au commissariat à chaque location et tenir à jour également un registre, servant au contrôle routinier de la police.

C’est entre autres à cause de cette concurrence déloyale que plusieurs agents immobiliers ont délaissé la location meublée de courte durée à Casablanca. Il faut dire aussi que la demande n’est pas aussi forte qu’à Marrakech dans ce segment, vu le caractère économique et administratif de la métropole. En effet, «la location des biens à Casablanca s’effectue sur une longue durée, de six mois jusqu’à deux ans, voire plus», précise Mehdi Lahlou, patron d’Immoclair Service à Casablanca. Mais, même le segment longue durée n’est pas épargné.
Les expatriés, qui constituent une part non négligeable de la demande, ont révisé leur budget à la baisse en raison de la crise, ce qui tire à la baisse les prix des loyers. A Casablanca, le repli a atteint près de 20% à l’instar de cet appartement au quartier Maârif qui se loue actuellement à 8 000 DH alors qu’il était proposé à 10000 DH il y a deux ans. Toutefois, «face à une clientèle exigeante en termes de qualité des équipements et des meubles, certains propriétaires maintiennent élevé le niveau de prix de location de leurs biens», ajoute la gérante de l’agence immobilière Imho Sarl. Ainsi, il faut compter 5000 DH pour un studio au centre-ville et 9000 DH à Racine. Un appartement de 2 chambres est loué à partir de 13 000 DH à Anfa Place.

N’empêche que même avec une offre élargie qui répond à différents besoins, les agents ont du mal à trouver rapidement preneur. «Un appartement meublé restait vacant un mois au maximum avant qu’il ne soit loué. Désormais, il faut compter 2 à 3 mois», conclut-il.