Les obligations Alliances ont séduit les investisseurs

L’émission obligataire a été sursouscrite 1,6 fois malgré le manque de liquidités et le contexte morose du marché de l’immobilier.
Les investisseurs ont salué le recours du groupe au marché avec une capacité d’endettement bancaire encore confortable.
350 MDH de bénéfice net part du groupe en 2009.

L’emprunt obligataire d’un milliard de DH qu’a lancé Alliances développement immobilier au début de ce mois a été bouclé avec succès. Cela peut paraître normal, mais pour sa première sortie sur le marché de la dette privée (il s’agit d’ailleurs du premier emprunt obligataire lancé par une société immobilière au Maroc), le groupe est parvenu à séduire des investisseurs jusque-là habitués à ne souscrire qu’aux titres des grandes institutions financières. L’émission, qui portait à la fois sur des obligations ordinaires et des obligations convertibles en actions, a de plus été sursouscrite 1,6 fois. 1,6 milliard de DH ont en effet été proposés lors des souscriptions par les fonds de gestion collective, les établissements de crédit et les compagnies d’assurance de la place. «Dans le contexte actuel marqué par une rareté des ressources et un ralentissement du marché de l’immobilier, je considère cette opération comme une belle réussite pour notre groupe», déclare Karim Belmaachi, directeur général d’Alliances.

Plusieurs facteurs expliquent l’engouement des investisseurs pour les obligations Alliances. Il y a d’abord l’aspect financier, autrement dit la rémunération proposée par la société. Un taux de 5,40% sur une maturité de 5 ans offre une prime de risque de 140 points de base par rapport au taux de la même maturité sur le marché des adjudications (4%). C’est un niveau intéressant pour des gestionnaires de fonds à l’affût du moindre rendement supplémentaire. «C’est d’ailleurs ce qui explique la préférence des investisseurs pour les obligations normales au détriment de celles qui sont convertibles en actions», précise M. Belmaachi. Le taux de 5,40% est de fait proposé pour les titres ordinaires, alors que ceux convertibles n’offrent que 4,90%. D’où l’orientation de pratiquement 90% de l’offre des investisseurs vers les obligations normales. «C’est une question d’arbitrage des gestionnaires de fonds qui ont peut-être jugé que 5,40% aujourd’hui étaient mieux que 4,90% plus un potentiel de gain sur la conversion en actions après 5 ans», explique un banquier.

Il y a ensuite l’objectif de cet emprunt qui a conforté le marché et permis de drainer tous ces fonds. «Nous n’avons pas emprunté par manque de trésorerie ou pour financer les projets en cours. L’emprunt servira à injecter des fonds dans les nouveaux projets que nous sommes en train de préparer», clarifie le directeur d’Alliances.

50% du milliard de DH levé serviront en effet à injecter des fonds dans les programmes de logements à 250 000 DH que va lancer la société dans le cadre du plan de relance du logement social (Alliances compte construire 80 000 logements sur 5 ans). Une partie de ces fonds ira également à la construction d’habitats de moyen standing dans les principales villes du Royaume. 45% seront consacrés au segment résidentiel et tertiaire, notamment le projet Sindibad et celui de Tifnit dans le sud d’Agadir, ou encore au segment de prestation de services dans le cadre du projet Casa City Center. Enfin, les 5% restants seront utilisés pour le développement du pôle construction du groupe qui connaît un essor important avec la poursuite des grands chantiers d’infrastructures au Maroc.

En plus de ce programme ambitieux, Alliances s’est adressé au marché avec un niveau d’endettement confortable, ce que les investisseurs ont apprécié. «D’habitude, les entreprises ne recourent au marché obligataire que quand leur capacité d’endettement bancaire est saturée», explique un analyste. Notons, toutefois, que l’emprunt obligataire ne suffira pas tout seul à financer tous les projets du groupe. Mais avec des fonds propres qui représentent 2,5 fois son endettement, il dispose d’une marge de manœuvre confortable pour recourir au financement bancaire en cas de besoin (taux d’endettement inférieur à 50%).
Signalons par ailleurs qu’Alliances s’est présenté au marché avec un business-plan encourageant. Il a certes été revu à la baisse par rapport aux prévisions annoncées lors de son introduction en Bourse, en raison notamment du ralentissement des ventes sur certains segments, mais il continue de présenter des taux de croissance et de marge intéressants.

En effet, le chiffre d’affaires devrait passer de 3,9 milliards de DH en 2010 à 7,4 milliards en 2012, soit un taux de croissance annuel moyen de 37%. Le résultat d’exploitation est pour sa part appelé à croître de 61,4% en rythme moyen annuel, pour passer de 886 MDH en 2010 à 2,3 milliards en 2012, soit un taux de marge opérationnelle de 31%. Le résultat net part du groupe devrait lui aussi évoluer au même rythme que l’exploitation pour passer de 520 MDH à 1,4 milliard de DH.

Notons enfin qu’Alliances a publié dans sa note d’information des réalisations «presque confirmées» au titre de l’année 2009.
Elles font état d’une progression relativement faible des résultats en raison de la montée des charges financières et de la non-récurrence de certains éléments exceptionnels. Ainsi, même si le chiffre d’affaires augmente de 81% par rapport à 2008, à 2,2 milliard de DH, et le résultat d’exploitation de 58,7%, à 585 MDH, le résultat net part du groupe n’évolue que de 13,5% pour s’établir à 351 MDH.