Les mesures pour favoriser l’accès des PME à la Bourse

Une étude a permis d’identifier les freins à l’accès au marché des capitaux. 15 actions ont été recommandées, impliquant divers acteurs. Objectif : établir une relation de confiance entre entrepreneurs et investisseurs.

Les difficultés que rencontrent les PME pour accéder au financement inquiètent de plus en plus les pouvoirs publics et les représentants du secteur privé, surtout dans l’actuel contexte morose du marché financier (ralentissement du crédit bancaire, chute du nombre de levées de fonds en bourse…). En janvier dernier, Bank Al-Maghrib, le Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM) et la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) ont tenu des rencontres afin de déterminer les freins à l’accès des entreprises au crédit bancaire (www.lavieeco.com). Une commission a été créée et un plan d’action devant apporter des solutions est attendu. En fait, il ne s’agissait pas de la première mobilisation des différents acteurs concernés par la question du financement de l’économie. Quelques mois plus tôt, la Bourse de Casablanca, Maroc PME (ex-ANPME) et l’Association professionnelle des sociétés de bourse (APSB) ont signé une convention de partenariat pour faciliter l’accès de la PME au marché des capitaux. L’objectif principal est la mise en place d’un écosystème financier regroupant l’ensemble des acteurs du marché et d’un cadre incitatif au financement des PME à fort potentiel de développement via le marché financier. Ce chantier d’envergure ne pouvait être lancé sans une étude permettant d’identifier les freins qui empêchent les PME de recourir au marché des capitaux et de concevoir un plan d’action de nature à provoquer une rupture et à augmenter significativement le nombre de PME présentes sur le marché. Cette étude est aujourd’hui bouclée et La Vie éco a pu consulter ses principales conclusions.

La première phase de l’étude a permis d’identifier les freins à l’accès au financement par le marché des capitaux pour les PME sur la base d’ateliers tenus avec l’ensemble des acteurs. La méthodologie retenue a été celle du dialogue et de l’écoute. «Nous sommes partis d’un postulat : la PME marocaine a ses spécificités, il faut alors construire un modèle maroco-marocain», peut-on lire dans le document de restitution de l’étude. Ainsi, trois ateliers ont été organisés : le premier avec les PME cotées ayant vécu l’expérience du recours au marché des capitaux ; le second avec les acteurs du marché (hors PME) regroupant les fonds d’investissement, les experts comptables, les juristes, les banques d’investissement ; et le troisième avec des PME non cotées, à fort impact, sélectionnées par Maroc PME. Les synthèses de ces ateliers ont permis de déterminer plusieurs freins que l’on peut classer en quatre catégories.

Pas de code réglementaire de la PME

Il y a d’abord la dimension culturelle et sociale : la PME marocaine est renfermée sur elle-même et sa gestion est souvent opaque. Le patrimoine personnel et celui de l’entreprise sont souvent confondus. L’organisation et le système de gouvernance ne permettent pas un bon niveau de performance.

Il y a ensuite un déficit en matière de communication et d’accompagnement : l’information sur le marché des capitaux et ses possibilités reste insuffisante ; les professionnels de l’accompagnement des PME sont rares ; les experts comptables, principaux conseillers, ont une méconnaissance des mécanismes du marché et des opportunités qu’il offre pour les PME.

Le cadre légal et fiscal est également pointé du doigt : absence de vision transversale de la part des institutions publiques par rapport à la PME (il n’existe pas de code réglementaire de la PME) ; l’administration fiscale reste intransigeante envers la PME qui choisit la transparence ; insuffisance des incitations fiscales pour les PME et les investisseurs.

Enfin, il y a les insuffisances du marché : les investisseurs et partenaires financiers demeurent réticents à accompagner de jeunes entreprises malgré leur forte croissance ; la logique de notation et de suivi post-émission est pour l’instant absente ; les acteurs institutionnels (CDG, CCG…) pourraient jouer un rôle plus important.

L’analyse de tous ces freins a permis de mettre le doigt sur les enjeux et problématiques de l’accès des PME au marché des capitaux, et surtout de conclure que l’implication de tous les acteurs est primordiale pour créer un cercle vertueux, de croissance et de confiance. Quatre types d’actions ont été adoptés pour lever les freins identifiés: des actions de communication et de sensibilisation à destination des PME, institutionnels et acteurs du marché; des actions de formation au profit des acteurs qui font partie de l’environnement de la PME ; des actions à destination des institutionnels, notamment les autorités fiscales et légales ; et des actions à destination des acteurs du marché (investisseurs, PME cotées…).

Plus d’incitations et d’accompagnement de la PME

Un plan d’action détaillé a été établi comprenant les recommandations prioritaires, déclinées par thème et sur la base du «Parcours d’Excellence» défini. Ce parcours vise à accompagner les entreprises sélectionnées par Maroc PME et ses partenaires (500 PME à fort potentiel de développement) pour les préparer progressivement aux exigences d’un accès au marché et les aider à mieux affiner leur business plan et leur stratégie financière.

En tout, 15 actions ont été recommandées avec chacune des niveaux de complexité et de priorité différents. Le niveau de complexité se base sur le couple Pré requis (légal, budgétaire, technique, organisationnel) / Echéance (court, moyen ou long terme). Le niveau de priorité correspond, lui, à l’urgence de déclenchement de l’action.

Les deux premières actions correspondent au frein «Absence de vision transversale de la part des institutions publiques par rapport à la PME». La première et l’harmonisation des textes de lois et la mise en place des incitations fiscales. Le pilote de cette action prioritaire est l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC, ex- CDVM). La deuxième action porte sur le lancement d’une réflexion pour la mise en place d’une flat tax pour les PME faisant appel public à l’épargne. Elle est aussi prioritaire que la première et est pilotée par la CGEM.

Trois actions visent l’amélioration du dispositif d’accompagnement des PME. Il s’agit de mettre en place des formations de haut niveau à destination des experts comptables, d’encourager le mentoring et de simplifier les démarches de recours au marché des capitaux. Ces trois chantiers prioritaires sont chapeautés par la Bourse de Casablanca mais impliquent également Maroc PME, l’AMMC, l’APSB et l’ordre des experts comptables.

Sept autres actions visent à lever les réticences des investisseurs et partenaires financiers à accompagner les PME, à savoir : mettre en place un compartiment dédié à la PME en bourse avec des conditions simplifiés ; mettre en place un indice PME ; promouvoir l’offre obligataire ou autres produits de la dette ; proposer un schéma d’investissement graduel ; mettre en place un abattement fiscal pour les investisseurs institutionnels ; favoriser la mise en place d’un fonds commun de placement PME ; et mobiliser et impliquer les fonds régionaux. Une série d’actions toutes pilotées par la Bourse de Casablanca aux côtés de Maroc PME, l’AMMC et l’APSB. Elles sont de priorité forte à moyenne et exigent des pré requis d’ordre légal et technique.

Enfin, les trois dernières actions ont pour objectif d’améliorer l’image de la PME et d’en moderniser la gestion. Il s’agit de répertorier un vivier de PME et définir un plan stratégique de promotion et de communication ; mettre en place un programme intégré d’accompagnement des PME ; et assurer un suivi post-marché des capitaux et maintenir une dynamique positive.  Ces actions de priorité forte à moyenne sont pilotées par Maroc PME et la Bourse de Casablanca.

Le moins que l’on puisse dire à la lecture de l’analyse et des recommandations faites dans le cadre de cette étude est que ses initiateurs ont pu cerner toute la problématique de l’accès de la PME au marché des capitaux et proposer des actions concrètes et à fort impact. Cependant, il faut souligner que certains chantiers ne pourront être menés rapidement. Dans son plan d’action prioritaire, les échéances fixées vont de septembre 2015 à mai 2016 en fonction des mesures. Or, certaines exigent clairement plus de temps car elles nécessitent des changements réglementaires et un important lobbying auprès des autorités compétentes. C’est le cas notamment de l’harmonisation des textes de lois, l’instauration d’une flat tax pour les PME faisant appel public à l’épargne, la mise en place d’abattements fiscaux pour les investisseurs institutionnels et la mise en place d’un programme intégré d’accompagnement des PME. Les choses vont certainement avancer graduellement, et, le plus important, selon les initiateurs du projet, est la coordination et l’implication de l’ensemble des acteurs.

Dari Couspate, Cartier Saada, Involys, Timar, Afric Industries…, plusieurs PME ont osé franchir le pas ces dernières années, toutes après avoir fourni des efforts considérables de structuration et de mise à niveau. La présence de fonds d’investissement dans le tour de table de plusieurs entreprises a favorisé cette tendance car la bourse est souvent utilisée comme voie de sortie pour ces investisseurs. La plupart de ces PME ne l’ont pas regretté: elles ont gagné en notoriété auprès des clients, fournisseurs, banques, elles ont pu se développer grâce aux fonds levés, et disposent de plans de développement et d’un style de gestion moderne. Certaines sont mêmes devenues de grandes PME au rayonnement régional, voire international. Cependant, être «listé» n’est pas de tout repos et expose l’entreprise à plusieurs aléas : chute de la valeur de marché, contrôles fiscaux, rumeurs… Les premières années de cotation ont pour le moins été difficiles pour les patrons de ces structures, mais jusqu’à aujourd’hui aucune d’elle n’a choisi d’abandonner la cote. Preuve que les apports sont plus importants que les contraintes.