Les marges des sociétés cotées s’érodent

La marge nette moyenne est passée de 12,6% en 2010 à  9,1% en 2013.
Pression sur les prix, renchérissement des intrants, aggravation des risques…, entre autres causes. Malgré tout, certaines sociétés continuent d’afficher des marges de plus de 50%.

Si l’activité des sociétés cotées s’est maintenue au cours des dernières années, générant même un chiffre d’affaires en progression à l’issue de certains exercices, les bénéfices ont, eux, sensiblement reculé. En effet, après avoir enregistré une croissance soutenue jusqu’en 2010, le résultat net global de la cote a marqué une rupture en 2011 en réalisant une baisse de 1%. La tendance s’est aggravée par la suite, avec un recul de 10% en 2012 et de 6,7% en 2013. La marge nette des sociétés cotées (qui leur permet de financer leur développement et de rémunérer leurs actionnaires) s’est par conséquent effritée. De 12,6% en 2010 (un niveau jugé à l’époque confortable en comparaison avec les sociétés cotées d’autres pays), elle s’établit actuellement à 9,1%, soit 3,5 points de moins en 3 ans. Pression sur les prix dans certains secteurs (télécoms…), baisse de la demande couplée à la volatilité des matières premières dans d’autres (agroalimentaire, matériaux de construction…), montée du coût du risque pour les établissements financiers ou tout simplement constatation de charges exceptionnelles (contrôles fiscaux, départs volontaires)…, plusieurs facteurs expliquent cette baisse de la rentabilité.

En considérant le seul exercice 2013, la plus importante baisse de marge a été réalisée par le secteur immobilier. Il transforme actuellement 15,1% de son chiffre d’affaires en bénéfice contre 18,2% une année auparavant, soit un recul de 3,1 points. Il s’explique  par la baisse du résultat net d’Alliances suite à la non-récurrence du produit de cession d’une part du capital d’Alliances Darna au RCAR comptabilisé en 2012. Addoha a également contribué à ce recul, le promoteur ayant levé le pied sur la production de logements afin de maîtriser sa croissance, très consommatrice de cash. Maroc Telecom a perdu le même niveau de marge que le secteur immobilier, son résultat net ne représentant plus que 19,4% de son chiffre d’affaires contre 22,5% en 2012. En plus de la pression sur les prix induite par une concurrence de plus en plus rude et de la poursuite des investissements en infrastructures de l’opérateur, le dénouement d’un contrôle fiscal a amputé les bénéfices de pas moins de 1,5 milliard de DH.

Les mauvaises prestations des Brasseries du Maroc, Centrale Laitière et Cosumar ont également réduit la rentabilité du secteur agroalimentaire. Sa marge a baissé de 1,5 point, à 5,7%. Le spécialiste de la boisson maltée a dû faire face au ralentissement des ventes, suite à la répercussion de l’augmentation de la TIC sur les prix et à la fermeture de nombreux points de vente, et à l’augmentation des coûts marketing et de production. Pour sa part, Centrale Laitière peine à rentabiliser sa dynamique commerciale sous l’effet de l’augmentation des coûts des intrants, des frais logistiques et de publicité. Quant à Cosumar, elle a subi l’effet conjugué du déstockage massif opéré par les grossistes et de la flambée des prix des produits énergétiques.

Matériaux de construction, mines…, les secteurs qui résistent

Les banques n’ont pas été épargnées. Si les revenus des intérêts et des commissions ont enregistré une croissance soutenue, les bénéfices ont été plombés par l’aggravation du coût du risque et, là aussi, par le dénouement d’un contrôle fiscal chez Wafa Assurance et dont le coût a été supporté par sa maison mère Attijariwafa bank. D’où une marge nette en recul de 1,1 point, à 11,8% Enfin, le secteur de l’énergie ne dégage plus que 0,9% de marge, La Samir ayant fait les frais de la baisse de ventes au niveau national et de la chute des marges de raffinage dans toute la zone méditerranéenne.

Parmi les bons élèves, on retrouve d’abord les producteurs de matériaux de construction qui, malgré un contexte concurrentiel toujours difficile, ont réussi de belles prestations opérationnelles qui leur ont permis de redresser leur marge. Celle-ci est en effet passée de 13,7% en 2012 à 15,7% en 2013 grâce à Sonasid, Lafarge et Ciments du Maroc.

Le secteur de la chimie a également rétabli ses marges, avec une moyenne qui gagne 2,7 points, à 3,1%. Là aussi, le contexte commercial était difficile mais les opérateurs se sont adaptés en réduisant leurs charges, notamment Colorado et Maghreb Oxygène. La Snep a pour sa part sensiblement réduit son déficit grâce à l’application d’un droit antidumping sur le PVC américain.

Les compagnies minières ne sont pas en reste puisque leur rentabilité s’est améliorée de 1,5 point, à 23,4%. Malgré la baisse des cours mondiaux des métaux, elles ont pu dégager des bénéfices globalement en hausse grâce à une bonne stratégie de couverture des prix et à une production en hausse chez le groupe Managem.

Cela dit, en dépit d’une conjoncture globale toujours difficile, certaines sociétés cotées continuent d’afficher un niveau de marge très confortable. A leur tête figure, encore une fois cette année, la Compagnie minière de Touissit (CMT) avec une marge nette de 65,8%! Certes, elle est dopée par certains éléments non récurrents; cependant, même en neutralisant l’effet de ces produits, elle se situerait à plus de 50%. Une situation qui s’explique essentiellement par des prix de vente sécurisés à un niveau confortable et par des charges opérationnelles maîtrisées.

Le deuxième sur le podium est également un opérateur minier. Il s’agit de la SMI qui dégage une rentabilité de 45,4%, là aussi grâce à une bonne politique de couverture des prix de vente et à une hausse de la production.

Le trio de tête est complété par le courtier Agma Lahlou Tazi avec une marge de 41%. Celle-ci est en baisse continue sur les dernières années en raison d’une concurrence plus rude dans le secteur de l’intermédiation en assurance, mais elle demeure plus qu’intéressante et s’explique par la nature de l’activité, peu consommatrice en charges, et les efforts fournis par la sociétés en matière d’automatisation de ses process.

Plus bas sur la liste, les cimentiers se distinguent toujours par une rentabilité confortable. Lafarge et Ciments du Maroc, notamment, ont dégagé en 2013 une marge nette respectivement de 27,7% et 22,3%. Les augmentations de prix opérées ces dernières années couplées à l’optimisation des coûts de production ont permis de maintenir cette capacité à générer du cash, dans un contexte marqué par la poursuite des investissements dans l’extension des capacités de production.

Addoha et Alliances affichent aussi un niveau de marge intéressant, et ce, malgré la baisse des résultats en 2013. Elle est de 17,8% pour le premier promoteur immobilier et de 13,6% pour le second. La rentabilité sécurisée dans le logement social et le maintien des prix dans le haut standing chez les grands opérateurs du secteur expliquent ces performances.
Enfin, et en dépit de l’envolée du risque d’impayés, les banques cotées performent toujours. Le CIH, la BMCI et Attijariwafa bank, notamment, ont dégagé des marges respectivement de 16,7%, 14,7% et 13,9%. Précisons que ces marges sont calculées sur la base de l’ensemble des produits d’exploitation bancaire ou non du PNB.
Au final, sur 72 sociétés cotées ayant publié leurs résultats 2013, 26 affichent une rentabilité supérieure à 10%.