Les marges des sociétés cotées restent élevées : jusqu’à  51% en net !

Malgré un léger repli en 2010, dû à  une plus forte hausse de l’activité, la marge nette moyenne de la cote reste à  près de 13%. Les marges les plus élevées reviennent à  Maroc Telecom, aux sociétés immobilières, aux cimenteries,
aux compagnies minières et aux banques.

Les sociétés cotées à la Bourse de Casablanca ont réalisé une croissance bénéficiaire honorable en 2010. Les comptes arrêtés au 31 mars dernier font apparaître un résultat net global de 30,23 milliards de DH, en hausse de 8,8% par rapport à 2009. Ainsi, malgré une conjoncture économique marquée par un certain ralentissement, et les difficultés que connaissent plusieurs secteurs d’activité, les entreprises de la cote ont pu maintenir la tendance haussière des bénéfices entamée depuis 2004, année d’introduction en Bourse de Maroc Telecom. Mais surtout, cette croissance leur a permis de préserver leurs marges à des niveaux élevés, et ce, en dépit d’une plus forte progression du volume d’activité.

Un pic de marge nette de 13,2% atteint par les sociétés cotées en 2007

En effet, le chiffre d’affaires agrégé de la cote s’est établi à plus de 236 milliards de DH à fin 2010, en hausse de 11,4% par rapport à 2009, principalement sous l’effet de l’envolée des cours pétroliers qui a permis à la Samir d’améliorer son chiffre d’affaires de plus de 10 milliards de DH d’une année à l’autre. Avec cette évolution à deux chiffres, la marge nette moyenne des sociétés cotées a perdu 0,3 point en 2010 pour se consolider à 12,8%.
Néanmoins, ce niveau reste toujours satisfaisant et proche du pic de 13,2% atteint en 2007, compte tenu d’une conjoncture économique des plus favorables, sachant que le taux de marge ne dépassait pas habituellement les 12%, sauf dans les cas où des produits exceptionnels viennent doper les bénéfices (ce fut le cas en 2009 avec la cession par Ona et Sni d’une partie de leur participation dans Wana).
Par secteur d’activité, les télécoms continuent de dégager les niveaux de marges les plus élevés de la cote, malgré un recul continu tout au long de ces dernières années, suite à une plus forte concurrence dans le secteur et au poids des investissements. A 9,5 milliards de DH, ce bénéfice enregistré par Maroc Telecom au titre de 2010 lui a en effet permis de maintenir son taux de marge nette au-dessus du seuil de 30% (30,12% plus exactement).
Les sociétés immobilières de la cote viennent en deuxième position avec une marge nette moyenne en 2010 de 20,2%. Elle a été améliorée de plus de 4 points par rapport à 2009, grâce au quasi-doublement du bénéfice part du groupe d’Addoha. A 22,2%, cette dernière affiche le taux de marge le plus élevé du secteur, si l’on exclut l’outsider Balima (29,3%) dont l’activité repose essentiellement sur la gestion locative. Elle est suivie par la CGI qui dégage une marge de 17,5%, puis d’Alliances avec une rentabilité de 16,2%. Notons que ces taux sont appelés à s’améliorer de manière substantielle au cours des prochaines années, en raison de l’achèvement de plusieurs projets à fortes marges portés par les trois groupes.
Avec un taux de marge moyen de 17,7%, le secteur des matériaux de construction talonne celui de l’immobilier. Et encore, il aurait pu le dépasser, comme c’était le cas en 2009, si le sidérurgiste Sonasid n’avait pas enregistré un résultat net déficitaire en 2010. Car il faut savoir que les marges des cimentiers cotés à Casablanca s’établissent à des niveaux élevés, avec 31,3% pour Lafarge Ciments, 23,8% pour Ciments du Maroc et 18,6% pour Holcim. Ces taux ont été obtenus malgré des ventes de ciment en quasi-stagnation en 2010 et des prix des combustibles qui ont connu une véritable flambée.

CMT récupère 51% de son chiffre d’affaires en bénéfice net !

Vient par la suite le secteur minier, appelé dans un avenir très proche à occuper la tête du podium des marges les plus confortables. En effet, ce compartiment, qui affiche en 2010 un taux de marge moyen de 17,3%, est pénalisé par le titre Managem (7,7%) qui est toujours en train de se relever du lourd déficit qu’elle avait constaté en 2008, suite à l’effondrement des cours des métaux à l’international. Avec l’envolée actuelle des cours, l’opérateur minier est à même de recouvrer dès 2011 des taux de rentabilité plus importants. Et il n’y a qu’à voir le niveau de bénéfice que dégage la Compagnie minière de Touissit (CMT) pour s’en convaincre. Grâce à des couvertures de prix favorables qui lui avaient permis de faire face au choc de 2008, ainsi qu’à la remontée des cours cette année, la société affiche un taux de marge de 51,1%, soit le niveau le plus élevé de la cote. Quant à la SMI, filiale de Managem, elle a déjà atteint en 2009 une rentabilité de près de 32% qu’elle a consolidé cette année à 30%.
Les entreprises financières, dont les marges étaient parmi les plus élevées du marché il y a tout juste quelques années, occupent aujourd’hui le milieu du classement, avec en premier les banques, dont le taux de rentabilité (par rapport à l’ensemble des produits d’exploitation bancaires et non pas au PNB qui est lui-même un résultat) de 13,4%. Il faut dire que la course de ces établissements vers la croissance, en multipliant les ouvertures d’agences et en procédant à des acquisitions de banques en Afrique, couplée à la montée des risques d’impayés et à des efforts de provisionnement plus soutenus, a fini par éroder petit à petit leurs marges. BMCE Bank affiche en effet un taux de marge nette d’à peine 5,8%, et le CIH, toujours en convalescence malgré une nette amélioration de ses bénéfices en 2010, est à moins de 10%. Le secteur cache toutefois quelques établissements toujours très rentables, notamment la BMCI (près de 20%) dont la stratégie a toujours porté sur une croissance modérée mais profitable, et Attijariwafa bank (17,4%) dont les performances commerciales dépassent les réalisations sectorielles.
Les compagnies d’assurance, elles, sont à une marge moyenne de 13,2%, tirée par Wafa Assurance dont les ratios de productivité (sinistralité, frais de gestion…) sont parmi les meilleurs du secteur et dont la performance du portefeuille de placements financiers a été plus qu’honorable en 2010. Pour leur part, Atlanta et la nouvelle recrue de la cote, Cnia-Saâda, affichent un taux de marge de 10%.
Il est en amélioration par rapport à 2009, suite à la reprise du marché actions, mais il est encore loin d’atteindre celui du leader du secteur dans l’absence de synergies avec un groupe bancaire de taille, comme c’est le cas entre Wafa Assurance et Attijariwafa bank. Par ailleurs, le seul courtier d’assurances de la cote, Agma Lahlou-Tazi, est à un niveau de marge nette élevé (39%) étant donné la nature de son business. Ce taux est toutefois stable depuis plusieurs années.
Et malgré une année 2010 difficile, les industries agroalimentaires parviennent à maintenir leur rentabilité au même niveau qu’en 2008 et 2009 (8,9%).
A 11,4%, Brasseries du Maroc reste la première du secteur même si son taux de marge a fondu de 3,4 points par rapport à 2009, sous l’effet de l’augmentation de la fiscalité appliquée aux boissons alcoolisées. Elle est suivie par Unimer (10,8%), Cosumar (9,9%) et Centrale Laitière (9,5%).
Enfin, les sociétés de financement affichent les taux de marge les plus faibles (3,6% en moyenne) après ceux du secteur de l’énergie (2,9%, compte tenu de la nature d’activité de la Samir), compte tenu du ralentissement de la distribution des crédits et de la montée en flèche du coût du risque. Les sociétés de leasing de la place ne dépassent même pas 3,5%, alors que sous d’autres cieux, ces établissements dégagent une rentabilité supérieure à 20%.