Les investisseurs étrangers devraient revenir en force sur la place casablancaise

La Bourse de Casablanca est plus attractive que celle du Caire et de Tunis, selon des investisseurs étrangers. Les secteurs les plus prisés restent l’immobilier, les banques, les cimenteries et les télécoms. Les investisseurs déplorent le manque de communication financière et la sous-représentation de certains secteurs de la cote.

La Bourse de Casablanca est largement plus attractive que celle du Caire et de Tunis. C’est ce qu’affirment nombre d’investisseurs étrangers approchés lors de la «One-on-one Equity Conference», organisée par CFG Group du 15 au 17 octobre à Marrakech. Cette conférence, qui en est à sa première édition au Maroc, a pour but de mettre en relation des investisseurs étrangers avec des sociétés déjà cotées ou dont l’introduction en bourse est imminente, comme Dar Essaada, Mutandis et la société tunisienne Les Moulins d’Or, en vue d’étayer les avantages d’investir dans le marché boursier marocain, surtout qu’il est en train d’entamer un nouveau cycle haussier.

La plupart de ces investisseurs estiment que la Bourse de Casablanca devrait connaître une croissance appréciable sur les prochaines années après les contre-performances accumulées depuis 2008. Certes à leurs yeux, elle reste chère par rapport aux autres places financières mais cela ne les empêche pas de réorienter progressivement leurs placements vers ce marché. Thabo Ncalo, portfolio manager à Stanlib, société de gestion basée en Afrique du Sud, considère que «la Bourse du Caire a déjà consommé son potentiel de hausse. Avec une performance de plus de 30% depuis le début de l’année, elle n’offre plus d’importantes opportunités de placement». Confortant ces propos, Khaled Abdel Majeed, managing partner à Mena Capital, société de gestion à Londres, souligne que «la Bourse de Tunis est certes intéressante mais reste pénalisée en raison de son étroitesse. D’autant que le pays est toujours aux yeux des investisseurs instable et l’économie n’a pas encore redémarré».

D’ailleurs, les investisseurs contactés positionnent la stabilité politique comme premier critère encourageant l’investissement dans un marché donné. Le second, lui, concerne le contexte économique ainsi que la croissance équilibrée des différents secteurs. Une fois ces critères remplis, les investisseurs prennent en compte d’autres paramètres pour investir en bourse. Il s’agit de la croissance estimée des bénéfices, le price-to-book (la valeur boursière rapportée à la valeur comptable) et le degré de risque à prendre. Le mode de gouvernance des sociétés et la régularité de leurs publications financières constituent également un élément fondamental affectant les décisions d’investissement. En plus de ces critères, un trader spécialiste des marchés émergents basé à Londres estime que «la non-dépendance du marché boursier des capitaux étrangers est considérée comme un facteur favorable pour nous, car ils sont connus pour être volatils, à l’affût des opportunités d’investissement. Ce qui peut conduire à l’effondrement d’un marché dans le cas d’un renversement de tendance». Et d’ajouter : «Avec un volume réalisé à hauteur de 80% par les investisseurs locaux, on estime que la volatilité de la place casablancaise reste maîtrisée et nos investissements sécurisés».

Cela dit, en raison du manque de liquidité de la place et du nombre réduit des sociétés cotées, la part des fonds d’investissement étrangers destinée au Maroc reste dérisoire. «En Afrique (Afrique du Sud exclue), la part des fonds destinés au Maroc ne dépasse pas 10%, alors qu’au Nigéria, par exemple, elle pointe à 45%», précise ce trader. Et M. Abdel Majeed d’ajouter : «Avec 2 fonds investis dans la région MENA, nous consacrons seulement 2,5% au Maroc». Toutefois, vu l’importance du marché marocain, la société de gestion a relevé, au terme de la conférence organisée, la part du Maroc à 7,5% et fixe comme objectif de la porter à 12%, voire 15%. En face, il a réduit ses investissements dans la Bourse de l’Arabie Saoudite de 20% à 9% actuellement.

Par ailleurs, les placements des fonds gérés par Mena Capital portent surtout sur les valeurs de petite et moyenne taille qui offrent un potentiel de croissance et disposent de valorisation intéressante, à l’instar de Disway et Risma. Si M. Abdel Majeed fait de ce type de valeurs son terrain de prédilection, ce n’est pas le cas de notre trader qui considère que le niveau bas du taux de rotation de ces titres et du flottant les pénalise. Selon lui, «Colorado et Salafin sont les plus importantes parmi les petites et moyennes capitalisations, mais malheureusement elle demeurent les plus difficiles à trouver sur le marché». Du coup, tout son intérêt est tourné vers les grosses capitalisations les plus liquides à l’instar de son confrère, M. Ncalo. Les deux considèrent que les secteurs les plus intéressants sont l’immobilier et plus précisément Addoha, les banques, les cimenteries ainsi que Maroc Telecom.
Cela étant, tous estiment que le marché devrait combler certaines lacunes. Tout d’abord, les investisseurs estiment que le marché manque énormément de sociétés cotées. Ensuite, certains secteurs sont sous-représentés à la cote, à l’instar du secteur de l’hôtellerie qui compte une seule société (Risma) ou encore la distribution avec comme unique valeur cotée Label’Vie. Les sociétés agroalimentaires ne sont pas assez représentées également. Enfin, un gestionnaire de portefeuille déplore l’absence de communication financière trimestrielle ainsi que l’indisponibilité d’une version anglaise des documents publiés.