Les huit valeurs qui ont les faveurs des analystes boursiers

Le BTP et l‘agroalimentaire sont les secteurs les plus appréciés
par les analystes.
La majorité des sociétés citées sont dans un cycle
d’investissement.
Les entreprises industrielles restent prisées en raison de perspectives
stables.
Seules 5 sociétés de Bourse ont voulu se prêter au jeu du
pronostic.

Quelles valeurs choisir à la faveur d’un marché boursier en hausse ? Si presque toutes ont affiché cette année des performances positives, il reste que certaines se dégagent du lot. Il est vrai que, cette année, Masi et Madex, les principaux indices de la Bourse de Casablanca, affichent – dans l’indifférence générale, faut-il le rappeler – des taux de croissance rappelant les niveaux de 1998. Sauf retournement de tendance, les analystes de la place prédisent une fin d’année en beauté avec des performances annuelles de 30 % pour le Masi et de 20 % pour le Madex. Ce que tout le monde hésite à qualifier de « reprise » s’est accompagné d’une amélioration, certes relative, mais importante tout de même, des volumes d’affaires. L’année a également été riche en opérations stratégiques… Autant d’éléments qui devraient mettre en émoi tout professionnel digne de ce nom. «On est bien loin d’une ambiance de reprise», constate un trader. Les «goldenboys» semblent vouloir garder la tête froide et résister à l’euphorie que devrait provoquer pareille situation. «Les séquelles de la crise boursière sont encore trop présentes pour que l’on oublie. Tout le monde a peur de refaire les mêmes erreurs et personne n’a envie de faire le premier pas», explique un analyste.
A la lecture des notes d’information et des publications des départements analyse et recherche des sociétés de Bourse, on constate que les bons placements existent encore. Sur la cinquantaine de valeurs qui font la cote casablancaise, les analystes en ont détecté une bonne dizaine offrant des perspectives de croissance et de développement intéressantes, assez en tout cas pour rendre des boursicoteurs heureux. La Vie éco a fait le tour de plusieurs départements Recherche de la place pour avoir leur avis sur ces sociétés. Seulement cinq sociétés de Bourse ont choisi de se prêter au jeu et de se «mouiller» en nous livrant le fond de leur pensée.
Une vingtaine de sociétés ont été citées par les analystes. Si aucune d’entre elles ne fait l’unanimité, certaines se sont nettement distinguées par rapport à d’autres. Autre observation intéressante, les secteurs des BTP et de l’Agroalimentaire semblent convaincre tous les analystes.
Voici les arguments avancés par les sociétés de bourse pour étayer leur avis favorable.

Eqdom
C’est certainement la seule société de crédit à la consommation à obtenir les faveurs des analystes. L’entrée dans le capital du groupe français Société Générale a fini par convaincre les professionnels que, même dans un secteur en crise, une conjoncture marquée par la baisse du TEG (taux effectif global), et un cadre réglementaire plus strict, les établissements de crédit pouvaient tirer leur épingle du jeu. La baisse du coût de refinancement, l’élargissement du réseau et la rationalisation des process de distribution et de contrôle des crédits sont les principaux atouts qu’Eqdom compte mettre en avant en développant les synergies liées à l’appartenance à un groupe bancaire.

Holcim Maroc
«Un potentiel d’appréciation lié aux bonnes perspectives du secteur BTP et aux projets de Fès et de Settat permettant l’amélioration de la productivité». Les choses sont claires pour Farid Mezouar, analyste à Sogébourse. D’ailleurs, les trois groupes cimentiers représentés à la cote n’ont pas de mal à convaincre les analystes de leurs fondamentaux solides. Holcim reste tout de même la préférée des analystes grâce aux perspectives de croissance qu’induit la mise en œuvre du projet d’implantation d’une cimenterie à Settat. En effet, un tel investissement placerait l’ex-Cior, quelque peu desservie jusque-là par son implantation géographique décalée vers l’oriental, à proximité de l’axe Kénitra Casablanca, le marché de prédilection des cimentiers.

Lafarge ciments
La filiale du groupe cimentier français profite pleinement de sa position de leader et de son implantation géographique dans la région nord-ouest du Royaume. Le projet Tétouan II devra donner un nouvel essor au groupe en lui permettant de sceller le marché de la zone nord, aux perspectives de croissance très intéressante, notamment avec le projet du port Tanger Méditerranée.

Ona
L’événement le plus marquant de l’année boursière, à savoir la restructuration qui a touché le tour de table du trio ONA-SNI-Siger, n’a pas altéré l’avis des analystes sur la holding. Bien au contraire, certains y ont vu une clarification utile et bienfaitrice (cf. étude de Wafa Bourse). C’est en tout cas la position officielle des sociétés de Bourse qui recommandent l’Ona à l’achat. Plusieurs professionnels, toujours sous couvert de l’anonymat, se disent peu convaincus des retombées positives de l’opération financière, du moins pour le petit porteur. La sortie du pôle BTP de l’ONA du périmètre de consolidation ne tranquillise pas les analystes sur l’avenir du groupe.

Sonasid
La filiale de la SNI profite largement de la croissance et des perspectives d’évolution du secteur du bâtiment. La société est actuellement engagée dans un ambitieux programme d’investissement qui devrait la doter à terme d’un laminoir à Jorf Lasfar. La Sonasid séduit également les investisseurs par ses distributions généreuses de dividendes. La société présente en effet un taux de rendement du dividende des plus importants de la place.

Aluminiumdu Maroc
Aluminium du Maroc n’a rien à envier aux autres entreprises opérant dans le secteur des BTP. Les analystes sont d’autant plus séduits par cette small cap qu’elle paraît réussir son audacieuse ouverture sur le marché de l’exportation. La société est d’ailleurs en train d’installer une nouvelle presse qui devrait lui permettre d’augmenter sa capacité de production.

Brasseries du Maroc
La prise de contrôle par le groupe Castel de la société des Brasseries du Maroc a été bien accueillie par certains analystes. Ils attendent du groupe français qu’il améliore la productivité et la rentabilité du groupe. Les nouveaux patrons ont déjà entamé des actions de restructuration (fusion intragroupes, désengagement de la SCBG…). L’OPR (offre publique de rachat) qui sera lancée par le groupe sur ses propres actions en vue de leur annulation pour réduire le capital social de la société devrait en principe améliorer la rentabilité des fonds propres.

Centrale laitière
La filiale de l’ONA est incontestablement leader de son marché. De plus, les analystes sont séduits par la politique d’innovation dans laquelle la société semble s’être engagée depuis quelque temps. La concurrence, constituée de coopératives régionales, ne devrait pas, aux yeux des analystes, représenter une menace sérieuse pour la Centrale laitière.
La politique de distribution de la société a largement contribué à faire des actions de la Centrale laitière un placement attrayant. Même si le cours de la compagnie, qui s’est fortement apprécié en 2003, a intégré une bonne partie des perspectives de croissance, les analyses estiment qu’il offre encore une décote interessante.


Les différents types de recommandations
Une recommandation d’une société de Bourse pour une valeur n’est que l’appréciation d’un analyste d’un titre, à un moment précis, par rapport à un cours établi et à des événements conjoncturels. La plupart du temps, les recommandations doivent être accompagnées d’un cours cible au-delà (ou au-dessus) duquel l’appréciation n’a plus lieu d’être. La note de recherche constitue l’argumentaire par rapport au conseil d’achat ou de vente formulé.
Certaines recommandations ont une durée de vie relativement courte et sont étroitement liées à l’actualité. Un analyste qui prévoit l’amélioration des résultats d’une société cotée la recommandera à l’achat. Une fois que le cours de la société en question intégrera cette donne, le titre perd de son attrait à ses yeux.
D’autres recommandations sont par contre faites pour des horizons et des perspectives plus « long-termistes » et s’intéressent aux fondamentaux de la société. L’analyste se projette dans ce cas quelques années en avant pour tenter d’évaluer les bénéfices et les cash-flows futurs de la société. Il se fonde pour ses projections sur les perspectives macroéconomiques du secteur d’activité dans lequel évolue la société ainsi que sur des éléments stratégiques (ouvertures de nouveaux marchés, croissance interne ou externe, diversification, libéralisation…)