Les fonds actions malmenés par la Bourse de Casablanca

Jusqu’à  -15,9% de baisse pour certains fonds depuis le début de l’année. Seuls 8 fonds actions affichent des variations de plus de 5%.
Les gestionnaires communiquent peu et manquent de visibilité quant aux performances futures de leurs fonds et à  l’évolution globale du marché.
Dans une optique d’investissement à  moyen et long terme, les OPCVM actions restent un véhicule privilégié

Dans un contexte de forte volatilité du marché boursier casablancais, et après une baisse qui a annulé tous les gains réalisés depuis le début de l’année, les gérants d’OPCVM actions (Organismes de placement collectif en valeurs mobilières) sont devenus prudents quand il s’agit de communiquer sur leurs performances.

Ceux qui ont accepté de commenter l’évolution de leurs fonds l’ont fait uniquement sous couvert d’anonymat. C’est que les réalisations de ces instruments de placement collectif sont en nette dégradation depuis le début de l’année, à l’image du recul enregistré par les valeurs cotées en Bourse.

Pire, au moment où le Masi, indice général de la Bourse, affichait une contre-performance de -0,96%, le 17 octobre, des fonds actions avaient enregistré des baisses allant jusqu’à -15,9%.
Au total, 11 OPCVM actions sur les 36 de la place ont affiché des baisses plus fortes que celle du marché.

Seuls 8 fonds ont réalisé plus de 5% de progression, mais, selon les explications du directeur général de l’une des sociétés de gestion de la place, «ces performances concernent généralement des fonds nouvellement créés (en cours de construction) ou gérant des actifs de petite taille, donc elles ne sont pas significatives».

A l’origine de ces contre-performances, des facteurs d’ordre général ainsi que d’autres concernant spécifiquement chaque fonds.
Globalement, les OPCVM actions traduisent l’évolution générale du marché boursier, à quelques points de différence en plus ou en moins.

Cette évolution était orientée à la baisse depuis le début du deuxième trimestre 2008, suite à des niveaux de valorisation élevés et à un manque de soutien du marché par les gros investisseurs. Ceci avant que les indices ne plongent en raison des frayeurs déclenchées par la crise financière internationale (voir article pages 58-59).

Mais, en dehors de la tendance générale de la Bourse de Casablanca, les performances des OPCVM actions ont été davantage plombées par des mouvements de rachat massifs ayant obligé les gérants de portefeuilles à vendre pour rembourser les souscripteurs, ce qui a par ailleurs accentué la baisse au niveau de la Bourse vu le poids des OPCVM dans les volumes de transactions.

Ainsi, par exemple, durant la semaine du 12 au 19 septembre, les rachats de parts d’OPCVM ont totalisé plus de 4,5 milliards de DH, soit une hausse de 71% par rapport aux rachats de la même semaine du mois d’août.
A côté de ces deux facteurs, qui ont concerné pratiquement tous les fonds actions, la pondération des valeurs cotées dans les portefeuilles a fait que des OPCVM enregistrent des baisses plus importantes que d’autres.

«Les fonds ayant misé gros sur des titres comme ceux de l’immobilier ou des cimenteries, qui ont fortement chuté pendant la correction du marché, ont vu leurs contre-performances s’aggraver sensiblement», explique un gérant de portefeuille. Ceci tout en sachant que les règles prudentielles imposées aux sociétés de gestion les obligent à ne pas dépasser 15% de l’actif net d’un fonds sur une seule valeur.

Dans cette période difficile, et compte tenu des contraintes de gestion auxquelles ils sont confrontés (rachats massifs des souscripteurs, allocation d’actifs…), les gérants manquent de visibilité quant aux performances futures de leurs fonds, et également en ce qui concerne l’évolution du marché boursier dans sa globalité.

Pour eux, «la tendance dépendra, d’une part, de l’impact de la crise internationale sur les différents secteurs de l’économie marocaine, donc sur les sociétés cotées, et, d’autre part, du comportement des Bourses mondiales qui a un effet psychologique sur les investisseurs».
Ainsi, la seule recommandation que font ces gérants au grand public est de miser sur le long terme, que ce soit directement en Bourse ou à travers les OPCVM. D’ailleurs, les performances sur trois années glissantes de ces derniers restent très honorables (avec une progression à trois chiffres).

Toutefois, ils n’ont pas de recette «magique» ou de formule précise universelle à donner actuellement, car chaque souscripteur a son prix de revient (coût d’acquisition des parts d’OPCVM) et ses contraintes de liquidités.