Les fonds actions en forme, l’obligataire en mauvaise posture

Des performances comprises entre 23% et 77% pour les fonds actions.
Jusqu’à -7,5% de baisse pour les OPCVM investis en obligations moyen et long termes.
Les fonds monétaires plus intéressants que les obligataires.
Manque de visibilité pour 2008.

Les fonds de placement collectif en valeurs mobilières ont eu un parcours mitigé en 2007. Si les OPCVM investis en actions ont enregistré une croissance honorable depuis le début de l’année, les fonds investis en obligations moyen et long termes, qui pèsent plus de la moitié de l’actif net global du marché, ont marqué un net recul par rapport à fin décembre 2006.
Dans le compartiment actions, les fonds grand public de la place affichent des performances annuelles comprises entre 23,3% et 77,3% à la date du 30 novembre 2007. 14 fonds sur 31 ont fait mieux que le Masi, indice général de la Bourse de Casablanca dont la progression annuelle, à la même période, c’est-à-dire au 30 novembre, s’est établie à 33,8%. Il s’agit, entre autres, d’AFG Dynamic Fund de Gestar, société de gestion du groupe Société générale (+48,3%), FCP Kenz actions d’Alistitmar Chaâbi (+44,8%), Patrimoine actions de Wafa Gestion (+43,5%), Capital imtiyaze expansion de BMCE Capital Gestion (+40,6%) et Upline actions de Upline Capital Management (+38,8%).

Les introductions en Bourse ont profité aux fonds actions
En terme de taille, l’actif net des fonds actions s’est apprécié de 72% depuis le début de l’année, soit un surplus de 6,44 milliards de DH. Il s’établit actuellement à 15,34 milliards de DH, soit 11,41% de l’actif net global du marché.
Ces performances honorables des OPCVM actions sont le fruit du bon comportement du marché boursier depuis début 2007. «La progression des fonds actions a été tirée par les bonnes performances des grosses capitalisations de la place et boostée par les opérations d’introduction en Bourse de l’année», explique Houssam Yamani, gérant actions chez Upline Capital Management. En effet, les grosses capitalisations de la Bourse de Casablanca ont enregistré d’importantes hausses depuis le début de l’année, suite à l’engouement du grand public et des institutionnels pour ce type de valeurs et aux bonnes perspectives de croissance qu’elles présentent, ce qui a pleinement profité aux fonds actions.
Dans le compartiment bancaire, par exemple, BMCE Bank et Attijariwafa bank ont réalisé des progressions annuelles respectives de 124,4% et 36,3% au 30 novembre 2007. Dans le secteur du ciment et des matériaux de construction, Lafarge et Sonasid ont évolué respectivement de 83% et de 37,5% depuis le début de l’année.
D’un autre côté, les opérations d’introduction en Bourse ont fortement contribué à la performance des OPCVM actions et ce, suite à l’envolée des cours après la première cotation. A titre d’exemple, CGI, introduite en juillet 2007, affichait au 30 novembre une progression de 162% par rapport à son prix d’introduction. De même pour Atlanta dont le cours a évolué de 56% depuis sa première cotation le 16 octobre 2007.
En revanche, dans le compartiment obligataire, les 3/4 des fonds investis en obligations moyen et long termes ont enregistré des baisses depuis le début de l’année. Seulement huit OPCVM ont pu tirer leur épingle du jeu en réalisant de petites progressions. C’est le cas par exemple d’Emergence Fund de Capital Gestion (+2,81%), de FCP Capital rendement de BMCE Capital Gestion (+2,35%) et de CDM Profil sérénité de Wafa Gestion (+2,23%). Les autres fonds (27 sur 35) ont enregistré des contre-performances variant entre -0,09% et -7,55%. C’est le cas notamment de Sicavenir de BMCE Capital (-7,01%) et de Patrimoine Obligations de Wafa Gestion (-3,75%).
Pour les professionnels de la gestion d’actifs, ces baisses sont le résultat de la forte correction qu’a connue le marché des bons du Trésor en 2007. «Les OPCVM qui ont pu réaliser de légères progressions se sont rabattus sur le marché monétaire et celui des actions, dans la limite des proportions fixées par la législation pour cette catégorie de fonds, pour pouvoir contrebalancer la tendance du marché obligataire», précise un gérant de la place.

La hausse des taux des bons du Trésor a impacté les fonds obligataires
Plus précisément, ce sont deux facteurs majeurs qui ont conduit à la baisse des fonds obligataires. «La hausse des taux d’intérêt des bons du Trésor en 2007 et la faible liquidité du marché secondaire ont fortement impacté les OPCVM investis en obligations moyen et long terme», affirme Souhail Chalabi, responsable de la gestion obligataire chez BMCE Capital Gestion. Et d’ajouter : «Ce sont les fonds de taille importante qui ont le plus baissé car leur gestion s’est heurtée à l’étroitesse du marché secondaire».
Depuis le début de l’année, les taux des bons du Trésor ont enregistré une hausse sans précédent dans les annales du marché de la dette. Les maturités longues ont augmenté au 30 novembre 2007 de 96 points de base (pb) pour le 10 ans, 88 pb pour le 15 ans, 69 pb pour le 20 ans et 32 pb pour le 30 ans. Cette progression a fait que la valeur des titres qui constituent les portefeuilles des fonds baisse étant donné que leurs taux d’intérêt sont inférieurs aux nouveaux.
Quant à la tendance haussière des bons du Trésor, elle est la conséquence du choc monétaire qu’a connu le marché financier en début d’année. En effet, les taux monétaires, par lesquels démarre la courbe des taux obligataires, ont fortement augmenté suite au relèvement par Bank Al-Maghrib du taux des reprises de liquidités et au creusement du déficit sur le marché interbancaire.
En décembre 2006, la banque centrale avait relevé son taux directeur de 25 pb, à 2,75%, ce qui a eu un premier impact haussier sur les taux monétaires et, par conséquent, sur les taux des bons du Trésor. Ensuite, la surliquidité qui caractérisait le marché interbancaire, et qui maintenait les taux à un niveau bas, a été asséchée suite aux opérations massives de placement en devises auxquelles ont procédé les banques de la place. Ceci a créé un déficit de liquidité qui se chiffre actuellement à 12 milliards de DH (contre un excédent moyen de 6 milliards de DH en 2006) et a déplacé les taux monétaires vers le taux d’injection de liquidités par Bank Al-Maghrib, qui est de 3,25%.

De 2 à 3,5% de performance pour les fonds monétaires
En plus de la hausse des taux, le marché secondaire des bons du Trésor était peu liquide en 2007, ce qui n’a pas aidé les gestionnaires d’actifs à limiter les dégâts. En effet, le marché de l’occasion des titres souverains est un compartiment où les transactions se font de gré à gré, et non pas en cotation électronique. Dans ce contexte de correction des taux, les acheteurs se faisaient très rares, ce qui poussait les vendeurs à liquider leurs titres à n’importe quelle condition. Ceci a impacté davantage la performance des fonds obligations moyen et long termes.
Cela dit, malgré la tendance haussière des taux, les fonds monétaires et ceux investis dans les obligations à court terme ont réalisé de bonnes performances depuis le début de l’année. La raison en est que ces deux catégories d’OPCVM sont faiblement sensibles aux variations de taux et que leurs maturités ne dépassent pas les 2 ans. Les fonds obligations court terme ont enregistré des progressions allant de 1,35% à 3,20%, et les fonds monétaires ont marqué des hausses comprises entre 2,22% et 3,55% au 30 novembre 2007.
Pour ce qui est des OPCVM diversifiés, le bon comportement du marché des actions a épongé les pertes subies sur celui des bons du Trésor. En effet, hormis Cap Générosité, fonds humanitaire géré par Wafa Gestion, dont la performance annuelle est de plus de 100%, les fonds diversifiés de la place ont enregistré des taux de progression compris entre 8,25% et 55,81%. Parmi les meilleures performances, on trouve Patrimoine Avenir de Wafa Gestion (+55,81%), Horizon expansion d’Upline Capital Management (+28,78%) et FCP Capital Balance de BMCE Capital Gestion (+26,93%).
Pour ce qui est de 2008, les opérateurs de la gestion d’actifs n’ont pas de visibilité sur la tendance des marchés. Pour les actions, la performance des fonds dépendra du rythme et de la taille des opérations d’introduction en Bourse, du maintien de l’engouement du grand public et des institutionnels pour le marché, du niveau de progression des grosses capitalisations et de la tendance des résultats annuels des sociétés cotées. Quant à l’obligataire, on ne sait pas si la tendance haussière des taux va se maintenir ou se stabiliser. «Cela dépendra du niveau des liquidités sur le marché monétaire et des besoins du Trésor en matière de levées sur le marché des adjudications», précise un gérant d’actifs de la place. Dans tous les cas, les professionnels estiment que, même si les fonds obligataires enregistrent des baisses en 2008, elles ne seront pas aussi importantes que celles de cette année.