Les entreprises qui s’introduiront en Bourse en 2007

Tous les secteurs représentés : BTP, assurance, télécoms, distribution…
Une conjoncture favorable après le boom de 2006 et la reconduction des avantages fiscaux liés à  l’introduction en Bourse.
Invoquant le secret, certains ne confirment pas.«La Vie éco» a enquêté auprès de diverses sources.

Après une année 2006 riche en introductions, 2007 s’annonce sous les meilleurs auspices pour la Bourse de Casablanca. Plus d’une dizaine d’entreprises ont déjà  déclaré leur intention de rejoindre la cote officielle. Evidemment, personne ne laisse filtrer la moindre information quant au mode de l’introduction (augmentation de capital, cession de titresÂ…) ou à  la date approximative de l’opération. Pas question non plus d’obtenir des détails, ou même un ordre de grandeur, relatifs aux montants à  lever, à  la valorisation théorique de la société et encore moins au prix de vente cible des actions. Ces opérations sont généralement classées «secret d’Etat» jusqu’à  l’obtention du visa du CDVM (Conseil déontologique des valeurs mobilières) et leur annonce officielle interviendra quelques jours seulement avant l’ouverture de la période de souscription.

Les investigations effectuées par La Vie éco nous ont permis, toutefois, de dresser une liste comprenant à  la fois les cas confirmés et ceux dont l’arrivée à  la cote paraà®t plus que probable. Il est essentiel de rappeler que, dans la plupart des cas, les patrons des sociétés citées ont tout fait pour esquiver notre requête et cela s’est manifesté sous plusieurs formes : donner des réponses évasives ; laisser planer le doute ; affirmer qu’il s’agit effectivement d’un vÅ“u, mais dont la réalisation n’est pas prévue à  court terme. Le directeur général d’une société nous a par exemple affirmé que l’introduction en Bourse de sa société était une décision qui ne lui revenait pas, mais relevait plutôt des actionnaires… Bref, toutes les excuses sont bonnes pour ne pas confirmer le projet… Nous vous livrons ici les résultats de nos investigations par rapport aux opérations les plus plausibles. Et la liste est loin d’être exhaustive…

Matel PC Market
Ce sera la première introduction en Bourse de 2007. La société vient en effet d’obtenir le visa du CDVM en début de semaine. Sa cotation était attendue pour fin 2006, mais le programme chargé du CDVM pendant les derniers mois de l’année (étude des dossiers de Colorado, Fénié Brossette, SRM, Involys et HPS) et la reconduction de l’avantage fiscal pour trois années ont été à  l’origine du report.
Evoluant dans l’informatique – comme Distrisoft, coté depuis le 26 septembre 2006 -, l’entreprise est née de la fusion entre Matel et PC Market pour devenir le numéro un incontesté de la distribution informatique. Une fusion stratégique et complémentaire, nous confient Noureddine Anacleto et Lemfadel Azim, respectivement président et directeur général du nouvel ensemble. Elle a permis à  la société d’atteindre la taille critique en termes de ressources humaines et matérielles nécessaires à  l’optimisation de la rentabilité ; de consolider deux business modèles et deux portefeuilles complémentaires ; d’optimiser les stocks et l’approvisionnement et d’espérer améliorer la rentabilité financière en exploitant les synergies opérationnelles.

Avec un chiffre d’affaires qui dépasse 720 millions de dirhams en 2006, l’entreprise dispose d’une bonne longueur d’avance qui lui permet même d’envisager l’export vers les pays du Sud et de l’Est. Si aucune piste n’est exclue (partenariat, implantation directe…), l’endettement quasi nul et les fonds propres dépassant les 100 MDH permettent aux dirigeant d’être sereins de ce côté. Le résultat net 2006 sera supérieur à  20 MDH et le groupe table sur une croissance (prévisions très prudentes) de 10 à  15% pour les années à  venir. L’introduction en Bourse se fera à  la fois par cession de titres et par augmentation de capital.

Châabi Lil Iskane
Annoncée en grande pompe le 12 décembre dernier par Miloud Châabi himself, la cotation de Châabi Lil Iskane n’est que la première d’une série de six introductions en Bourse programmées d’ici 2009. La liste comprend également la SNEP, en 2007 aussi, Super Cérame et Dimatit en 2008 et GPC et SCIF en 2009.

L’introduction en Bourse de Châabi Lil Iskane ne risque pas de passer inaperçue puisqu’il s’agit d’un géant de l’immobilier. Par ailleurs, l’engouement des investisseurs pour le titre Addoha, appartenant au même secteur, ne manquera pas de faire son effet. Il faut dire que Châabi Lil Iskane regroupe, depuis 2001, toutes les sociétés de promotion immobilière et de construction d’Ynna Holding, fortes de plus de 55 années de savoir-faire. Le groupe construit aussi bien les logements sociaux, économiques que les logements individuels, les villas, les commerces, les complexes touristiques ou les hypermarchés. Entre autres importants chantiers, Châabi Lil Iskane réalisera un vaste programme immobilier de 40 000 logements à  travers plusieurs villes du Royaume. Le groupe exporte même son savoir-faire en direction des pays africains.

Delattre Levivier Maroc
Fort de 1 000 employés, Delattre Levivier Maroc, alias DLM, occupe une place de choix dans le secteur des BTP. Il faut dire que la société est en mesure de fournir des prestations adaptées à  de multiples applications : fabrications de pièces de chaudronnerie, d’ensembles de charpente métallique, de produits de BTP, tôlerie, accessoires de coffrage métalliques… Créé en 1950, le groupe dispose de trois filiales spécialisées : DGM, qui opère dans la maintenance mécanique, les réducteurs… ; SDCM, qui est un bureau d’engineering, et Métal Assistance, qui se consacre à  la construction métallique légère.
En plus de son positionnement au niveau national, DLM arrive aussi à  s’exporter. Mieux encore, elle réalise 10% de son chiffre d’affaires à  l’international, aussi bien vers l’Afrique, l’Europe que vers les pays du Golfe. A titre indicatif seulement, ses deux dernières opérations d’exportation ont concerné le Congo et le Pakistan. Son secret réside, avancent les spécialistes du secteur, dans des ressources humaines qualifiées, un outil de production aussi performant que celui de ses concurrents européens et une politique qualité.

SNEP
Deuxième société du groupe Ynna à  s’introduire en Bourse en 2007, la Société nationale d’électrolyse et de pétrochimie, plus connue sous son acronyme SNEP, est l’unique producteur de matière plastique au Maroc. Située à  Mohammédia, elle a été rachetée par Ynna Holding en 1993 dans le cadre des privatisations, après dix ans d’existence et six ans de production. Producteur de PVC, de compound, de soude, de chlore, d’eau de javel et d’acide chlorhydrique, SNEP est certifiée ISO 9001 Version 2000. Son vaste champ d’action dans l’industrie pétrochimique a été à  l’origine de la création de plusieurs autres filiales du groupe, comme Accord profil, Plastumar, Houda plastique en encore Dar plastique. La SNEP emploie aujourd’hui 470 salariés permanents, dont 30 cadres ingénieurs et 120 agents de maà®trise. Elle détient plus de 90% de parts de marché pour le PVC au Maroc et exporte même vers l’Angleterre, l’Espagne, le Portugal, l’Egypte, la Tunisie et vers des pays de l’Afrique subsaharienne. Ceci étant dit, la SNEP n’est pas à  l’abri de la concurrence étrangère. La société subit un coût de l’électricité élevé et a dû également faire face à  une baisse inattendue des droits de douane sur le PVC en 2002. Mais les responsables de la société sont plutôt confiants, affirmant que leur industrie «arrive à  proposer sensiblement les mêmes prix que la concurrence étrangère, à  qualité égale».

RMA Watanya
RMA Watanya est née de la fusion entre, d’une part, la Royale marocaine d’assurance, fondée en 1949 en tant que première compagnie d’assurance marocaine et rachetée en 1988 par Othman Benjelloun pour participer ensuite à  la privatisation de BMCE Bank et, d’autre part, Al Watanya et l’Alliance africaine cédées par le GAN en 1998. La fusion opérationnelle des deux entités, en 2005, a donné naissance à  un leader du secteur qui dispose d’un total bilan de 20,85 milliards de dirhams, des fonds propres de 4,58 milliards et un chiffre d’affaires de 2,86 milliards à  fin décembre 2005. Ses placements financiers s’élèvent à  16,2 milliards et lui permettent de dégager des produits financiers équivalant à  1,27 milliard de dirhams.

L’introduction en Bourse de RMA Watanya viendra renforcer la présence du secteur des assurances à  la cote de Casablanca qui n’est représenté aujourd’hui que par deux compagnies (Wafa Assurance et la Marocaine Vie) et un courtier (Agma Lahlou Tazi).

Une stratégie qui s’avérera payante dans un contexte marqué par la recomposition progressive du secteur, dominé aujourd’hui par cinq groupes : RMA-Al Watanya, Axa Assurances Maroc, Wafa Assurance, Atlanta-Sanad et CNIA-Essaâda. Une démarche qui poussera certainement d’autres opérateurs du secteur à  choisir la voie de la Bourse pour disposer de plus de moyens d’action dans la perspective d’une plus grande envergure.

Méditel
Promise par Othman Benjelloun pour 2007, l’introduction en Bourse de Méditelecom est entourée du plus grand secret. Officiellement, rien ne filtre, ou alors on vous renvoie aux conclusions d’un Conseil d’administration qui aura lieu fin février – début mars. Sur le marché, des sources bien informées nous assurent pourtant que les préparatifs vont bon train et que l’opération se fera bel et bien en 2007. Mais, au-delà  de ces spéculations, l’entrée de Meditelecom à  la cote sera indéniablement la bienvenue. On se souvient de l’introduction en Bourse de Maroc Telecom et des 120 000 épargnants qu’elle avait attirés. Avec plus de cinq millions de clients, Méditel pourrait aspirer à  un engouement similaire de la part aussi bien des particuliers que des institutionnels. L’entreprise, lancée en 2000 à  peine, se taille déjà  le tiers du marché du téléphone mobile à  fin 2006, avec 5,3 millions de clients, pour un parc global de 10,7 millions, composé à  95,7% de prépayé.

Signalons que, après six années de déficit, marquées par l’engagement d’investissements lourds de plusieurs dizaines de milliards de dirhams, Méditel a réalisé en 2005 un résultat net positif. Son bénéfice au titre de cet exercice a dépassé les 125 millions de dirhams pour un chiffre d’affaires qui s’était établi à  4,5 milliards de dirhams et qui avait progressé de 21% par rapport à  2004.

Atlanta-Sanad
L’annonce de l’introduction en Bouse de ce pôle a été faite en décembre 2005 lors de l’acquisition par la CDG d’une participation de 40% dans le capital de Sanad et d’Atlanta, deux compagnies appartenant au groupe Holmarcom. Un délai de 15 mois avait alors été fixé avant d’ouvrir 20% du capital au grand public, ce qui renvoie au mois de février 2007.
Il va falloir peut-être rallonger ce délai d’au moins un mois pour pouvoir exploiter pleinement les chiffres de l’exercice 2006 – à  paraà®tre fin mars -, mais l’arrivée de ce groupe en Bourse est quasiment sûre. Il y va de la crédibilité de ses actionnaires.

Le pôle Sanad – Atlanta pèse 1,58 milliard de dirhams en termes de primes émises, dont 793,6 millions pour la première et 786,4 millions pour la seconde. Il figure à  ce titre au top five du secteur. A fin 2005, le marché était dominé par RMA-Al Watanya et Axa Assurances Maroc, avec respectivement 2,88 et 2,19 milliards de dirhams de primes émises. Celles-ci sont talonnées par Wafa Assurance qui totalisait 1,62 milliard. Mais le groupe CNIA qui a racheté récemment la compagnie Essaâda ravira la troisième place à  Wafa Assurance puisqu’il affiche plus de 2 milliards si l’on additionne les 1,14 milliard de la CNIA et les 887,4 MDH d’Essaâda. Atlanta-Sanad, avec ses 1,58 milliard de dirhams, ferme le classement des cinq groupes les plus importants du secteur des assurances au Maroc en 2005. Les chiffres 2006 ne sont pas encore disponibles et des changements de classement ne sont pas à  exclure. Loin s’en faut !

Indusalim
Magdor, Familia, Florèle, Startine… le producteur de ces marques de margarine à  forte notoriété semble vouloir prendre la direction de la Bourse. Les responsables de la société ne souhaitent pas faire de commentaires sur l’éventuelle introduction, mais le nom d’Indusalim revient souvent dans les propos des banquiers d’affaires casablancais. La société, créée en 1984, écoule sur le marché quelque 400 tonnes de beurre par an et est très présente sur le plan commercial. Outre la trentaine de magasins de la grande distribution, on peut trouver ses produits dans plus de 60 000 points de vente, approvisionnés via 15 dépôts implantés dans les grandes villes du Royaume. L’usine d’Indusalim, installée à  Settat, dispose d’un outil de production moderne et est dotée d’une grande capacité de production. La société fait de la qualité son credo. Elle applique la méthode HACCP pour toute sa chaà®ne de fabrication et est certifiée ISO 9 000 version 2002. L’innovation figure aussi en bonne place : Indusalim n’a-t-elle pas été à  l’origine du lancement de la première margarine de table au Maroc, en 1987 ? Elle est également déjà  présente à  l’international: le Sénégal, la Guinée, le Niger, le Congo, le Mali, la Libye, l’Algérie font déjà  partie de ses marchés étrangers.

IMTC
Avec une flotte de dix navires, composée de deux car-ferries, 3 roros et 5 porte-conteneurs, IMTC emploie 400 personnes et opère dans le secteur du transport maritime. A ce titre, le rythme d’acquisition a été d’un navire par an sur les cinq dernières années. Quant au chiffre d’affaires, il a progressé en moyenne de 25% sur la même période.

Et les autres…
D’autres noms circulent sur le marché, mais nous n’avons pu avoir une confirmation de la part des responsables de ces sociétés. C’est le cas notamment de :

Prodec, qui opère dans la peinture industrielle et bâtiment ;
Galaxy Electronics, importateur et distributeur de plusieurs grandes marques de produits électroniques grand public, née d’un partenariat entre Abdelmalek Kettani et le groupe émirati Al Sayegh Brothers et qui compte, depuis 2001, Capital Invest, filiale du groupe BMCE Bank dans son tour de table ;
Soniama, un groupe agro-industriel qui produit du couscous, du riz étuvé et blanchi, des pâtes alimentaires et de l’alimentation animale ;
M2M, un acteur mondial (200 références dans plus de 35 pays) dans la conception et le développement de solutions de dématérialisation des flux d’information et de sécurisation des échanges informatisés ;
Issaf Mondial assistance, filiale du groupe Mondial Assistance et l’un des acteurs majeurs à  l’échelle nationale en matière d’assistance ;
Veolia Water Maroc, le concessionnaire de services d’eau, d’assainissement et d’électricité des villes de Rabat/Salé (par Rédal) et des villes de Tanger et Tétouan (par Amendis) ;
Le nom de Wana, dernier opérateur de téléphonie en date, revient également souvent sur la liste des opérateurs du marché, mais son patron, Karim Zaz, nous a confirmé que, pour l’instant, «personne ne travaille sur le dossier ni en interne ni en externe».
Cooper Maroc pharmaciticals qui, avec ses 75 ans d’existence, dispose d’un bon positionnement sur le marché pharmaceutique marocain, que ce soit en termes de parts de marché ou en nombre de commettants. Des sources internes à  l’entreprise se sont toutefois déclarées «surprises» par cette rumeur… Pas de fumée sans feu ? Ou simplement des spéculations ? L’avenir le dira…

En perspective
Des noms déjà  pour 2008…

L’agenda 2008 compte déjà  quelques réservations. Deux entreprises du groupe Châabi et une banque, au minimum.

Super Cérame
C’est le plus grand producteur de carreaux céramiques au Maroc, avec une part de marché de plus de 40%. La filiale d’Ynna exporte également sa production vers l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique.

Dimatit
Autre filiale d’Ynna, Dimatit est le principal fournisseur des secteurs agricole, BTP, hydraulique et de génie civil en matières premières telles que les tuyaux de PVC pour les amenées d’eau, la menuiserie PVC, les compteurs d’eau, les robinets, les films agricoles, les gaines de câbles électriques, la toiture…

Le Crédit agricole du Maroc
L’introduction en Bourse a été annoncée pour 2007, mais le Crédit agricole du Maroc semble avoir besoin de plus de temps pour digérer sa croissance et exprimer pleinement son potentiel.
L’ouverture du capital se fera, selon la présidence de la banque, vers le deuxième semestre 2008.

Indécision
En attente ou pour les deux ans à  venir…

En plus des sociétés citées dans ce dossier, d’autres noms circulent sur le marché, mais dont l’introduction en Bourse est moins sûre.

Le Groupe Jama௠: Alors que le marché s’attendait à  l’introduction en Bourse de ce groupe familial pour fin 2006, les responsables de cet opérateur majeur du secteur du BTP avancent que l’ouverture du capital ne peut être envisagée qu’à  moyen terme.
Ils affirment vouloir se concentrer pour le moment sur la restructuration du groupe (fusion des filiales, modernisation…) avant de passer au jugement du marché boursier.

Al Omrane : Entérinée par le Conseil d’administration en décembre 2006, l’introduction en Bourse du holding Al Omrane n’est qu’une question de temps. Prévue pour 2009 à  priori, elle pourrait être avancée. Une banque d’affaires a déjà  été mandatée pour travailler sur le dossier. L’ouverture du capital ne pourra se faire qu’après l’achèvement du processus de regroupement des établissements publics sous tutelle du ministère de l’habitat.
Al Omrane, rappelons-le, a été le deuxième investisseur public en 2006, avec près de 5,2 milliards de dirhams et il n’a été devancé que par Autoroutes du Maroc (5,6 milliards de dirhams en 2006).

Drapor : La société de dragage des ports est également souvent citée par les professionnels du marché. Mais l’introduction en Bourse de ce leader au Maroc et même dans toute la région n’est pas à  l’ordre du jour. L’Etat compte en effet céder 100% du capital à  un opérateur privé sans passer par le marché boursier et ce, pour lui permettre d’avoir les coudées franches. Le lancement de la procédure est prévu pour le 2 mars prochain. Et c’est au nouvel acquéreur que reviendra la décision, une fois bien installé à  la tête de Drapor, de décider de son éventuelle introduction en Bourse.