Les émetteurs boudent le marché des titres de créance négociables

Les émissions ont baissé de 50% à fin octobre, à 28,7 milliards de DH. Les banques ont réduit leurs levées en raison de l’allégement du déficit de liquidité et de la baisse du taux directeur. Le compartiment des obligations privées se porte de mieux en mieux.

Coup de frein sur le marché de la dette privée. Les émetteurs ne se bousculent plus en dépit de conditions de financement plus avantageuses qu’auparavant. A fin octobre, les émissions de titres de créance négociables ont totalisé 28,7 milliards de DH, en baisse de 50% par rapport à la même période en 2014. La baisse concerne tous les segments de ce marché, mais elle est plus forte pour les certificats de dépôts. En effet, les banques ont émis un montant de 15,5 milliards de DH, en recul de 61%. La part de ces titres dans les émissions totales a fondu à 54%, alors qu’il y a 5 ans elle atteignait plus de 80%. Certaines banques, à l’instar de la Société Générale, CDG Capital et Crédit du Maroc, n’ont pas fait appel à ce moyen de financement cette année. L’allègement du déficit de liquidité du secteur bancaire et l’amélioration du coût de refinancement auprès de la Banque centrale expliquent cette tendance. Cela dit, certaines banques et institutions continuent de recourir à ce marché en raison de leur taille ou encore de leur programme de développement. En tout cas, le gros des émissions, soit 53,5%, a été réalisé sur des maturités courtes, ne dépassant pas un an avec des taux compris entre 2,6% et 3,3%, en repli de 1,2 point pour la limite inférieure et de 90 pbs pour le taux maximum.

Les émissions de billets de trésorerie ont, pour leur part, enregistré une baisse de 2,6% pour s’établir à 9,7 milliards de DH. Ce marché reste animé par les émetteurs historiques dont Addoha, Mutandis, Maghreb Steel, Résidences Dar Saada… Il s’agit donc plus de mises à jour de programmes d’émission antérieurs que de nouvelles émissions sur le marché. De plus, deux sociétés, à savoir Label’Vie et Afriquia Gaz, n’ont pas effectué d’opérations pendant cette période. Il faut dire que même les émetteurs ayant lancé des opérations ont réduit le montant de leurs levées. Addoha par exemple n’a levé que 578 MDH contre 900 MDH. Résidences Dar Saada s’est financé à hauteur de 20 MDH contre 697 MDH en 2014. Seules Maghreb Steel et Alliances Darna ont augmenté le niveau de leurs émissions. La première de 62,4%, à près de 6 milliards de DH et la seconde de 49,5%, à 1,7 milliard de DH. Notons qu’il s’agit de titres émis à très court terme. Autrement dit, 65% de ces émissions ont été effectuées avec une maturité de moins de 32 jours, à des taux allant de 4,1 à 4,5%, en retrait de 35 pbs et de 1,8 pt respectivement par rapport à leur niveau affiché une année auparavant.

Les bons des sociétés de financement n’ont pas le vent en poupe non plus. Alors que les sociétés de crédit se sont financées sur ce segment à concurrence de 6 milliards de DH en 2014, elles n’ont levé cette année que 3,7 milliards de DH, soit une baisse de 42,6%. Cette chute est à relativiser car les 6 milliards levés en 2014 étaient en forte augmentation en comparaison avec 2013, année pendant laquelle le niveau des émissions était à peine de 40 MDH. L’on peut dire alors que le montant des levées commence à retrouver son niveau d’il y a 5 ans sous l’effet de l’anticipation de la reprise de la demande des crédits personnels mais aussi en vue de renforcer les provisions pour faire face à une éventuelle poursuite de la montée des risques. En tout cas, contrairement aux deux segments précédents où les émissions sont réalisées sur un horizon très court, les levées des sociétés de financement ont été effectuées davantage sur des maturités allant de 3 à 5 ans, avec un taux moyen de 4%, en contraction de 20 pbs.

Enfin, le marché des obligations privées sort du lot. Il a tiré profit de l’allègement des conditions de financement et de la disponibilité du cash auprès des investisseurs pour afficher un dynamisme particulier sur les 10 premiers mois de l’année. Les emprunts obligataires ont atteint plus de 8 milliards de DH, en progression de 45,6% par rapport à fin octobre de l’année écoulée. Neuf sociétés ont fait appel à ce marché contre sept en 2014. Une tendance prévisible aux yeux des analystes. «Les sociétés ayant besoin de financer leur croissance attendaient une confirmation de la stagnation des taux pour pouvoir procéder à des émissions obligataires», explique l’un d’entre eux. Pour lui, tant que les taux d’intérêt restent à ce niveau et tant que les autres produits financiers ne proposent pas une rémunération plus attractive, émetteurs et investisseurs devraient s’intéresser de plus en plus à ce marché.