Les douze valeurs qui ne cèdent pas à  la morosité du marché

Cosumar, Afriquia Gaz, Maroc Telecom, Lesieur, Label’Vie, Auto Nejma, Sonasid… affichent des performances intéressantes malgré la crise.
Leurs secteurs d’activité et les faveurs de la conjoncture les immunisent contre la baisse.
Même en ayant beaucoup augmenté, elles gardent un potentiel de croissance intéressant.

Le Masi, indice général de la Bourse de Casablanca, a beau atteindre des planchers inédits sous le coup de corrections répétées, certaines valeurs boursières résistent envers et contre tout. Insolemment bon, leur niveau de performance depuis le début de l’année s’affiche à deux chiffres pour certaines et va jusqu’à 40% de croissance.
Quelles sont ces valeurs ? Pourquoi font-elles l’exception ? Maintiendront-elles leur bonne forme ?
Il s’agit, pour les nommer d’emblée, de Cosumar (40,3% de croissance du 1er janvier au 17 novembre 2008), Afriquia Gaz (30,6%), Maroc Telecom (19,5%), Lesieur (16,3%), Label’Vie (13,6%), Auto Nejma (12,4%), Sonasid (7,4%), Centrale Laitière (6%), Auto Hall (3,4%), SNI (1,4%), Alliances (0,7%) et la Banque Centrale Populaire (0,04%). Ces performances sont à comparer avec un Masi qui affiche une baisse depuis le début de l’année de -8%.
Pourquoi ces valeurs ? Les analystes justifient le bon comportement de ces bons élèves de la cote par des fondamentaux solides ou encore une conjoncture qui leur est spécifiquement favorable. Certes des «bruits spéculatifs» interviennent à court terme pour fausser le jeu, mais, sur le moyen terme (justement près de 11 mois pour notre échantillon), c’est bien l’approche fondamentale qui apporte des réponses.
En effet, les valeurs qui se démarquent sont rattachées pour la plupart à des secteurs stratégiques (dits de défense) pour lesquels la consommation ne faiblit pas quel que soit l’état de santé de l’économie. C’est le cas notamment de Label’Vie (80% du chiffre d’affaires réalisé dans l’agroalimentaire), Lesieur, Cosumar et Centrale Laitière, fabricants de produits de base. Il faut ajouter à cela, pour Lesieur et Cosumar, le dépassement de certaines contraintes de gestion, lequel s’est traduit par de bonnes réalisations commerciales au titre du premier semestre 2008. La fin de la guerre commerciale qui l’opposait à Savola a permis en effet à Lesieur de reconstituer ses marges, faisant croître son chiffre d’affaires de près de 36%. Idem pour Cosumar qui, bien avancée dans son programme «Indimaje 2012» pour l’intégration de ses filiales, réussit à doubler sa marge opérationnelle au titre du premier semestre 2008. Le marché n’a donc pas manqué de récompenser ces deux valeurs «qui auront connu une croissance mitigée de leur cours sur les deux dernières années», rappelle Rachid Zraigui, directeur de la société de gestion Orange Asset Management.
Dans le même ordre d’idées, c’est le secteur des «utilities» qui tire son épingle du jeu, dans un contexte boursier en berne. Cet état de fait profite surtout à Afriquia Gaz (également soutenue par une bonne situation financière) ainsi qu’à Maroc Telecom (IAM). L’opérateur historique, fort d’un faible taux d’exposition à la demande externe (15 à 20%), continue de profiter d’une forte demande interne (chiffre d’affaires en croissance de 8,4%, à 22 milliards de DH, et 50% de nouveaux abonnements nets pour le 3e trimestre 2008). Il faut dire qu’IAM tire aussi profit de sa double cotation à Casablanca et à Paris. Cela fait d’elle «une valeur difficilement manipulable», estime-t-on à Attijari Intermédiation.
C’est en s’appuyant également sur une demande locale toujours soutenue qu’Auto Nejma et Auto Hall se maintiennent dans le fleuron boursier. La bonne santé du secteur automobile au Maroc continue de doper les ventes des deux opérateurs. Atout supplémentaire pour Auto Hall: un patrimoine foncier considérable dans plusieurs villes et sur lequel est établi le réseau de vente du distributeur.
Surfant tout autant sur une bonne conjoncture sectorielle, Sonasid parvient à se faire une place parmi les meilleures performances boursières. Politique des grands chantiers et projets immobiliers sociaux devraient continuer à alimenter le chiffre d’affaires de l’entreprise, estime M. Zraigui. Et même si la concurrence se fait de plus en plus menaçante, Sonasid conserve la faveur des analystes. Pour les conforter dans leur jugement : une part de marché de 74%, un cycle d’amortissement bien avancé et un faible taux d’endettement de l’entreprise.
Addoha ayant déçu et CGI étant déconnectée de ses fondamentaux, c’est Alliances Développement Immobilier qui affiche la meilleure performance parmi les immobilières. Cette bonne position demeure par ailleurs confortée par son patrimoine foncier conséquent, selon les analystes.
S’agissant du secteur bancaire, c’est la Banque Centrale Populaire qui résiste le mieux. Jusque-là boudée par le marché, la valeur a vraiment décollé cette année. C’est que ses perspectives s’annoncent de plus en plus florissantes, à telle enseigne qu’un analyste évoque un ordre de cours de 4 000 DH pour le titre (contre 2 300 DH au 17 novembre 2008).
SNI, enfin, profite de son statut de holding. La compensation des prestations des différentes filiales (Lafarge et Sonasid demeurant les plus performantes), la prise de participation dans Somed et un faible taux d’endettement justifient les faveurs du marché pour le titre SNI, selon les analystes.
Quant à savoir si ces actions maintiendront leur niveau de performance, M. Zraigui estime «qu’il faudrait plus de flottant et plus de titres cotés pour que la situation change».
Quoi qu’il en soit, et au vu de leur niveau de valorisation actuel, les titres cités précédemment demeurent attrayants, juge-t-on à Attijari Intermédiation.
Des actions attrayantes, le marché en recèle cependant d’autres. Preuve en est les recommandations de BMCE Capital Bourse qui préconise un positionnement à l’achat ou à la conservation sur 80% des titres qu’elle a analysés dans son rapport boursier du troisième trimestre 2008.
Pour profiter de ces opportunités, il est préconisé de se maintenir sur les grosses capitalisations. Celles-là mêmes qui exercent dans le secteur des utilities (Lydec entre autres) et qui s’appuient principalement sur le marché local pour réaliser leur chiffre d’affaires.
Il est également conseillé de procéder par stock picking (sélection de titres) sur les petites et moyennes capitalisations. Privilégier toutefois, comme le conseille Attijari Intermédiation, «les valeurs qui combinent un rendement élevé et un prix intéressant». Stratégie qui s’avère payante en cas de retournement du marché.
Pour les nommer, M2M, Delta Holding, Samir, CMT, Cimar, Holcim et Ona sont, en l’état actuel du marché, les valeurs les plus généreuses en termes de dividendes.