Les douze valeurs que recommandent les analystes

Dix sociétés de Bourse se sont prêtées à  la sélection. Douze valeurs recommandées par quatre sociétés au moins.

Maroc Telecom en tête, suivie par Lafarge Ciments.

Agroalimentaire et holdings
absents des recommandations.

La semaine boursière du 18 au 22 juillet a été pour le moins dynamique. De par la hausse spectaculaire du cours de la dernière recrue , d’abord : Lydec a en effet gagné 40,8%, résultat à  la fois de l’effet «première cotation» et de l’élargissement du seuil de variation autorisé durant les cinq premières séances de cotations.

De par l’engouement des investisseurs également : pour preuve, le volume de transactions moyen quotidien s’est élevé à  71,2 millions de dirhams. Des achats massifs sur les grandes capitalisations de la place ont accéléré la croissance dans le sillage de l’envolée du titre Lydec et de la liquidité qui prévalait sur le marché.

En conséquence, les indices de la place ont connu une hausse spectaculaire. Le Masi a progressé de 4,6 % en cinq séances de Bourse, soit plus que les gains enregistrés lors des six premiers mois d’activité. Il arbore désormais, fièrement, une croissance de l’ordre de 8,5% depuis le début de l’année.

Trois éléments ont concouru à  dessiner une semaine pareille à  la Bourse de Casablanca. «Un excès de liquidité qui a coà¯ncidé avec certaines opportunités de placement sur le marché et le grand repositionnement des investisseurs avant la fermeture des livres et le départ pour les vacances», commente un analyste.

Le marché a trop pris, il faut être sélectif
De l’avis de tous, le marché a trop pris. Les progressions ont été irrationnelles et nombreux sont ceux qui vous recommanderont de réaliser vos bénéfices dans un premier temps.

Nous avons dans ces conditions interrogé pour vous les analystes financiers sur les valeurs à  acheter avant que vous puissiez à  votre tour «fermer vos livres» et prendre quelques semaines de repos. L’objectif étant de ne pas investir dans des valeurs qui risquent de se retrouver au centre d’une spéculation baissière durant l’été et de ne pas se retrouver, après la rentrée, détenteur d’un portefeuille qui aura perdu de sa valeur.

Notre démarche est simple et désormais habituelle : nous avons contacté toutes les sociétés de Bourse (SDB) de la place. Dix(*) d’entre elles ont répondu favorablement à  notre appel. Les deux autres n’ont pas donné suite à  nos relances. A chaque SDB, nous avons posé la même question : «Que faut-il acheter avant de partir en vacances ?». Les réponses n’ont pas toujours été aisées. Certains responsables nous ont confié qu’une bonne stratégie, en ce moment, serait de réaliser ses bénéfices avant de se positionner sur des valeurs défensives ou carrément sur le monétaire en attendant le retour des vacances. D’autres croient fortement au marché pendant cette période qui, historiquement, a connu une flambée des cours, ce qui peut sembler étonnant vu l’absence de la plupart des dirigeants et la rareté des annonces stratégiques. Cela explique la disparité entre les différentes recommandations, que ce soit en termes de nombre de valeurs citées (entre 4 et 14) ou de nature de celles-ci (valeur de rendement, valeur de croissance, mid caps).

Nous avons essayé d’établir une sorte de «consensus du marché» ou, en termes plus simples, les valeurs qui reviennent le plus souvent dans les recommandations des analystes. Nous n’avons retenu que les valeurs qui ont les faveurs d’au moins quatre SDB sur les 10 participantes.

Les résultats sont présentés dans les pages suivantes et leur analyse met en évidence la forte présence du secteur des matériaux de construction, représenté par les trois cimenteries (Lafarge Ciments, Holcim Maroc et Cimar) ainsi que par Sonasid. Les télécoms (Ittisalat Al Maghrib) et les infrastructures (Lydec) sont également en bonne place. Aucune valeur par contre ne représente le secteur agroalimentaire. Aucune holding non plus (ni ONA, ni SNI ne sont plébiscités par les analystes). Pas de petites capitalisations.

(*) Il s’agit de : Attijariwafa bank (à  travers ses deux filiales Attijari Intermédiation et Wafa Bourse), BMCE Capital Bourse, BMCI Bourse, Crédit du Maroc Capital (CDMC), CFG Marchés, Eurobourse, ICF Al Wassit, Safabourse, Sogébourse et Upline Securities.

Valeur recommandée par 70 % des sociétés de Bourse consultées
Pas de surprise ! Maroc Telecom est plébiscitée par sept sociétés de Bourse sur les dix qui ont participé à  note étude. Normal, ses atouts ne sont plus à  démontrer. Valeur de fonds de portefeuille par excellence, Ittisalat Al Maghrib est un poids lourd, très lourd même puisqu’elle pèse, à  elle seule, le 1/3 de la capitalisation boursière de Casablanca. Ce qui lui permet de poursuivre son chemin boursier sereinement. Son adossement à  l’un des géants mondiaux des télécommunications constitue par ailleurs un véritable «plus», du moment que cela lui garantit un transfert de technologie et de savoir-faire, fort utiles en ces temps de concurrence acharnée avec Meditelecom, que ce soit sur le mobile ou – depuis peu – sur le fixe.

Une couverture géographique qui dépasse les 95 % et des potentialités de croissance intéressantes convaincrons les plus réticents. A cela s’ajoutent des marges supérieures à  celles des concurrents étrangers (la marge opérationnelle d’IAM s’élève à  45 %) et des décotes importantes en termes de ratios boursiers. Le price earning ratio 2005 est estimé à  13,3 fois les bénéfices et le rendement du dividende 2005 serait de 6,5 %, supérieur à  la moyenne des sociétés cotées à  la Bourse de Casablanca.

Autre avantage et non des moindres : une garantie statutaire de distribuer, au minimum, 60% de ses résultats. La structure financière saine et confortable, avec des excédents de trésorerie, séduit davantage puisqu’un tel cash est de nature à  permettre à  l’opérateur télécoms de saisir toute opportunité de croissance externe, notamment dans les pays de l’Afrique de l’Ouest et du Maghreb.

Valeur recommandée par 50 % des sociétés de Bourse consultées
Les bons fondamentaux de Holcim Maroc ne laissent pas les analystes indifférents. Ils s’attendent à  une nette amélioration des indicateurs de rentabilité de la société durant l’exercice 2005. En plus de la consommation de l’effet de la taxe spéciale sur le ciment (commune à  l’ensemble des opérateurs), Holcim devra profiter de son récent partenariat avec Asment Ouled Ziane. Un partenariat qui, affirment les analystes à  juste titre, lui permettra de se renforcer dans la région très stratégique du centre du Royaume et de réaliser d’importantes économies de coûts de production. Autre élément qui interpelle les analystes, l’achèvement de l’usine Ras el Ma de Fès et le transfert de l’unité de production de Doukkarat vers cette nouvelle usine. Dans de bonnes conditions, il faut le signaler. Holcim profite également de l’essor de la région du Nord-Est, son terrain naturel. Le recul du résultat net consolidé de 15,1%, observé en 2004, n’est que transitoire et le meilleur reste à  venir, si l’on en croit les 50% de SDB qui ont recommandé Holcim.

Valeur recommandée par 50 % des sociétés de Bourse consultées
Certains ne s’attendaient pas à  voir un représentant du secteur des assurances parmi les valeurs recommandées. Mais Wafa Assurance est bel et bien plébiscitée par une société de Bourse sur deux. Même si elle a dû céder sa troisième position dans le secteur au profit d’Atlanta Sanad au terme de l’exercice 2004, elle continue à  séduire. Les analystes lui font confiance en raison de son appartenance au groupe Attijariwafa bank avec tout ce que cela suppose comme opportunités d’affaires. D’autant plus que ce dernier la privilégie désormais par rapport à  Axa Assurance Maroc, jusque-là  allié traditionnel. Mais au- delà  de cette appartenance, Wafa Assurance affiche des indicateurs qui poussent à  l’optimisme. Elle a assaini son portefeuille clients, s’est positionnée sur des produits à  forte marge et a rehaussé son niveau de provisionnement. Elle a par ailleurs consolidé ses fonds propres, ce qui augure d’une croissance pérenne. Après deux années dans le rouge, Wafa Assurance a renoué avec les bénéfices, en 2004, en dégageant un résultat net de 281,8 millions de dirhams, soit une rentabilité des fonds propres de près de 63%.

Valeur recommandée par 60% des sociétés de Bourse consultées
Après les télécoms, c’est le secteur cimentier qui jouit des faveurs des analystes. Et c’est Lafarge Ciments – le leader incontesté de son domaine- avec une part de marché historique dépassant les 40% – qui caracole en tête. Sur la dizaine de SDB que nous avons sollicitées, 6 recommandent d’acheter ce titre. Le positionnement géographique stratégique sur les régions du centre et du nord et l’expertise de Lafarge semblent séduire. La société a su, de l’avis de tous, développer une offre produit compétitive, complétée par un rapprochement de la clientèle et par des conseils pointus.

Par ailleurs, les fondamentaux de la société et le plan d’investissement du groupe, d’une enveloppe de plus de 2,5 milliards pour la période 2004-2008, offrent aux analystes une bonne visibilité sur l’activité future de la société et cela ne manquera pas d’impacter positivement la rentabilité du cimentier, une fois l’effet amortissements absorbé.

L’amélioration continue de la productivité de l’outil industriel joue également en faveur de la société, qui affiche par ailleurs des ratios boursiers intéressants (voir tableau en page précédente).

Valeur recommandée par 50 % des sociétés de Bourse consultées
Si Lydec n’est pas recommandée par la totalité des sociétés de Bourse de la place, c’est en raison de la progression spectaculaire qu’a connue son cours la semaine dernière (+40%), ce qui la rend un peu chère. Cela n’empêche pas un analyste sur deux de l’insérer dans sa sélection de valeurs. Les arguments avancés sont aussi divers que convaincants. La valeur présentait une décote intéressante à  l’occasion de l’introduction en Bourse, qui a certes été consommée, mais qui relativise la hausse de la semaine dernière. Un rendement de dividende élevé : 6,7% en 2004 et 7,1% en 2005(*). Un chiffre d’affaires en croissance régulière et des marges stables. Une grande capacité à  comprimer les charges et d’importantes synergies de coûts entre les deux activités : eau et électricité.

La nouvelle coqueluche de la cote accuse pourtant un retard important par rapport à  son programme d’investissement initial, fait remarquer un analyste qui juge excessive par ailleurs la rémunération des actionnaires de référence (2% du chiffre d’affaires, soit 40% du résultat net). Mais de l’autre côté, les opportunités existent. La rentabilité de Lydec sera positivement impactée par l’évolution de la consommation d’électricité consécutive à  l’équipement croissant des ménages en produits électroménagers. (*) Estimation.

Valeur recommandée par 50 % des sociétés de Bourse consultées
Deuxième plus grosse capitalisation de la place, avec 21,2 milliards de dirhams au 22 juillet dernier, Attijariwafa bank finira, c’est l’avis de tous, par récupérer les fruits de sa taille. Les analystes qui la recommandent tablent sur une forte amélioration de ses comptes à  l’issue de l’exercice en cours. Une partie de la progression est «automatique» puisque les états de 2004 ne tenaient compte que de 4 mois d’activité de l’ex-Wafabank. Ainsi, le bénéfice par action estimé, en 2005, s’élève à  43 dirhams contre 36 en 2004. Peu de sociétés cotées réaliseront une progression similaire. La banque, qui entame actuellement la phase finale de la fusion, dispose d’une force de frappe indéniable, avec des fonds propres supérieurs avoisinant les 11 milliards de dirhams.

Mais elle traite à  des niveaux de PER élevé : 30,9 fois les bénéfices 2004 et 25,6 fois les bénéfices estimés en 2005. Son cours a gagné 10% rien que la semaine dernière, mais on lui accorde encore un bon potentiel de développement.

Valeur recommandée par 40 % des sociétés de Bourse consultées
A 730 dirhams l’action, le titre BCP traite à  des niveaux de valorisation très intéressants : un price earning ratio (PER) équivalant à  10,9 fois les bénéfices 2004, un price to book de 1,2. Les analystes qui recommandent cette valeur (4 sur 10) le font également en raison de l’évolution rapide de l’activité de collecte du Crédit populaire du Maroc qui permet, confirment-ils, d’améliorer sensiblement les ressources de la Banque centrale populaire.

De l’autre côté, ils apprécient la structure des emplois de cet établissement, composés de prêts syndicalisés, ce qui lui permet de rehausser sa maà®trise des risques. Enfin, la gestion dynamique du portefeuille historique de la BCP lui permet de contrebalancer l’érosion de la marge d’intérêt en externalisant des plus-values substantielles. C’est d’ailleurs cela qui avait permis, en 2004, de booster le produit net bancaire de la BCP à  907 millions de dirhams, marquant ainsi une progression de près de 38%.

Depuis le début de l’année, le cours en Bourse de la BCP n’a pas beaucoup bougé. Aujourd’hui, les analystes y voient une opportunité intéressante d’investissement. Et même les investisseurs semblent redécouvrir les vertus de la valeur.

Valeur recommandée par 40 % des sociétés de Bourse consultées
Avec Ciments du Maroc (Cimar), la boucle est bouclée. Les trois représentants du secteur cimentier à  la cote sont désormais tous représentés au sein de cette sélection de valeurs. C’est que le secteur est, sans vouloir faire de jeu de mots, en béton. Outre les perspectives prometteuses valables pour l’ensemble des acteurs BTP, Cimar se distingue par une régularité de sa croissance et une politique de distribution de dividende pour le moins attrayante.

La marge opérationnelle de la société se maintient à  39%, un niveau très confortable. Par ailleurs, la société a distribué, au titre de l’exercice 2004, un dividende de 37 dirhams par action, contre 31 dirhams une année auparavant et ce, malgré la baisse de son résultat net consolidé (-4,6%, à  560 millions de dirhams).

Et bien que Cimar traite à  des niveaux de valorisation supérieurs à  ceux de ses deux concurrents Lafarge et Holcim, elle présente, selon les analystes, des décotes intéressantes par rapport au marché. La dynamique d’activité de construction dans la région du Sud plaide en faveur de l’action qui profitera également de la consommation de l’effet de la Taxe spéciale sur le ciment.

Valeur recommandée par 40 % des sociétés de Bourse consultées
Samir devrait profiter du contexte économique et politique mondial qui devrait à  son tour soutenir les prix du baril de pétrole à  des niveaux élevés et donc les marges de raffinage à  des niveaux confortables. Le raffineur national commencera également à  ressentir les bienfaits de son projet d’investissement et ce dès l’année 2008. Un projet qui consiste en la construction d’une unité d’hydrocracking et une autre de désulfurisation permettant de produire des produits plus légers à  plus forte valeur ajoutée. Il permettra à  la Samir de défendre sa compétitivité à  la veille de l’ouverture complète des frontières, en 2009. Notons que la société a déjà  signé une convention d’investissement de 6 milliards de dirhams avec l’Etat et d’ores et déjà  défini ses modalités d’investissement : 35% par autofinancement et le reste par endettement, assuré par un consortium bancaire marocain et étranger (o๠figurent l’italien SpA et le turc Tfken).

Avec un price earning ratio 2004 de 11,7 fois et un price to book de 1,4, la Samir présente des décotes intéressantes par rapport au marché.

Valeur recommandée par 40 % des sociétés de Bourse consultées
L’une des raisons qui poussent les analystes à  recommander à  l’achat le titre BMCE Bank est le fait que «le comportement du titre constitue un souci majeur pour le management de la banque qui souhaite, par son intervention régulière, refléter au mieux les fondamentaux de l’institution». Allusion est faite au programme de régulation du cours, jugé, par ailleurs, des plus dynamiques de la place et qui permet à  l’action BMCE d’être moins volatile par rapport à  son secteur. Mais cela ne suffit pas, bien évidemment, et la BMCE a plusieurs cordes à  son arc. Un programme d’extension du réseau au rythme on ne peut plus rapide (150 agences d’ici fin 2007). Une spécialisation qui s’avère payante et qui contribue régulièrement à  la croissance de l’activité. Des marges sur commissions en progression continue. Une gestion dynamique du portefeuille qui contribue significativement à  l’amélioration du produit net bancaire.

Les analystes supputent une évolution du résultat net d’au moins 12%. Mais la BMCE étonne toujours. Personne ne peut parier sur une progression moins importante.

Valeur recommandée par 40 % des sociétés de Bourse consultées
Seul représentant des sociétés de crédit à  la consommation parmi notre sélection de valeurs, Eqdom s’impose en tant qu’opérateur phare de son secteur. Un opérateur qui s’est toujours démarqué par son avance, que ce soit en termes de réalisations commerciales ou de la gestion des risques.

La croissance régulière des résultats d’Eqdom et sa volonté accrue de maà®triser ses charges plaisent aux analystes financiers. Sur le premier plan, le bénéfice net de la société a progressé de 14% en 2004, à  141,2 MDH et les analystes d’Attijariwafa bank ne s’attendent pas à  moins de 158 MDH en 2005, ce qui permettrait au titre d’afficher un PER de 14,2x, un price to book de 2x et un rendement du dividende de 5,3%.

Sur le deuxième front, la constance du taux de contentieux d’Eqdom (17,9%) lui permet d’économiser sa charge du risque et de disposer d’un des meilleurs taux de couverturte du secteur, soit 93,8%. Qui dit mieux ?

Valeur recommandée par 40 % des sociétés de Bourse consultées
Sonasid fait partie de ces valeurs dont l’avenir s’annonce particulièrement corsé. Et pour cause, la société devra faire face à  un démantèlement douanier, mais aussi à  une concurrence acharnée de la part de nouveaux opérateurs locaux. Et si l’on ajoute un contexte mondial tendu (hausse des prix et difficultés d’approvisionnement), la société n’est pas au bout de ses peines. Mais cela n’empêche pas les analystes de la recommander. Car le titre demeure nettement sous-évalué par rapport au marché et à  son potentiel. Sonasid présente un PER de 7,6, un P/B de 2,3 et, surtout, un rendement de dividende de 9,5%, soit l’un des plus élevés du marché.

Au cours actuel de 845 dirhams, Sonasid est encore loin de son plus haut pic 2005, à  savoir 870 dirhams. Au regard de la qualité intrinsèque de la société, ce niveau de cours ne devrait pas tarder à  refaire surface.