Les DAT rémunèrent moins : 50 points de base de moins en 9 mois

Le taux moyen des dépôts sur six mois est passé de 4,13% fin 2008 à  3,42% en juillet 2009. Celui des dépôts sur 1 an de 4,19% à  3,68%.
Les banques ne dépassent plus le seuil de 3,50% pour les nouveaux dépôts des petits et moyens clients.
Des conditions exceptionnelles restent accordées aux grands.

Alors que l’année 2008 s’était achevée sur une surchauffe des taux d’intérêt créditeurs, résultat d’une course aux dépôts, la tendance haussière, qui avait été particulièrement marquée en 2008, s’est inversée. Depuis le début de l’année 2009, les taux d’intérêt servis pour les dépôts à terme (DAT) sont en constante baisse. Selon les dernières statistiques de Bank Al-Maghrib (BAM) sur l’évolution des taux créditeurs, la rémunération moyenne des dépôts sur six mois est en effet passée de 4,13% fin 2008 à 3,42% en juillet 2009 (dernier chiffre disponible), soit une baisse de 71 points de base. Celle des DAT sur 1 an a reculé pour sa part de 51 points de base, passant de 4,19% à 3,68%. Ainsi, on ne voit plus cette année les taux exceptionnellement hauts qui avaient séduit nombre d’investisseurs en 2008 au point de convertir certains placements tels que les plans d’épargne-retraite en DAT. Qu’est-ce qui a changé depuis ?
L’explication est simple selon les banquiers. «Depuis quelques mois, nous ne dépassons plus le seuil des 3,50% pour les dépôts des clients ordinaires», affirme l’un d’entre eux. De sources concordantes, la banque centrale a «gentiment» demandé aux banques de la place de calmer la surchauffe qui a eu lieu sur les taux de ces placements depuis le dernier trimestre de 2008, et ce, pour ne pas aggraver le coût des ressources. Rappelons que dans un marché interbancaire marqué par un déficit de liquidités, la course des banques pour la collecte des dépôts dans l’objectif de maintenir un rythme satisfaisant de croissance des crédits a tiré les taux des DAT vers le haut. Des niveaux allant jusqu’à 4,25% sur 1 an étaient accordés pour une certaine clientèle parmi les particuliers en 2008 alors que les MRE pouvaient même obtenir jusqu’à 4,75%.

Un maximum de 3,50% même pour un DAT de 7 MDH sur 1 an !
Aujourd’hui, cette même clientèle ne peut plus espérer avoir de telles rémunérations. «Un client souhaitant bloquer 7 millions de DH sur 1 an n’a pas réussi à obtenir plus de 3,50% chez toutes les banques de la place», témoigne un chef d’agence BMCE. Il ajoute que «pour les MRE, un plafond de 3,75% est actuellement de vigueur». Notons que ces maximums ne sont plus aussi éloignés des niveaux standards appliqués à minima habituellement par les banques et qui sont de 3% pour un DAT sur six mois et de 3,25% pour un DAT sur 1 an.
Cela dit, l’exigence de BAM de limiter les taux servis au titre des DAT n’est pas le seul facteur qui a enclenché cette tendance baissière. La bonne progression de l’encours de DAT en 2008, et même durant le premier trimestre 2009, le tassement du rythme de croissance des crédits, la baisse du taux directeur et la réduction du taux de la réserve monétaire obligatoire justifient également la volonté des banques de ne plus vouloir servir des taux très élevés pour ces placements à terme. L’encours des DAT a en effet progressé de près de 23% en 2008, s’établissant à 154,4 milliards de DH à la fin de l’année. Durant le premier trimestre 2009, il a évolué de 3,2%, à 159,3 milliards de DH, alors que le total des dépôts bancaires a reculé de 1,5% sur la même période. Ce n’est qu’après le début du second semestre de 2009 que l’encours de ces dépôts a commencé à baisser (-1,58% par rapport au début de l’année) compte tenu du recul du niveau des rémunérations. Pour sa part, l’abaissement  du taux directeur en mars 2009 de 3,50% à 3,25% a rendu moins honéreux le recours des banques aux avances hebdomadaires de BAM. Le recul du taux de la réserve obligatoire à 10% s’est, lui, matérialisé par l’injection de 7,5 milliards de DH dans le circuit interbancaire. Avec tout cela, un encours de crédits qui ne croît que de 7,93% à fin juillet 2009 par rapport au début de l’année, à 502 milliards de DH, alors que cette progression était de plus de 13% durant la même période en 2008.
Sachez toutefois que malgré cette situation, des taux intéressants peuvent toujours être obtenus de la part des banques. Bien entendu, ils ne sont accordés qu’aux clients très importants. «Nous venons de reconduire un DAT portant sur des dizaines de millions de DH au taux de 4,75% pour le compte d’une caisse de retraite», confie un responsable dans une succursale casablancaise. S’il s’agit là d’un organisme de retraite, qui dépose à coup de centaines de millions de DH, il faut savoir que ces conditions peuvent aussi être appliquées à des particuliers disposant de liquidités importantes. Pour certains, l’on accorde même ce qu’on appelle la cassabilité du dépôt, c’est-à-dire la possibilité de retirer tout ou une partie de l’argent déposé avant terme sans payer de pénalités.
Pour le commun des clients, ce sont les taux standards qui sont appliqués automatiquement. Néanmoins, même pour le dépôt de quelques millions de DH seulement, il ne faut pas hésiter à négocier avec sa banque. Les agences bancaires ont en effet chacune sa propre situation et ses propres besoins en liquidités. Leurs responsables peuvent ainsi toujours demander des dérogations de leur direction pour accorder un taux supérieur au niveau standard. Quand on sait que ces dépôts sont imposés à 30%, décrocher 25 ou 50 points de base de plus revient à compenser une bonne partie de ce manque à gagner.