Les coups de cœur des analystes financiers

Nous avons demandé à des analystes quelles étaient les deux valeurs qu’ils préféraient.
Attijariwafa Bank, BMCE Capital, Safabourse, Sogébourse et Upline Securities ont joué le jeu.
Maroc Telecom est en tête des recommandations, suivi de Lafarge Ciments.

Deux valeurs, pas plus ! Les analystes des sociétés de Bourse qui ont accepté de jouer le jeu ont dû faire des choix. La Vie éco leur a demandé de désigner leurs valeurs «coups de cœur» parmi les sociétés cotées, celles qu’ils recommandent à l’achat. Cinq entités ont participé à notre sondage : la banque d’affaires du groupe Attijariwafa Bank, BMCE Capital, Safabourse, Sogébourse et Upline Securities.
A deux semaines du deadline officiel pour l’annonce des résultats 2004, nos analystes s’engagent. Mais ils refusent de faire le lien avec un marché qui demeure perturbé et sous l’emprise de rumeurs en tout genre. La situation qui prévaut alimente un léger climat de méfiance et ne permet pas aux cours de refléter parfaitement la valorisation des sociétés cotées. Quoi qu’il en soit, leurs choix ne se justifient pas uniquement par la décote que peut offrir un cours boursier, mais aussi et surtout par une analyse des fondamentaux de leurs valeurs fétiches ainsi que par les perspectives d’avenir.
On s’en doutait, la valeur qui revient le plus souvent dans les coups de cœur des analystes consultés est Maroc Telecom. Une valeur qui pèse très lourd et qui représente, à elle seule, 37 % de la capitalisation boursière totale, loin devant les banques cotées qui, toutes réunies, ne représentent que 20 % de la cote. Vient ensuite Lafarge Ciments, leader de son secteur. Il a été cité deux fois avec, pour chaque choix, des arguments en béton. La présence de Holcim également permet au secteur cimentier d’occuper une place de choix dans les recommandations des analystes, malgré les résultats mitigés annoncés par les opérateurs BTP. Les analystes minimisent d’ailleurs la portée des chiffres et font remarquer que la croissance des ventes a été au rendez-vous et que la régression des résultats n’est due qu’à l’impact d’une taxe (10 centimes par kg vendu, au titre de la contribution au Fonds de solidarité habitat) que les opérateurs n’ont pas voulu faire supporter à leurs clients.
Les banques, ensuite, avec comme représentants Attijariwafa Bank et la BCP. Deux mastodontes qui bénéficient de l’effet de leur taille. Les autres valeurs citées ont été choisies pour ce qu’elles promettent elles-mêmes et non en raison de leur appartenance à un secteur en particulier. Il s’agit d’Afriquia Gaz et de Berliet Maroc.
On remarque, enfin, l’absence des représentants des secteurs agroalimentaire, crédit à la consommation ou encore assurances. Les traditionnels ONA, Samir et autre Sonasid ne semblent plus faire partie des favoris. Quoique les chiffres récemment publiés prouvent qu’elles peuvent prétendre à la faveur des analystes. Bonne découverte !

Meriem Bellahbib, Attijariwafa Bank Maroc Telecom Lafarge Ciments
Quand on lui demande sa valeur « fétiche », Meriem Allouch Bellahbib, directeur analyse et recherche de la banque d’investissement du groupe Attijariwafa Bank, cite sans hésitation Maroc Telecom. Les arguments ne manquent évidemment pas. Elle estime que l’action du leader historique du marché national des télécommunications est «la valeur de fonds de portefeuille par excellence». Adossée à l’un des géants mondiaux des télécommunications, la société bénéficie d’un transfert de technologie et de savoir-faire lui permettant de faire face à la concurrence en toute sérénité, soutenue par le lancement de produits phares tant au niveau du mobile que du fixe et une couverture géographique qui dépasse les 95 %. Ainsi Maroc Telecom compte développer de manière intensive l’ADSL au Maroc, qui devrait représenter une locomotive pour la croissance du segment fixe. La société capitalise également sur une image de marque reconnue et appréciée des consommateurs.
Par ailleurs, et à en croire Mme Bellahbib, Maroc Telecom présente des potentialités de croissance intéressantes en termes de chiffre d’affaires et soldes de gestion, affichant des marges supérieures aux concurrents étrangers (marge opérationnelle de 45 %) et des décotes substantielles en termes de ratios boursiers. Pour ne citer que ceux-là : le price earning ratio 2005 est estimé à 12 fois les bénéfices et le dividend yield 2005 estimé à 5,88 %, supérieur à la moyenne des sociétés cotées à la Bourse de Casablanca.
Les ambitions de croissance externe déjà réalisées ainsi que celles qui, dévoilées à l’international, confèrent, aux yeux de l’analyste, une taille suffisamment importante pour permettre à Maroc Telecom de s’imposer sur ses marchés respectifs. Les cash flows disponibles lui permettent en outre de saisir toute opportunité de croissance sans avoir recours à aucun endettement supplémentaire. Enfin, avantage de taille (au sens propre du terme) : son poids dans la capitalisation globale de la Bourse (+ de 35 %) en fait un titre incontournable dans les portefeuilles.
Le deuxième choix de l’analyste se porte sur un autre leader dans son secteur d’activité : Lafarge Ciments. L’opérateur accapare une part de marché historique avoisinant les 42 %. Du fait de son positionnement géographique stratégique sur les régions du centre et du nord (Casablanca, Meknès, Tanger et Tétouan) qui consomment une partie significative de la production nationale (47 %), et de la faible mobilité du ciment, Lafarge a pu préserver une part de marché stable au fil des années.
Mettant à profit son appartenance à l’un des leaders mondiaux du ciment, il a su développer une offre produit compétitive, complétée par un rapprochement de la clientèle et par des conseils pointus.
En termes de fondamentaux, la société présente des niveaux de marge élevés, largement devant ses compères, avec notamment un ratio valeur ajoutée / chiffre d’affaires de 64 % en 2003.
En effet, le plan d’investissement du groupe, d’une enveloppe de plus de 2,5 milliards pour la période 2004-2008, lui procure une bonne visibilité sur son activité future et le plan de maîtrise des charges lui permettra dans un avenir proche d’afficher une rentabilité fort appréciable.
Par ailleurs, la productivité de l’outil industriel a été poussée aux meilleures normes de la profession (notamment les sites de Bouskoura et de Meknès). Lafarge dispose de plusieurs projets dans le pipe qui lui permettent de réaliser des gains importants en termes de maîtrise des coûts. Lafarge a déjà annoncé sa volonté de porter à 20 % des charges variables, la part des combustibles alternatifs (pneus déchiquetés, huiles usagées, médicaments périmés), tout en se conformant à la réglementation en vigueur en termes de protection de l’environnement. Elle est par ailleurs la première usine au monde du groupe Lafarge à utiliser l’énergie éolienne (Tétouan II).
Les ratios boursiers et la valorisation par les discounted cash flows convergent vers un cours objectif de 2 663 dirhams par action, soit une prime de 25 % par rapport au cours actuel de 2003 dirhams. Si le titre a connu une contre performance de plus de 20 % depuis le début de l’année, Mme Bellahbib trouve cela injustifié si l’on se base sur les fondamentaux du groupe. Elle pense que les investisseurs ont été induits en erreur par la baisse des résultats (semestriels 2004) puisque le volume des ventes n’a pas reculé, bien au contraire. Le doublement de la TIC (taxe intérieure de consommation), qui n’a pas été répercuté sur le client final, mais supportée à travers une baisse du prix de vente, a été mal interprété.

Youssef Ben Barka, Upline Securities Attijariwafa Bank Banque Centrale Populaire
De toutes les sociétés de Bourse qui ont participé à notre sondage, seule Upline Securities recommande des valeurs bancaires. Et elle le fait avec insistance. Ses deux « coups de cœur » appartiennent en effet à ce secteur coté qui commence à retrouver son éclat depuis qu’il a été détrôné, en termes de poids dans la capitalisation boursière, par le secteur télécoms.
Upline affectionne d’abord Attijariwafa bank, deuxième plus grosse capitalisation du marché, frôlant les 18,5 milliards de dirhams et représentant à elle seule 9,23 % de la capitalisation totale de la Bourse de Casablanca. Youssef Ben Barka estime que le champion national de la banque et de la finance finira par récupérer les fruits de sa taille. Les comptes 2004 font d’ailleurs état d’une amélioration significative à tous les niveaux : les parts de marché d’Attijariwafa Bank s’inscrivent à fin décembre dernier à près de 29 % aussi bien dans les dépôts que dans les crédits à l’économie ; le produit net bancaire a progressé de 5,44 % et le résultat brut d’exploitation de 7,7 %. Quant au résultat net, il a atteint 685,5 millions de dirhams, contre 248 millions une année auparavant. Le tout conjugué à des fondamentaux solides et des perspectives de développement encourageantes. Pour un placement à long terme M. Ben Barka pense qu’Attijariwafa Bank fait partie des valeurs qui présentent le moins de risque par unité de rendement. Par ailleurs, il estime que le cours du titre en Bourse de la banque n’est pas près de subir une correction à la baisse, même si ses ratios de valorisation montrent une prime substantielle par rapport à la moyenne du secteur. Un dernier élément qui rassure l’analyste : la banque offre un rendement de dividendes intéressant par rapport aux bons du Trésor, ce qui justifie de détenir son titre à long terme. Pour 2004, Attijariwafa Bank propose un dividende de 30 dirhams par action, contre 27 dirhams l’année précédente.
Le deuxième choix de Upline Securities a porté sur la Banque Centrale Populaire, une banque que la société avait elle-même introduite en Bourse en juillet dernier. « C’est une banque solide se traitant aux multiples les plus bas du secteur bancaire et elle bénéficie de fonds propres largement excédentaires lui permettant de distribuer une bonne partie du résultat », argumente M. Ben Barka. Et d’ajouter que « la BCP représente le meilleur rapport risque/rendement du secteur bancaire avec le rendement de dividende le plus élevé ». A vrai dire, le titre a souffert de l’effet Maroc Telecom. La baisse du cours qui a immédiatement suivi l’introduction en Bourse, conjuguée au désengagement des investisseurs pour récupérer des liquidités en vue de participer à l’opération d’introduction en Bourse de Maroc Telecom, n’avait pas arrangé les choses. Aujourd’hui, les investisseurs semblent redécouvrir les vertus de la valeur : un PER (cours / bénéfice par action) 2004 de 9,4 et un price to book (cours / fonds propres) qui ne pas dépasse 1,2. « C’est une valeur sûre pour investisseurs de tous profils », conclut-il.

Loubna Marig, Sogébourse Maroc Telecom Lafarge Ciments
Maroc Telecom revient encore une fois. Décidément, l’opérateur télécoms ne finit pas de charmer les analystes. Loubna Marig de Sogébourse fait partie de cette catégorie qui apprécie les atouts de la société, leader de tous ses marchés. L’unique opérateur de téléphonie fixe bénéficie, rappelle-elle, d’une part de 67,5 % du marché mobile et de 87 % du marché d’internet. Maroc Telecom présente également des marges de productivité élevées par rapport à la moyenne du secteur à l’international.
De plus, affirme Mme Marig, son adossement à l’un des leaders internationaux de télécommunications, à savoir le groupe Vivendi Universal (VU), constitue un gage de sérénité et un excellent moyen pour le transfert régulier du savoir-faire. Autre atout, une structure financière saine et confortable avec des excédents de trésorerie de plus de 7 milliards de dirhams en 2004. Un tel cash, fait remarquer l’analyste, est de nature à permettre à Maroc Telecom de saisir toute opportunité de croissance externe notamment dans les pays de l’Afrique de l’Ouest et du Maghreb. Cependant, alerte Mme Marig, la libéralisation du marché du fixe constitue le risque majeur auquel est exposé Maroc Telecom.
Après Maroc Telecom, c’est Lafarge Ciments qui intéresse notre analyste. Leader sur le marché du ciment au Maroc avec une part de marché qui avoisine les 41 %, l’opérateur est bien positionné dans une zone considérée comme l’une des plus stables en termes de dynamique économique (Grand Casablanca et le nord). Lafarge ciments est adossée au groupe Lafarge, leader mondial de l’activité cimentière. Il bénéficie d’une structure financière saine et confortable avec des excédents de trésorerie estimés à 1,8 milliard de dirhams à fin 2004, assurant son autofinancement. Ils lui permettront également de saisir toute opportunité de croissance externe ou de distribution exceptionnelle de dividendes.
Après avoir terminé la construction d’une nouvelle cimenterie à Tétouan (1,2 milliard de dirhams), autofinancée, Lafarge entend augmenter la capacité de production de l’usine de Bouskoura à l’horizon de 2006 de 800 000 tonnes, soit 36 % de sa capacité actuelle. Le groupe devrait tirer profit du potentiel de croissance et de développement du secteur cimentier marocain. En effet, les besoins en termes d’infrastructures et de logements sociaux constituant le principal levier de croissance des ventes de ciment. « Par ailleurs, la stratégie des banques marocaines intégrant de plus en plus la promotion des crédits immobiliers est de nature à stimuler le lancement de nouveaux chantiers à court et moyen terme », conclut l’analyste.