Les bons filons pour investir sur le long terme

L’investissement en Bourse comporte une part de risque importante et nécessite une bonne connaissance des rouages.
L’obligataire rapporte peu mais il est moins risqué.
Les produits d’assurance-vie demeurent très pratiques.

Vous vous surprenez parfois à imaginer à quoi pourra ressembler votre vie ou celle de vos enfants dans 10, 15, voire 20 ans. Si personne n’est maître de son sort (heureusement, d’ailleurs), tout le monde a la capacité de baliser dès aujourd’hui le terrain pour préparer matériellement ce lendemain incertain.
Investir sur un horizon de placement assez long requiert cependant une bonne connaissance de vos besoins futurs et du niveau de risque que vous êtes prêt à courir. Pour votre retraite, privilégier la sécurité au rendement est une décision des plus sages. En outre, il vaut mieux opter pour la fonctionnalité (versements réguliers) plutôt que pour la liquidité. Il en est de même pour les économies que vous constituez pour financer les études de vos enfants. Si vous disposez d’économies plus conséquentes, vous pouvez alors envisager de les répartir sur les différents instruments disponibles. Un portefeuille actions savamment constitué aujourd’hui pourrait représenter une véritable richesse dans 10 ans tout en vous assurant des revenus réguliers grâce aux dividendes perçus.
Nous passons en revue, à travers ce dossier, les supports de placement qui conviennent le mieux à un investissement sur le long terme. Précisons toutefois qu’au vu de l’histoire très récente des marchés financiers marocains, il est difficile de se fonder sur un historique pour se projeter correctement dans l’avenir.

Actions : un mix entre «valeurs de croissance» et «valeurs de rendement»
Tous les analystes s’accordent à dire que les actions sont l’actif le plus rentable sur le long terme. Même à l’échelle d’une place qui n’a (véritablement) qu’une dizaine d’années d’existence, dont quatre de crise, ce postulat se confirme. Ceux qui ont investi en Bourse en juillet 1992 ont réalisé une plus-value de 330 % (sur la base de la performance du MASI du 6 juillet 1992 au 31 mai 2004) et ce sans compter les dividendes qu’ils auraient perçus entre-temps.
La donne a cependant beaucoup changé depuis. L’euphorie n’étant plus, comme à l’époque, portée par un vaste programme de privatisations et par le manque d’expérience évident de tous les intervenants du marché, il est difficile de voir se reproduire les mêmes performances pour les 10 ou 15 années à venir.
Par ailleurs, la cote casablancaise a été sévèrement nettoyée de la majorité de ses canards boiteux. La réédition d’épisodes aussi malheureux que ceux du CIH, de la BNDE ou encore des scandales du type Financière Diwan, paraît peu probable au cours des prochaines années. La place a beaucoup gagné en maturité et les professionnels autant que les investisseurs n’ont pas envie de revivre une nouvelle période de crise.
Mais pour investir en actions, il faut d’abord être capable de supporter un niveau de risque assez important, corollaire d’une rentabilité espérée plus élevée. Dans une étude assez récente, BMCE Capital Bourse a réussi à distinguer sept groupes de sociétés en fonction des niveaux de rendement et de risque (cf. encadré).
Vous aurez toujours le choix d’investir directement en Bourse ou de passer par les professionnels de la gestion collective. En optant pour l’investissement direct, vous aurez à faire un arbitrage entre la cinquantaine de sociétés qui composent la cote, parmi lesquelles on peut distinguer deux grandes familles : les valeurs de rendement et les valeurs de croissance.
Les «values stocks» ou «valeurs de rendement» sont des titres d’entreprises bien établies dans leur secteur d’activité, qui jouissent d’une forte santé financière et d’une part de marché relativement importante. Ces entreprises génèrent en principe des cash-flow réguliers et n’ont pas de fortes opportunités de croissance parce qu’elles ont justement atteint un stade de maturité. Ces entreprises affichent des taux de croissance stables plus ou moins proches de celui du PIB (3 à 6 %). En optant pour ce genre de valeurs, vous adoptez une stratégie d’investissement très conservatrice, en tablant sur un dividende élevé pour compenser l’absence de potentiel en gain de capital. Ce genre de stratégie, facile à maintenir puisque ce sont des stratégies «hold and wait», avec des frais de transaction très faibles, nécessite une bonne connaissance des techniques d’analyse et d’évaluation financières.
A l’opposé, les entreprises à fort potentiel de croissance dites «valeurs de croissance» distribuent rarement, sinon un faible dividende, mais promettent un gain de capital important. Ce sont généralement des entreprises jeunes, opérant dans des secteurs où les opportunités de croissance ne sont pas totalement saturées. Ces entreprises affichent une croissance de résultats (bénéfices et chiffre d’affaires) plus importante que la moyenne de leur secteur et jouissent d’une bonne santé financière qui leur permet d’envisager d’ambitieux programmes d’investissement. Investir dans des «valeurs de croissance», c’est miser sur un gain important en capital, avec un niveau de risque et un horizon de placement assez élevé.
Un investissement en Bourse requiert cependant une très bonne connaissance des rouages et une mise de départ assez conséquente. Pour les néophytes ou encore ceux qui veulent se constituer une épargne progressive à long terme, la gestion collective s’avère être la solution idoine. Non seulement vous êtes entre les mains de professionnels, mais vous pouvez également constituer, via des versements périodiques, une épargne au fur et à mesure et vous n’avez pas besoin d’un capital de départ élevé. Par ailleurs, en vous adressant à certains gestionnaires qui proposent une palette de fonds assez complète, non seulement vous aurez le choix entre différents OPCVM actions, mais également la possibilité de switcher plus facilement vers d’autres classes d’actifs (monétaire, obligataire…).
En décidant d’investir tout ou partie de vos placements à long terme en actions, inutile de vous inquiéter à la moindre baisse. Prenez plutôt soin d’évaluer correctement la solidité financière des sociétés dans lesquelles vous investissez, et surtout ne mettez pas tous vos œufs dans le même panier. Optez aussi bien pour une répartition sectorielle de vos investissements que pour une répartition entre les valeurs de croissance et les valeurs de rendement.

Produits de taux : peu risqués, mais risqués tout de même

Quand on pense qu’il y a à peine une dizaine d’années, un simple compte sur carnet rapportait 8,5 % par an alors qu’aujourd’hui cette performance n’est même pas égalée par le fonds obligataire long terme, avec tout ce que comporte ce genre d’investissement comme risques liés à la fluctuation des taux !
L’investissement en produits de taux reste cependant le placement le moins risqué sur un horizon assez long. Sur une période de plusieurs années, votre portefeuille obligataire ne devrait pas être très affecté par les fluctuations cycliques des taux d’intérêt, pour peu que les agrégats macroéconomiques de base restent stables (inflation, déficit, taux de croissance). Pour les particuliers, le marché obligataire, aussi bien privé que public, reste plutôt fermé, sauf pour les grands portefeuilles. Le passage par des gestionnaires de fonds devient alors quasiment obligatoire. Bon an mal an, les fonds obligataires à long terme rapportent, sur une année glissante, entre 5 et 10 %.

Assurance-vie : deux formules possibles

Au Maroc, il existe deux déclinaisons «placement» auprès des compagnies d’assurance qui commercialisent des produits d’assurance-vie. Il s’agit de l’épargne retraite et de l’épargne éducation. Si la première formule vise à se constituer, via des versements réguliers, une retraite complémentaire pour palier toute baisse du niveau de vie le jour de la retraite, la seconde garantie vous permet de constituer un petit pécule pour financer les études de vos enfants. En optant pour l’un de ces deux instruments de placement, vous opterez sans doute pour l’option la moins risquée. L’Etat garantit par ailleurs un rendement minimum de 3,25 % auquel s’ajoute un bonus qui peut aller jusqu’à une participation à 90 % des bénéfices. Les rendements actuels se situent aux alentours de 5 %.
Fiscalement, ce genre de produit bénéficie de mesures d’incitation intéressantes. Au-delà de 10 ans, l’Etat renonce à prélever l’IGR sur les pensions qui vous seront servies ou sur le capital que vous toucherez.

Immobilier : des cycles longs et une liquidité faible

L’immobilier est par définition un placement à long terme. Avec l’or, il demeure le filon de prédilection de l’épargne traditionnelle. Malheureusement, il existe très peu d’informations sur ce secteur encore mal organisé. Ceux qui décident d’investir dans l’immobilier optent en principe pour une situation de rentier, en s’assurant, grâce aux loyers perçus, un revenu régulier, en gardant l’option de revendre le bien. Pour vos calculs, n’oubliez pas que l’immobilier, contrairement aux placements financiers, nécessite des dépenses relatives à l’entretien, qui peuvent, dans certains cas, s’avérer coûteuses. Par ailleurs, l’immobilier souffre de la longueur des cycles. L’investissement immobilier demeure enfin risqué et n’offre pas les meilleures garanties juridiques (problème de la location et de la copropriété). Cela étant dit, les conseillers en investissement recommandent très fortement l’investissement immobilier dans le cadre d’une diversification de portefeuille

Que choisir ? Tout dépend de vos besoins, l’idéal étant d’arriver à une combinaison optimale entre risque, rendement et horizon de placement.

A long terme, la Bourse reste encore le meilleur placement si vous n’êtes pas du genre à vous affoler à la première alerte. Si ceux qui avaient investi en Bourse en 1992 avaient patienté jusqu’en avril 2004, ils auraient vu leurs placements enregistrer une plus-value de 330%.

Les placements les moins risqués sont l’assurance-vie et l’assurance-retraite qui garantissent un rendement minimum.

De quel horizon de placement parlons-nous ?
Lorsqu’on évoque le long terme, de combien d’années veut-on parler ?
Si l’on s’en tient aux brochures de quelques gestionnaires de fonds de la place, le long terme commence à partir de 2 ans. Pour le Trésor, c’est à partir de 10 ans qu’il faut parler de long terme. Un trader conseillera, quant à lui, un horizon de placement d’au moins 3 à 5 années pour un investisseur qui n’est pas pressé. En assurance-vie, c’est au-delà de 15 ans qu’un placement devient véritablement intéressant, alors que dans l’immobilier, tout dépend de la nature du bien.
En réalité, tout dépend de vos besoins futurs. L’idéal étant d’optimiser le triptyque rendement-risque-horizon de placement par rapport à ce que vous comptez faire de vos investissements et des revenus qu’ils génèrent. Les conseillers d’investissement sont censés vous aider à établir votre profil d’investisseur, afin de prendre les bonnes décisions.