Les banques prêteront de moins en moins aux ménages

• Les taux d’intérêt ont baissé, la production de crédits aussi.
• Les banques redoutent la montée des défaillances.

Le durcissement des conditions d’octroi est à l’œuvre pour les ménages. Les banquiers contactés constatent un net ralentissement du rythme de crédits octroyés à cette catégorie. Après un léger vent de dynamisme en juillet avec le déconfinement et la reprise progressive des activités début juin 2020, la tendance s’est vite aplatie en août, principalement du fait de la recrudescence des cas de contamination.
D’un côté, la demandeLe niveau dendettement des ménages marocains inquiète des ménages s’est relâchée depuis ces derniers mois, contraints d’adapter leur budget et de se limiter aux dépenses essentielles. L’urgent était donc d’assainir la situation financière et, autant que possible, épargner pour faire face aux éventuelles difficultés d’un futur incertain à cause de la pandémie.
De l’autre, les banques, à qui la crise économique fait craindre une hausse des défauts de remboursement, refusent désormais de prêter aux profils jugés (à tort ou à raison) fragiles. Il faut dire que la dégradation de la situation financière des emprunteurs est nettement palpable avec l’augmentation des prêts présentant des risques de défaillance (une progression d’environ 15,5% en août). Ce pourcentage va fatalement grimper pour l’année pleine 2020, et la situation ne serait pas meilleure l’année prochaine, selon certains professionnels. Pour limiter la casse, lesLe taux dendettement sera enfin encadré en établissements bancaires n’auront d’autres choix que de gérer la situation à l’amiable et procéder au cas par cas, reprofiler les crédits des clients en difficulté, faire bénéficier à ceux qui ont perdu leur emploi du délai de grâce… L’idée est d’éviter la voie judiciaire pour enclencher des saisies et des arrêts de comptes, vu la longueur et la lenteur de la démarche qui, surtout, ne garantit nullement le recouvrement des créances.
L’on sait par ailleurs que ce durcissement des conditions d’octroi de crédit intervient dans un contexte d’une baisse des taux d’intérêts. Un courtier affirme que depuis la baisse du taux directeur, les taux HT pour les crédits immobiliers ont baissé pour la plupart de 0,1% HT à 0,3% HT pour afficher entre 4% HT, et 4,2% HT. Et si les emprunteurs avec un profil risque élevé sont recalés d’office, d’autres profils continuent d’être courtisés par les banques. Ils ont généralement un revenu mensuel net de 30 000 DH -40.000 DH et plus.
Quelques banques s’engagent même à financer jusqu’à 107% du bien objet du prêt, englobant les frais de notaire, les frais d’enregistrement, les frais de rénovation ou d’aménagement ou même d’ameublement.


Crédit immobilier : 18% d’apport personnel en 2019 Vs 30% en 2018

En 2019, la production de crédit à l’habitat a poursuivi sa tendance baissière à 26,3 milliards de DH. Une situation expliquée notamment par l’atonie de la croissance et ses conséquences sur les revenus des ménages et par ricochet de leur pouvoir d’achat.
Reflété par la forte baisse du taux d’apport personnel moyen pour le financement d’un bien immobilier qui est passé de 30% en 2018 à seulement 18% en 2019. Bank Al-Maghrib a fiabilisé les données servant au calcul de la LTV (rapport entre le montant du crédit et le prix d’achat du bien immobilier), pour avoir une image plus fidèle des pratiques des banques. L’exercice aboutit à une LTV moyenne de 82%. Elle varie bien entendu d’un établissement bancaire à l’autre et varie sensiblement selon le profil risque du client.
Pour limiter le risque (élevé) encouru sur un emprunteur qui n’a pas d’apport, la banque peut donc exiger une prime plus élevée pour prendre ce risque. Mais là encore tout dépend du profil. Un dossier de bonne qualité sera financé à des conditions intéressantes sans apport personnel. Comme mentionné dans l’article, il arrive que les banques financent le prix du bien mais aussi les frais annexes. Les dossiers dont la LTV est supérieure à 100% représentent 8% de la production en 2019. Mais la pratique courante est un apport minimum de 20%. Cela concerne 45% des dossiers approuvés l’année dernière. Pour près de 38% des crédits accordés, le niveau d’apport est inférieur à 10%, soit une LTV entre 90% et 100%.