Le retour de forme des fonds actions et la petite santé des obligataires

Les OPCVM actions profitent de la reconstitution des portefeuilles des institutionnels et de la faiblesse de la liquidité du marché.
La hausse des taux sur le marché de la dette pénalise les fonds d’obligations.
L’année devrait se terminer avec des performances honorables pour les fonds actions et des rendements modestes pour l’obligataire.

Les deux principales catégories des Organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM) ont démarré l’année 2010 sur des tendances opposées. Si les fonds actions affichent actuellement des performances honorables, ceux investis dans les obligations n’accumulent que des rendements faibles, majoritairement proches de zéro. Cette situation tranche singulièrement avec la tendance observée en 2009, qui profitait largement aux OPCVM obligations, et risque de se poursuivre pendant toute l’année en cours.

La faible liquidité incite les acheteurs à proposer des cours élevés, d’où la hausse du Masi

Les fonds actions ont réalisé jusqu’au 19 février des performances depuis le début de l’année, allant jusqu’à 10% (progression de la valeur liquidative), avec une médiane  se situant à 5%. Ces réalisations s’expliquent principalement par l’évolution favorable du Masi, indice de toutes les valeurs cotées à la Bourse de Casablanca, qui affichait au 19 février une progression de 5,84%. En effet, la majorité des fonds proposés au grand public est gérée de façon à répliquer l’indice du marché.
Pourtant, en début d’année, les analystes financiers qualifiaient de purement technique le rebond affiché par la Bourse et parlaient d’une tendance de fonds baissière qui devait durer jusqu’à la fin du premier semestre. Cela veut-il dire que les OPCVM actions vont perdre prochainement leurs gains ? Pas sûr. Les gérants de portefeuilles restent optimistes et pensent que l’année 2010 se terminera dans le vert pour la Bourse et les fonds actions. Ce qui ne les empêche pas pour autant de rester prudents et d’affirmer que la situation boursière continue de présenter certains risques.
D’où vient d’abord cette performance de près de 6% du Masi réalisée en six semaines seulement ? «La progression du marché résulte essentiellement du bon comportement des grandes capitalisations de la place, en l’occurrence Maroc Telecom et Addoha qui ont gagné 8,5% chacune au 19 février. Les anticipations des résultats des sociétés cotées sont également à l’origine de ce bon démarrage du marché, surtout les sociétés du secteur informatique, des mines et de l’énergie», explique Mehdi Najme, gérant de portefeuilles chez Marogest.
Mais l’anticipation de bons résultats 2009 des sociétés cotées n’explique pas tout. «La demande sur le marché provient en grande partie de l’étranger, notamment des institutionnels qui reconstituent leurs portefeuilles après les liquidations de fin 2009 et qui ciblent les valeurs composant l’indice MSCI (Morgan Stanley Capital International)», croit savoir Karim El Hnot, directeur de la gestion à CDG Capital Gestion. Ceci explique d’ailleurs le déroulement de certaines séances boursières qui restaient baissières jusqu’à la fin avant de rebondir fortement. «Ce comportement est le propre des institutionnels étrangers qui n’agissent qu’en fin de séance, laissant les cours baisser à des niveaux jugés intéressants», rajoute M. El Hnot.
En tout cas, qu’elle soit issue des investisseurs locaux ou étrangers, la demande sur le marché boursier a fait grimper le cours des principaux titres qui composent les portefeuilles des OPCVM. «Des valeurs comme Maroc Telecom, Addoha, Attijariwafa ou BMCE Bank, qui constituent près de la moitié de l’indice Masi et qui figurent pratiquement dans tous les fonds actions de la place, ont réalisé à elles seules 60% du gain affiché par le marché jusqu’à présent», clarifie Mehdi Najme. Cela dit, la situation boursière actuelle présente un risque. Malgré la progression des cours et des indices, les volumes restent en effet toujours faibles, à l’instar des niveaux enregistrés en 2009. La faiblesse de liquidité est donc toujours là, ce qui rend le marché volatile. «Actuellement, pour pouvoir acheter un titre, il faut proposer une bonne prime aux vendeurs, autrement dit un cours élevé compte tenu du manque de papier et de la faible liquidité du marché. Ceci se traduit par des variations excessives du cours de certaines valeurs et augmente leur volatilité», explique Karim El Hnot.
Dans ce contexte, et en cas de renversement de tendance, les pertes peuvent s’avérer conséquentes. Néanmoins, malgré la crainte d’une éventuelle correction, les professionnels de la gestion d’actifs restent confiants. Pour eux, le point déterminant de la tendance future du marché reste les résultats 2009 des sociétés cotées. «Si les opérateurs cotés publient des réalisations conformes aux attentes, la Bourse a toute les chances de continuer sur son trend haussier», estime un analyste financier. Notons ici que le consensus des analystes table sur une évolution de 7% des résultats 2009 par rapport à 2008, hors éléments exceptionnels (principalement la cession d’une partie du capital de Wana par Ona et SNI).
Par ailleurs, les professionnels s’accordent à dire que des instroductions en Bourse sont nécessaires pour redynamiser les transactions et confirmer la tendance. «Les conditions sont actuellement idéales pour une IPO, la valorisation du marché n’est ni trop élevée pour craindre une chute du cours, ni trop basse pour déprécier la valeur d’une société qui souhaite s’introduire», explique notre analyste.

Une hausse des taux pénalisante aujourd’hui mais bénéfique à moyen terme

Pour ce qui est des fonds investis dans les bons du Trésor et les obligations, il faut d’abord rappeler qu’ils ont fait une bonne année 2009, avec des performances allant jusqu’à 7%, compte tenu de la baisse des taux obligataires pendant cette année. En effet, la baisse des taux conduit à l’appréciation de la valeur des anciens titres dont le rendement est supérieur à celui des nouveaux émis. Mais depuis début 2010, la tendance s’est renversée et les taux de l’ensemble des maturités ont subi une correction à la hausse. Résultat : au 19 février, les performances des fonds obligations moyen et long terme (50% de l’actif net global des OPCVM) sont à un niveau proche de zéro, et certains véhicules affichent même des variations négatives. Il faut savoir en plus que l’impact de la hausse des taux d’intérêt sur les OPCVM a été compensé par l’encaissement des «coupons courus» (intérêts perçus) en début d’année. En retraitant les performances réalisées de ces coupons, une bonne partie des fonds obligations afficherait des moins-values.
Cette correction à la hausse des taux est due aux dernières interventions du Trésor sur le marché des adjudications. En effet, les besoins de financement du Trésor sont plus élevés par rapport aux années précédentes, et les remboursements qu’il doit opérer sont importants compte tenu de sa politique de levées ces dernières années axée sur le court et le moyen terme (les retombées sont estimées à 70 milliards de DH cette année). Cet appétit affiché par le Trésor a conduit les investisseurs, notamment les banques, à exiger des niveaux de taux plus élevés. D’où le décalage de la courbe des taux primaires à la hausse, et par conséquent celle des taux secondaires.
Cela dit, les gérants d’actifs ne sont pas très inquiets. «Malgré leur tendance haussière, les taux ne risquent pas de subir la même correction qu’en 2007», estime M. El Hnot. D’une part, les investisseurs ne sont pas prêts à prendre beaucoup de risque et à rendre le marché obligataire volatile dans le contexte économique actuel. D’autre part, même si les besoins du Trésor sont élevés, la demande est là et va crescendo. «Depuis le début de l’année, ce sont 58 milliards qui ont été proposés par les investisseurs sur le marché des adjudications, soit le même niveau qu’en 2009», informe un intermédiaire en valeurs du Trésor.
Ceci incite les professionnels à penser que la tension sur les taux sera limitée et n’ira pas au-delà du premier semestre de l’année. «La hausse des taux restera maîtrisable et permettra malgré tout aux OPCVM obligataires et monétaires de garder un rendement positif», estime Mehdi Najme. De plus, «même si les taux augmentent, les coupons à encaisser augmentent également. Cela permet de compenser la baisse de la valeur des obligations, et laisse du potentiel d’appréciation pour les années à venir. N’oublions pas qu’un placement dans les fonds obligations est censé être un investissement à moyen terme», précise Karim El Hnot.
Sachez par ailleurs qu’avec le changement de la formule d’indexation des taux d’intérêt des crédits immobiliers, le Trésor reviendra avec force sur les maturités longues du marché des adjudications, ce quicréera un dynamisme important et répondra à une demande des investisseurs jusque-là insatisfaite.
Signalons enfin que la levée du Trésor sur 10 ans lors de la séance d’adjudication du 9 février, qui s’est traduite par le relèvement du taux de cette maturité de 74 points de base à 4,14% (voir La Vie éco du 19 février 2010), n’a eu aucun impact négatif sur les OPCVM obligations. «Les actifs de cette catégorie de fonds sont valorisés sur la base de la courbe secondaire des taux et non la courbe des taux d’adjudication. La maturité 10 ans sur le marché secondaire était déjà à un niveau supérieur à 4,14%», conclut M. El Hnot.