Le rendement des produits d’assurance s’amenuise

Il tournera autour de 5% au titre de l’exercice 2005, en chute continue.
La baisse des taux des bons du Trésor en est la raison majeure.
La mise en place des contrats multisupport a redynamisé le marché à l’étranger.
Pourquoi pas au Maroc ?

Il y a quelques années seulement, les Marocains ne souscrivaient aux contrats d’assurance-vie que par obligation. Un geste essentiellement motivé par la couverture d’un crédit immobilier ou autres, à la demande des organismes prêteurs. Aujourd’hui, la donne semble avoir changé et ces contrats constituent de véritables produits de placement. Ils séduisent de plus en plus, grâce à un mécanisme qui rend possible la constitution progressive d’un patrimoine, dans des conditions fiscales avantageuses. Seulement, à l’heure où ces instruments prennent de la hauteur chez nous, leurs taux de rendement perdent de leur attractivité. Il y a à peine 15 ans, ces taux étaient à deux chiffres. En 2004, on n’a eu droit qu’à des rendements compris entre 5 et 6%, et en 2005, même si les chiffres officiels ne sont pas encore publiés, on annoncera des taux qui tournent autour de 5%.

La part allouée aux actions est faible, même si elles peuvent rapporter gros
Pourquoi une telle baisse du niveau des rendements ? Rappelons d’abord que les versements effectués au titre de ces contrats d’assurance-vie sont placés par les compagnies d’assurance dans différents produits, financiers et autres. Les sommes constituées sont revalorisées chaque année par un taux appelé «taux technique», qui matérialise la performance qu’une compagnie réalise sur ses placements. Le souscripteur gagne ainsi un minimum réglementaire garanti (qui est de 3,25%), plus une participation aux bénéfices issus des placements (de l’ordre de 90%), appelée également «bonus».

On aurait tendance, à partir de là, à considérer que ces taux de rendement bas sont le résultat d’une mauvaise gestion des actifs de la part des compagnies d’assurance. Mais la vérité est que, mis à part la question de la gestion, il faut savoir que l’allocation des fonds gérés aux différents types de produits de placement est réglementée par les autorités de tutelle. Ainsi, s’agissant des actions cotées et non cotées, bons du Trésor, obligations privées, OPCVM (Organismes de placement collectif en valeurs mobilières), placements immobiliers, prêts hypothécaires et autres, les assureurs se doivent de respecter des quotas pour chacune de ces catégories afin de diminuer le risque de perte de valeur. A ce titre, les fonds gérés par les compagnies d’assurance ont toujours été placés sur des produits non risqués, comme dicté par la loi, spécialement dans les bons du Trésor. La part allouée aux actions est faible, même si elles peuvent rapporter gros. La Bourse de Casablanca s’achemine vers 50% de performance en moins d’un semestre, mais cette manne n’est pas totalement exploitée par les compagnies d’assurance en raison de son risque élevé.

Le rendement des contrats d’assurance-vie est fortement correlé à celui des bons du Trésor qui, au fil du temps, n’a cessé de baisser au niveau mondial. On se souvient sans doute des publicités à la télévision sur les levées du Trésor, il y a moins de vingt ans, avec des taux d’intérêt à deux chiffres. Ce n’est plus le cas actuellement. Les bons à maturité 20 ans sont à un taux qui dépasse à peine 5%. Sachez aussi que les compagnies d’assurance détiennent encore des bons du Trésor des années 1980, avec un rendement élevé, ce qui devrait normalement permettre d’obtenir des taux relativement intéressants. Mais les titres anciens qui arrivent à échéance sont remplacés par les nouveaux qui sont à des taux nettement inférieurs.

Dans ce contexte, il est clair que la tendance baissière des rendements des produits «vie» se maintiendra, à moins que les taux des bons du Trésor ne se relèvent. Et encore, il faudra des années pour que cela se ressente au niveau des contrats d’assurance-vie et des produits de capitalisation. Ceci amène à dire que les gestionnaires des assureurs n’y sont pour rien. Ils arbitrent autant qu’ils peuvent entre les différentes catégories de produits, à la limite de ce qui est autorisé par la législation.

Dans les contrats multisupport une grande partie des fonds est placée en actions
Quelle pourrait-être la solution pour redynamiser le rendement de ce type d’instruments ? Il y a presque deux ans, en France, on a pu remédier à ce problème. Avant, les Français n’avaient droit qu’aux contrats en francs ou en euros, similaires à ce que nous avons actuellement au Maroc. Les assureurs ont alors mis en place un autre type de contrats d’assurance-vie, nommés «multisupport» (voir encadré ci-dessous).

Ce type de contrats permet de placer une grande partie des fonds gérés dans des catégories de produits plus risqués, notamment les actions. Cela a permis de réaliser des performances remarquables, avec des taux de rendement pour les contrats d’assurance-vie qui ont même dépassé 40%. Mais si la rentabilité est là, le risque y est aussi. Les souscripteurs ont également eu droit à un taux de rendement négatif ! Pour ce type de contrats, il n’y a pas de rendement minimum garanti. Pourtant, ils ont connu un réel succès en France. Ils ont été répartis en plusieurs sous-catégories pour bien coller aux attentes du public. Comme c’est le cas pour les OPCVM, les contrats multisupport se composent de ceux placés majoritairement en actions, très rentables mais très risqués, ceux placés à moitié-moitié entre actions et produits de taux (obligations et bons du Trésor), et ceux investis majoritairement dans les produits de taux.

Cette offre variée permet aux intéressés de choisir ce qui est le plus adapté à leur profil. Et cette innovation ne s’est pas faite au détriment des anciens contrats classiques.
Dans la pratique, et selon les conseillers en placement, les contrats multisupport placés spécialement en actions sont intéressants pour un souscripteur jeune. Car, sur le long terme, même si elles sont plus risquées, les actions «battent» toujours les produits de taux. Pour une population plus âgée, les contrats classiques restent les plus adaptés car la volatilité (risque) des nouveaux contrats est très élevée sur une durée courte (de la souscription à l’obtention du capital ou de la rente).

Avec les contrats multisupport, les assureurs auraient quatre taux de rendement en fin d’année
Cette innovation pourrait-elle marcher au Maroc ? Peut-être. L’un des professionnels du secteur des assurances confirme l’aversion des Marocains au risque, surtout pour des placements destinés à assurer une retraite ou l’avenir des proches. Mais il ne pense pas que cela soit à même de décourager : «Il faudra juste conseiller au public de souscrire le bon contrat, car la notion de risque est relative», affirme-t-il. Mais, outre le côté commercial et l’effort à déployer auprès du public, cette innovation nécessite plusieurs ajustements pour sa mise en place au Maroc, aussi bien au niveau de la législation des assurances qu’au niveau de leurs infrastructures ou encore de l’organisation et de la compétence des équipes, sans parler de la nécessité du développement du marché financier local.

Il est important de signaler que la gestion des fonds des souscripteurs au Maroc est dite «générale». Cela veut dire que chaque compagnie d’assurance obtient à la fin de l’année un seul taux de rendement qui rémunérera tous ses produits vie. La mise en place des contrats multisupport nécessite une gestion dite «cantonnée», qui est actuellement interdite par la loi au Maroc, et qui consisterait à gérer les fonds des contrats classiques séparément des nouveaux. En outre, chacune des catégories des multisupport ferait l’objet, dans ce cas, d’une gestion spéciale. Ce qui amènerait les compagnies à avoir à peu près quatre taux de rendement à la fin de l’année.

Chiffres
 
3,28 milliards de dirhams de primes émises en 2005

Le volume du marché de l’assurance-vie au Maroc a connu une évolution de 13,8% en 2005 par rapport à l’année précédente, soit 3,28 milliards de dirhams selon les chiffres de la Fédération marocaine des sociétés d’assurance et de réassurance (FMSAR). Ce chiffre est certes en hausse par rapport à 2004, mais demeure inférieur à ceux des années précédentes. A titre d’exemple, celui de 2002 s’est élevé à 3,9 milliards de dirhams.
L’activité «vie» représente ainsi 25,5% du total des primes émises en 2005. Cette part vient en baisse par rapport aux années précédentes, durant lesquelles elle a pu dépasser les 30%.
Par contre, on peut remarquer que les contrats d’assurance individuels ont augmenté leur part dans le volume global. Elle représente plus de 42%, soit 1,38 milliards de dirhams, en hausse de 7% par rapport à 2004. La part des contrats d’assurance groupe reste toutefois plus importante (57,3%) à 1,88 milliards de dirhams, en hausse de 19,3% par rapport à 2004.
Selon la fédération, l’essentiel des contrats d’assurance-vie et de capitalisation reste commercialisé via le réseau bancaire. A ce jour, il n’y a pas encore de chiffres concernant le nombre de souscripteurs pour l’année 2005.

Rappel
 
Les produits «vie» en quelques mots

Les produits «vie» sont, comme leur nom l’indique, des instruments de placement liés à la mortalité de leur souscripteur. Il existe deux grandes familles dans ces produits : l’assurance-vie et les produits de capitalisation.

La première est une assurance de personnes qui a pour objet de garantir le versement d’une certaine somme d’argent (capital ou rente) lorsque survient un événement lié à la personne assurée : son décès, un accident, une maladie…

Il existe trois types de contrats d’assurance-vie : l’assurance en cas de décès, dont bénéficieront les ayants-droit ou les personnes désignées, l’assurance en cas de survie, que vous aurez sous forme de capital ou rente tant que vous êtes en vie, et l’assurance mixte qui est une combinaison des deux premières.

Les produits de capitalisation fonctionnent selon le même mécanisme que celui de l’assurance-vie. Leur objet est la constitution d’un complément de retraite ou d’assurer un revenu ou une somme d’argent à une personne tierce, comme l’épargne éducation.

Que ce soit pour l’un ou l’autre des produits vie, la souscription se fait de la même manière. Vous effectuez des versements (fixes ou libres) périodiques pendant une certaine durée, jusqu’à une date convenue dans le contrat, à laquelle vous ou vos ayants droit seriez bénéficiaires.

Nouveauté
 
Choisissez vous-même la politique de placement avec les contrats multisupport

Les contrats d’assurance-vie multisupport sont des instruments de placement qui offrent une multitude de choix en termes de rendement, de risque et de possibilités d’arbitrage au cours d’une année de placement. Leur mise en place dans plusieurs pays a été une solution à la médiocrité des rendements des contrats classiques investis dans les obligations d’Etat. Les multisupports sont donc des instruments de complément de retraite ou d’assurance qui prennent en compte le profil du souscripteur, c’est à dire son âge, son assise financière, son degré d’aversion au risque et ses connaissances en matière de placements.

Il existe ainsi trois grandes catégories de contrats multisupport :
1- Les contrats profilés : ils vous proposent généralement trois ou quatre profils optionnels. Par exemple «sécurité» (80% minimum de produits monétaires et obligataires), «équilibré» (50% d’obligations, 50% d’actions) et «dynamique» (60 à 70% d’actions au moins). En optant pour ce contrat, vous confiez à une équipe de gérants les différents arbitrages de votre contrat.
2- Les contrats à horizon : plus vous êtes jeune, plus ce type de contrat vous oriente vers des fonds dynamiques et vous propose des fonds sécurisés au fur et à mesure que vous approchez de l’âge de la retraite.
3- Les contrats en gestion libre : vous devrez choisir vous-même vos supports d’investissement. Il s’agit de SICAV ou de FCP axés sur le marché des obligations ou des actions. Ici, c’est à vous d’effectuer les arbitrages nécessaires.
Ces contrats ont connu un engouement particulier en France suite à leur forte rentabilité (40% pour les contrats dynamiques et 20% pour les équilibrés), tout en bénéficiant des mêmes avantages fiscaux que pour les contrats classiques.