Le marché des OPCVM se porte toujours bien

Les transactions se sont soldées par des souscriptions nettes de 7 milliards
de DH au 5 juin. Les indices de performance des différents segments de fonds restent bien orientés.

Le marché des OPCVM se porte plutôt bien. Depuis le début de l’année, tous les indicateurs sont au vert, à commencer par l’actif net qui a atteint 308,7 milliards de DH le 19 juin, s’inscrivant ainsi en hausse de 2,8%. Cette performance intègre une reprise des souscriptions, alors qu’à la même période en 2014, les investisseurs étaient davantage orientés vers les rachats. Il faut dire que l’amélioration de la situation du marché actions durant les premiers mois de l’année ainsi que de la tendance baissière des taux des bons du Trésor ont permis un regain de confiance qui a poussé les investisseurs à se positionner sur ces instruments de gestion collective. En effet, les souscriptions nettes ont totalisé près de 7 milliards de DH, selon les statistiques disponibles du CDVM. «Bien que la donne se soit inversée avec plus de souscriptions que de rachats, il ne faut pas s’emballer car le volume net des souscriptions reste assez faible», relativise un analyste obligataire.

En tout cas, ce sont les fonds obligataires qui ont enregistré le plus de souscriptions. Les OPCVM obligations court terme affichent un flux de souscriptions nettes de 3 milliards de DH au moment où les transactions sur les fonds obligations moyen et long terme se sont soldées par 2,1 milliards de DH de souscriptions nettes. Les OPCVM actions ne sont pas en reste puisqu’ils ont dégagé une position acheteuse de 853 MDH. Seuls les fonds monétaires affichent grise mine avec un solde négatif de 1,1 milliard de DH. Rappelons que ce segment était le plus prisé par les investisseurs ces deux dernières années car, en plus de la liquidité, il offrait des rendements intéressants. Et en face, la conjoncture ne plaidait pas pour un placement dans les autres classes d’actifs. Les taux des bons du Trésor étaient sur une tendance haussière, impactant ainsi à la baisse la valeur des OPCVM obligations. En outre, le marché actions était toujours en berne. Mais aujourd’hui la donne a changé. Le marché monétaire ne souffre plus autant du déficit de liquidité, et ce, grâce à l’amélioration de la situation économique et à l’abaissement du taux directeur par Bank Al-Maghrib. Ceci a entraîné une correction à la baisse des taux, poussant les investisseurs à s’orienter vers d’autres classes d’actifs, comme le constate un directeur d’une société de gestion : «En cette première moitié de l’année, les investisseurs ont légèrement boudé les classes d’actifs sans risque pour s’orienter vers les actifs risqués à échéance longue dont notamment les fonds actions». Cependant, les produits de taux continuent d’occuper la première place dans le choix des placements des investisseurs, comme l’atteste le volume des souscriptions nettes.

L’indice de performance des OPCVM, tel que calculé par le CDVM, conforte cette tendance. Il ressort à 1,5% pour les fonds obligations moyen et long terme. Cette catégorie a entamé l’année sur une progression qui s’est inscrite dans la continuité de la tendance haussière de l’année précédente ; conséquence d’une baisse régulière de la courbe des taux des bons de Trésor. Toutefois, la tendance s’est renversée pendant quelques semaines où les taux ont enchaîné plusieurs hausses successives, suite aux anticipations des investisseurs d’un autre abaissement du taux directeur. Maintenant que le taux directeur a été maintenu inchangé, les taux ont repris leur chemin baissier. D’un autre côté, les levées du Trésor sur le marché primaire restent maîtrisées. En effet, les finances publiques bénéficient toujours d’une situation confortable et l’argentier du Royaume procède à des émissions qui sont le plus souvent inférieures à ce qui a été annoncé lors de l’élaboration de la Loi de finances. Mieux encore, le Trésor commence même à dégager des excédents comme ce qui a été le cas le mois de janvier où il a réalisé un surplus de 5 milliards de DH. Cette situation n’incite donc pas les taux à remonter et contribue ainsi à revaloriser les titres détenus dans les fonds investis dans les produits de taux.

Pour sa part, l’indice de performance des fonds actions a été ramené à près de 2%, en ligne avec l’évolution du MASI, sachant qu’il avait pointé à 5,14% à fin mars. Il faut dire que le marché actions qui s’était envolé durant le premier trimestre pour atteindre une performance de 6,2% a rapidement été rattrapé par les mauvaises prestations de certaines sociétés cotées. «Certaines valeurs qui offrent habituellement un rendement de dividendes attractif, ont tellement perdu au niveau de leurs cours boursiers qu’il n’est plus intéressant de les acheter sur le marché. Autrement dit, ce que gagne un investisseur en terme de dividendes est consommé par ce qu’il perd sur le cours de la valeur. C’est le cas par exemple du titre Maroc Telecom», explique un gestionnaire de portefeuille dans une compagnie d’assurance.

Ainsi, les OPCVM affichent globalement de bonnes performances depuis le début de l’année. Mais comment devraient-ils se comporter sur les prochains mois, sachant que le marché actions ne cesse de s’enfoncer et que les produits de taux réservent une évolution mitigée ?

Rappelons qu’il y a juste quelques mois, nombre de professionnels recommandaient tout d’abord de miser sur les OPCVM actions puis de répartir le reste entre le segment court, et moyen et long terme des produits de taux.

Actuellement, ces mêmes acteurs sont divisés sur les perspectives d’évolution du marché actions. Si certains plaident pour une poursuite de la baisse en l’absence de tout signal positif, d’autres croient dur comme fer en la reprise du marché. Notre source estime que le MASI devrait finir l’année sur une performance de plus de 5%, ce qui devrait hisser la performance des fonds investis en actions. Toujours selon lui, cette catégorie d’actifs représente un bon placement surtout pour les investisseurs ayant une période de placement de 3 ans et plus. Pour les épargnants plus exposés au risque, notre gestionnaire de portefeuille recommande de s’orienter vers les fonds monétaires et obligations de courte durée, en attendant que la bourse remonte la pente et offre plus d’opportunités de placement.

Les fonds obligations moyen et long terme ne sont pas à exclure. Mais la prudence est de mise car, selon un analyste, «la courbe des taux a tellement baissé qu’il y a plus de probabilité qu’elle augmente plutôt qu’elle baisse davantage». Actuellement, il n’existe aucun élément externe qui pourrait bouleverser la donne. En effet, le Trésor devrait maintenir le rythme de ses levées ou même le réduire légèrement en vue de financer son déficit budgétaire. En cause, l’encaissement du 2e et du 3e acompte de l’IS des sociétés publiques, en plus des dons collectés des pays du Golfe qui devraient être versés au courant de ce semestre. A cela s’ajoute une forte probabilité d’une émission obligataire sur les marchés internationaux. A moins que les investisseurs sur le marché des adjudications n’interviennent pour exiger une rémunération plus élevée que son niveau actuel, les taux des bons du Trésor devraient rester stables jusqu’à fin décembre. Du coup, les fonds obligations moyen et long terme devraient afficher une bonne croissance, mais qui resterait relativement faible par rapport à ce qui a été réalisé l’année dernière. «On est certes loin des niveaux de performance de l’année dernière, où les fonds ont affiché des hausses dépassant les 10%. Mais l’on devrait tout de même assister cette année à des hausses qui varient de 3,5 à 4% pour le segment moyen et long terme», prévoit notre interlocuteur.