Le marché de la dette privée tourne au ralenti depuis 2012

Après une hausse de l’encours de 29% entre 2007 et 2011, le marché de la dette n’a progressé que de 4,4% en 2012. Les banques sont les plus actives avec une part de 50% du total de l’encours. Au premier semestre, les émissions ont baissé de 5,3% à  71 milliards de DH.

Le marché de la dette privée a depuis toujours représenté un moyen de financement alternatif au crédit bancaire par excellence. En effet, l’accroissement des besoins de financement a poussé les entreprises, toutes catégories confondues, à rechercher de nouvelles opportunités de financement et à des coûts compétitifs par rapport au circuit classique, ce qui leur permet de réduire leur degré d’exposition au risque. Ainsi, profitant de l’engouement des investissements pour ce compartimen,t vu le rendement à faible risque qu’il offre, les émetteurs ont recouru massivement aux instruments proposés par le marché et plus particulièrement les titres de créances négociables, à savoir les certificats de dépôts, les bons de sociétés de financement et les billets de trésorerie. C’est ainsi que selon CDG Capital Research, dans son rapport sur le marché des taux au Maroc, «la taille du marché de la dette privée a plus que triplé avec un encours qui dépasse 165 milliards de DH en 2012, contre 44,9 milliards de DH en 2007».

En fait, le contexte financier défavorable a favorisé l’expansion de ce marché. Tout d’abord, le resserrement des conditions d’octroi des crédits en raison de la baisse de la liquidité bancaire a incité les emprunteurs à recourir à d’autres moyens de financement, en l’occurrence la dette privée. D’autant que le manque de liquidité qui caractérise le marché de la dette souveraine, particulièrement sur les longues maturités, a également contribué à diriger les investisseurs vers ce produit de placement.
Cependant, cette tendance haussière a ralenti en 2012. L’encours global a progressé de seulement 4,4% au lieu d’un rythme moyen de 29% sur la période 2007-2011.

Ce sont les obligations privées qui se positionnent en tête dans ce marché avec un encours de 84 milliards de DH en 2012, en augmentation de 211% depuis 2007, soit une part de marché de 50% de la totalité de l’encours. Elles sont talonnées par les certificats de dépôts avec un poids de 36% contre 4,3% à fin 2006. Les bons des sociétés de financement viennent en troisième position avec une contribution de 11% et les billets de trésorerie arrivent en dernière position avec une part de 2%.

Les émissions de dette privée plombées par la conjoncture actuelle

Il faut dire aussi que même les émissions de titres privées ont connu un fléchissement sur l’année 2012. Après un volume de 75 milliards de DH à fin 2011, elles se sont contractées de 5,3% pour s’établir à 71 milliards de DH l’année suivante. Cette contraction s’est poursuivie même au premier semestre de cette année où le volume des émissions sur les six premiers mois de l’année a totalisé 31 milliards de DH, en repli de 28% par rapport à la même période de l’année précédente.

Les analystes de CDG Capital Research expliquent cette décélération par «la hausse des taux des bons du Trésor qui a poussé les émetteurs à réduire leurs recours au marché de la dette privée». En effet, certains émetteurs de dette privée ont prôné l’attentisme et la prudence par rapport à leurs levées surtout que le taux d’émission est indexé sur le taux primaire des BDT qui a subi une hausse considérable consécutivement aux besoins de financement du Trésor. Autrement dit, les investisseurs ont préféré limiter leurs sorties surtout que l’endettement s’est renchéri par rapport au crédit bancaire classique. En tout cas, ce dernier semble être plus compétitif vu que les taux de crédit sont indexés depuis mai 2010 sur le taux moyen pondéré qui s’avère être à un niveau plus intéressant que celui des taux des BDT.

Par ailleurs, les analystes précisent que les investisseurs, de plus en plus méfiants vis-à-vis de l’évolution des taux obligataires, exigent des niveaux de spreads élevés en liaison avec le manque de visibilité du cadre macro- économique global et ipso facto du rythme des levées du Trésor. Pourtant, en dépit de cette conjoncture difficile, le marché de la dette privée est de plus en plus animé par les certificats de dépôts. En cause, le manque de liquidité des banques. En effet, «les banques, qui affichaient des besoins importants en liquidité et en quête d’autres moyens de financement, ont fortement recouru à ce type d’émission», détaillent les analystes. D’ailleurs, le secteur bancaire est le premier émetteur du marché de la dette privée avec une part de 45%, suivies des sociétés de financement et celles de services avec une contribution de 15% chacune. Les holdings, eux, sont présents sur ce marché à hauteur de 9%. Le reste est réparti entre les secteurs de l’immobilier et des BTP qui participent à hauteur respectivement de 6% et 3%. CDG Capital Research conclut que «ces derniers ont plus recours à la dette bancaire pour des raisons d’optimisation de trésorerie».