Le marché de la dette privée toujours boudé par les émetteurs

Les émissions ont totalisé 21 milliards de DH à  fin juin, en recul de 39% par rapport à  la même période de 2014. Les certificats de dépôts ont essuyé la plus forte baisse avec 52%, à  12,4 milliards de DH.

Toujours pas de reprise sur le marché marocain de la dette privée. En dépit de la détente des taux obligataires, les émetteurs ne se bousculent pas au portillon pour se financer à travers les titres de créances négociables. En effet, les émissions ont totalisé 21 milliards de DH au premier semestre 2015, en baisse de 39% par rapport à la même période en 2014. Comment expliquer ce manque d’intérêt pour ce marché ? 

Il faut savoir d’ores et déjà que cette baisse n’a pas touché toutes les composantes de ce marché. Le segment des billets de trésorerie, par exemple, a totalisé des émissions de 6,8 milliards de DH, en hausse de 25% sur une année glissante.

Maghreb Steel et Alliances Darna restent les principaux émetteurs avec un total de 6,2 milliards de DH, soit près de 90% des émissions globales. En fait, ce n’est pas une tendance de fond. Ces deux opérateurs procèdent d’une manière régulière à des reconductions de leurs programmes d’émission vu les difficultés qu’ils éprouvent pour rembourser leurs anciennes levées. Ce qui gonfle le montant de ces opérations. Les autres émetteurs sont toujours présents quoique avec de petits montants à l’instar d’Addoha avec 326 MDH et d’Oulmès avec 100 MDH. Cela dit, la plupart des émissions ont été réalisées sur le très court terme (moins de 32 jours) sur des taux allant de 4 à 4,5%. Ce qui n’était pas le cas une année auparavant où les levées étaient effectuées sur toutes les maturités. Le choix de la courte échéance s’explique surtout par les taux proposés qui enregistrent une baisse allant jusqu’à 2,5 points. En fait, vu que le Trésor s’est complètement désintéressé de cette ligne de financement pour se diriger vers la partie moyenne à longue de la courbe, les taux ont poursuivi leur tendance baissière qui a été déclenchée déjà par l’abaissement du taux directeur de Bank Al-Maghrib.

En revanche, les banques ont lancé des certificats de dépôts d’un montant de 12,4 milliards de DH alors que sur le même semestre de 2014, elles avaient émis pour 27 milliards de DH, soit une chute de 54%. Si les banques ont déserté ce moyen de financement, c’est en raison notamment de l’amélioration continue du déficit de liquidités consécutivement au redressement de la situation de la balance commerciale. De plus, les banques ont tout à gagner en choisissant de se refinancer auprès du principal fournisseur de liquidités, Bank Al-Maghrib, depuis l’abaissement du taux directeur. Ainsi, à fin juin, l’on constate qu’Attijariwafa bank a quasiment déserté le marché avec des émissions qui n’atteignent même pas 1 milliard de DH alors que l’année précédente, elle avait levé 5,7 milliards de DH. De même pour BMCE Bank dont les levées ont reculé de 34,2%, à 4,7 milliards de DH. La Société Générale, elle, a carrément délaissé le marché pendant le semestre précédent au moment où elle s’est financée à hauteur de 4,5 milliards de DH l’année dernière. Notons que la plupart des banques ayant pour habitude de lever des fonds sur le marché des TCN se sont plutôt orientées vers les émissions d’obligations privées. Pour rappel, BMCE Bank a émis un emprunt obligataire de 1 milliard de DH à fin 2014 et un autre de 2 milliards au début de cette année. Idem pour la Société Générale qui a émis pour 800 MDH de dette obligataire privée. Ainsi, vu la baisse tendancielle des taux, les banques ont substitué leur financement court terme par les moyennes et longues maturités. En tout cas, 78% des levées ont été effectués sur une maturité ne dépassant pas une année, avec des taux qui oscillent entre 2,6% et 3,2%, soit un niveau inférieur de 50 pbs à 1,2 point sur une année.

Les bons des sociétés de financement émis par les sociétés de crédit sont également en repli. Bien qu’il y ait plus de sociétés qui se soient dirigées vers ce segment, les montants levés sont faibles avec un total de 1,8 milliard de DH, en baisse de 17%. Pourtant, le contexte est propice pour effectuer des levées obligataires, surtout que ces sociétés continuent de pâtir du manque de liquidité et de la monté des créances en souffrance. Mais elles ont visiblement préféré mettre leurs projets de levées en stand-by, car la volatilité des taux des bons du Trésor entre janvier et fin avril en a dissuadé plus d’un.

Cela dit, dans les conditions actuelles, le marché devrait afficher une reprise des émissions à partir de ce mois. D’un côté, les taux se sont stabilisés, et, de l’autre, les investisseurs institutionnels disposent de cash à placer. Toutefois, c’est le marché de la dette obligataire privée qui connaîtrait davantage de rush. D’ailleurs, plusieurs dossiers sont en cours comme ceux d’Afriquia Gaz, Maghreb Oxygène, le FEC, ADM…