Le marché boursier prend près de 30 % : bulle spéculative ou pas ?

Les avis des analystes restent partagés.
En se basant sur l’étude comparative avec la situation de 1998,
les facteurs d’inquiétude sont moindres.
Marchés plus diversifiés, émetteurs matures, transparence
accrue… on pense que la raison l’emportera.

Laquestion est sur toutes les lèvres. Après trois années consécutives de hausse, et surtout après avoir gagné près de 30 % en quelques semaines seulement, le marché boursier ne devient-il pas trop cher ? Le spectre d’une bulle financière, qui renverrait la place de Casablanca à ses cauchemars de la fin des années 90, hante les esprits.

Certains analystes n’hésitent pas à tirer la sonnette d’alarme, faisant remarquer que le marché à «trop pris» et que «rien ne justifie, économiquement parlant, cette euphorie». D’autres évoquent le fait que «la Bourse est dynamisée par une minorité qui risque de se désengager à tout moment et de porter ainsi atteinte au marché». Enfin, revenant sur les causes qui ont plongé la place dans le marasme pendant trois ans, on fait le parallèle. «L’effet moutonnier a encore une fois fonctionné. La spéculation bat son plein»… Des déclarations qui sont nuancées par celles d’autres analystes qui, eux, paraissent plutôt sereins. «Il n’y a pas un grand risque de sortie massive des capitaux à court, voire à moyen terme, pour la simple raison que ces capitaux n’ont pas vraiment où aller !», affirme l’un d’eux. Un avis partagé par cet autre analyste qui estime qu’il serait toujours plus intéressant pour les investisseurs de placer leur argent sur le marché action qui présente un rendement plus élevé que le marché obligataire et, en même temps, une fiscalité plus avantageuse.

Le marché boursier plus attrayant que d’autres moyens de placement
Si la situation est évidemment exceptionnelle, et n’est expliquée par aucun événement particulièrement fort, elle peut en effet être justifiée par l’attrait du marché boursier par rapport aux autres moyens de placement.
Mais encore, y a-t-il risque d’éclatement ? Les avis divergent, les arguments sont parfois fantaisistes. Attijari Intermédiation, l’une des deux sociétés de Bourse affiliées à Attijariwafa bank, préfère, elle, répondre à la question à travers une étude comparative. Ses analystes ont en effet fait le parallèle entre les niveaux actuels de valorisation et ceux de septembre 1998 qui restent dans les annales boursières comme étant un plus haut historique à partir duquel le marché a amorcé une correction de quatre années consécutives.

Deux approches quantitatives ont été préconisées. La première repose sur l’évolution des multiples de bénéfices du marché (price earning ratio – PER) comparée à l’inverse des taux longs (1/taux des bons du Trésor à 10 ans). La deuxième mettait plutôt le ratio price to book face aux nouvelles caractéristiques du marché.

Selon la première approche, l’écart de valorisation entre les deux marchés actions et taux a été inversé. Par conséquent, estiment les analystes de la société de Bourse, le placement en actions, même aux niveaux actuels, est «non seulement moins cher qu’il y a 8 ans, mais surtout plus attrayant qu’un placement en bons du Trésor». Cela pourrait paraître évident, mais il faut savoir qu’en 1998, l’inverse du taux des bons du Trésor à 10 ans offrait une prime de risque de 10 points, alors qu’aujourd’hui, et compte tenu de la forte baisse qui a caractérisé la courbe des taux, cette prime est devenue négative.

Des perspectives de progression intéressantes
La deuxième approche conclut que le marché traite à un niveau comparable à celui affiché en 1998, mais avec une donne complètement différente : son assise financière a fortement évolué ; les comptes publiés sont plus pertinents et sûrs suite au processus d’assainissement et de conformité aux normes comptables (aussi bien nationales qu’internationales – IFRS et IAS) ; la taille des sociétés cotées est plus significative… Sans parler des introductions imminentes qui promettent une plus grande diversifications des actifs et assurent une liquidité croissante. A cela s’ajoutent, dit-on, la maturité des émetteurs et le processus de transparence dans lequel ils se sont engagés.
Bref, Attijari Intermédiation n’a pas de doute. «La situation actuelle est loin d’être comparable à celle qu’à connue le marché en 1998», affirme-t-on. Et d’ajouter que l’élargissement et la diversification de la capitalisation de la place, la solidité financière qu’acquièrent les sociétés qui la composent, l’amélioration de la communication financière et la croissance de la liquidité confèrent aujourd’hui au marché actions «une base de résistance aux fortes variations».

En quelques semaines, le marché a pris près de 30%, plus que la progression de toute l’année 2005 !