Le manque de liquidités fait exploser le marché de la dette privée

Le volume du marché des titres de créances négociables a doublé par rapport au premier trimestre 2009.
Le recours massif des banques aux certificats de dépôts et le retour des sociétés de crédit aux BSF justifient cette envolée.
Le retour du Trésor sur le marché des adjudications a tiré les taux d’intérêt des TCN à  la hausse.

Le marché de la dette privée au Maroc a connu un engouement sans précédent durant le premier trimestre de cette année. Ce compartiment où les entreprises et les établissements de crédit émettent des Titres de créances négociables (TCN) a en effet doublé de volume, avec des levées qui ont totalisé 16,2 milliards de DH à fin mars 2010 contre 8,4 milliards à la même date en 2009. Ce dynamisme s’explique par deux principaux facteurs : le resserrement des liquidités bancaires et les conditions avantageuses qu’offrent actuellement les TCN.
En effet, le secteur bancaire est caractérisé depuis plus de deux ans par un manque persistant de liquidités. D’une part, le marché interbancaire est structurellement déficitaire de plusieurs milliards de DH, ce qui renchérit le coût de l’argent vu que les établissements bancaires recourent chaque semaine aux avances de Bank Al-Maghrib. D’autre part, le coefficient d’emploi des banques a atteint 92% en raison de plusieurs années de forte croissance de la distribution de crédits et de faible progression de la collecte des dépôts, ce qui a rendu difficiles les conditions de financement.

Le marché des TCN offre des conditions meilleures que le financement classique

Dans ce contexte, les émetteurs se sont rués vers le marché des TCN au cours du premier trimestre 2010, d’autant plus que les conditions de ces instruments étaient plus avantageuses que le financement classique. Les taux d’intérêt sur le marché obligataire (qui servent de référence aux taux des TCN) ont démarré l’année avec de bons niveaux, confortés par un retour progressif du Trésor sur le marché des adjudications et par un appétit grandissant des investisseurs institutionnels.
Cette situation s’est traduite par un recours massif des émetteurs aux instruments du marché de la dette privée durant le mois de janvier. Néanmoins, cet engouement s’est estompé en février à cause de la remontée des taux obligataires. En effet, les taux sur le marché des adjudications ont enregistré des variations allant jusqu’à 80 points de base. Une surchauffe due à la recrudescence des levées du Trésor qui s’est intéressé à l’ensemble de la courbe des taux, y compris les maturités 10 et 15 ans, et ce, après trois ans d’absence. Le manque de visibilité concernant le programme de privatisation et le timing de l’emprunt programmé à l’international, conjugué aux besoins de financement importants du Trésor, explique cette pression sur les taux.
Cela dit, lors du mois de mars, un essoufflement de la hausse a été observé sur le marché des adjudications, ce qui s’est traduit par une reprise des émissions de TCN.
La structure du marché de la dette privée au cours du premier trimestre est caractérisée par la prédominance des certificats de dépôt. Ces titres qu’émettent essentiellement les banques ont totalisé plus de 12 milliards de DH, soit 75% des levées globales sur le marché des TCN. Ce montant est en progression de 150% par rapport au premier trimestre 2009, et ce, malgré la baisse du nombre d’émetteurs. Six établissements de crédit ont été actifs sur ce compartiment avec 39 opérations réalisées entre janvier et mars.

BMCE Bank a émis 41% des certificats de dépôt du premier trimestre

BMCE Bank a été l’émetteur le plus dynamique. Il a concentré plus de 41% des certificats de dépôt du premier trimestre, soit un montant levé de 4,97 milliards de DH justifié en partie par le rachat d’une partie des actions cédées, par Telefonica et Portugal Telecom, du capital de Méditel. La banque a effectué neuf émissions de certificats sur des maturités allant de 3 à 10 mois avec des taux d’intérêt compris entre 3,70% et 4%. Elle est suivie par la Société Générale qui a levé 2,47 milliards de DH à travers neuf opérations également, soit 20,9% du volume global du compartiment. Cet établissement a pour sa part opté pour des maturités plus longues, allant de 12 mois à 5 ans pour des taux d’intérêt compris entre 3,85% et 4,35%.
Non loin derrière, Crédit du Maroc affiche un total émis de 2 milliards de DH, réparti entre huit opérations. Il est suivi par Attijariwafa bank avec une levée de 1,14 milliard de DH, et BMCI avec 867 MDH. Enfin, le Fonds d’équipement communal (FEC) a contribué à hauteur de 550 MDH au volume global du marché.
Notons que les maturités 3 mois et 2 ans ont été les plus prisées par les émetteurs (respectivement 29% et 14% du volume global). Les taux d’intérêt sont majoritairement fixes, à l’exception de certificats de dépôt du FEC qui sont assortis de taux révisables annuellement.

Retour marqué d’Eqdom, Wafasalaf et Salafin aux Bons de sociétés de financement

Le compartiment des Bons de sociétés de financement (BSF) a, lui, été animé par trois opérateurs seulement : Eqdom, Salafin et Wafasalaf. Ils ont effectué des émissions totalisant 1,31 milliard de DH, soit une augmentation de 163% par rapport au premier trimestre 2009. Ce recours plus important aux BSF s’explique par le renchérissement du coût de refinancement des sociétés de crédit. Pour rappel, ces dernières empruntaient essentiellement du secteur bancaire dont les taux ont sensiblement augmenté.

Distrisoft et Maghreb Steel, émetteurs historiques de billets de trésorerie

Wafasalaf a levé 550 MDH, soit 41,8% du volume global. Elle a emprunté sur des maturiés allant de 3 à 5 ans, à des taux compris entre 4,45% et 4,79%. La filiale d’Attijariwafa bank est suivie par celle de BMCE Bank, Salafin, qui a émis pour 450 MDH de BSF avec des maturités de 2 et 3 ans. Enfin, Eqdom a levé 315 MDH sur 2 ans.
S’agissant des billets de trésorerie, Maghreb Steel et Distrisoft continuent de dominer ce marché avec une levée totale de 850 MDH. Il faut dire que les deux sociétés sont des émetteurs historiques de billets de trésoreries, à côté d’autres comme Nexans Maroc qui ne s’est pas encore manifesté cette année. Le montant émis est supérieur de 10% à celui du premier trimestre 2009. Maghreb Steel a levé 820 MDH, soit 96,5% du total, tandis que Distrisoft a émis pour 30 MDH de billets de trésorerie.

Deux emprunts obligataires seulement depuis le début de l’année

Quant aux émissions obligataires, elles se limitent à deux opérations seulement pour un montant levé de 2 milliards de DH, en baisse de 13% par rapport au premier trimestre 2009. La première, d’un montant de 1 milliard de DH, a été réalisée par l’ONCF dans l’objectif de financer le surtoût d’investissement lié au développement de la desserte ferroviaire du nouveau port Tanger Med ainsi que la desserte Taourirt-Nador. La maturité de l’emprunt est de 15 ans et son taux d’intérêt facial est de 5,12%. Il a été largement souscrit par les investisseurs, notamment les OPCVM dont la demande a représenté plus de la moitié de l’offre.
La seconde opération a pour sa part été réalisée par Alliances développement immobilier, constituant la première levée obligataire d’une société immobilière sur le marché marocain. Elle a porté sur un montant de 1 milliard de DH, réparti entre des obligations ordinaires et d’autres convertibles en actions. La maturité de l’émission est de 5 ans et son objectif était de permettre à la société de financement les différents projets immobiliers et touristiques qu’elle s’apprêtait à lancer.