Le ciment regagne la faveur des analystes

Lafarge, Ciments du Maroc et Holcim bénéficient toutes les trois d’une recommandation de surpondération.
La rentabilité des fonds propres demeure supérieure à celle des autres activités industrielles.
Le potentiel d’évolution du secteur lié à la croissance du PIB.

Le secteur cimentier retrouve son éclat en Bourse. S’il n’a jamais réellement perdu de son attrait, il est tout de même passé par des moments difficiles. Les investisseurs ont en effet spéculé pendant un certain temps sur les risques que représentent les importations éventuelles, rendues compétitives avec la signature des accords de libre-échange, notamment avec la Turquie et l’Egypte, deux pays où les prix de revient et de vente sont largement inférieurs à ceux pratiqués au Maroc.
Les craintes des boursicoteurs ont également été justifiées par les résultats «à peine moyens» des cimentiers au terme de 2004, par l’envolée des cours du coke de pétrole et la baisse de la consommation nationale du ciment qui se poursuit depuis quelques mois. A fin avril, les statistiques de l’APC (Association professionnelle des cimentiers) faisaient état d’un recul de près de 2% par rapport à la même période de 2004. Sur une année glissante, la baisse est de l’ordre de 3,4%.
Mais tout cela n’inquiète pas outre mesure les analystes qui se remettent à croire aux valeurs cimentières et atténuent l’impact des «menaces» qui planent sur le secteur. Les notes de recherches récemment publiées le confirment. Et la dernière en date, signée CFG Group, est pour le moins optimiste.
L’étude, disons-le tout de suite, recommande de surpondérer le secteur ciment dans les portefeuilles. Les trois valeurs qui le composent sont toutes recommandées à l’achat. «Lafarge Ciments en priorité, jusqu’à 2 450 DH par action. Ciments du Maroc ensuite, à hauteur de 1 290 DH. Et Holcim, enfin, jusqu’à 1 190 DH», affirme Farid Mezouar, analyste responsable «recherche industrie» et rédacteur de l’étude. Il faut continuer à acheter tant que ces niveaux de cours n’ont pas été atteints. Par contre, il faut vendre si le cours dépasse 2 700 DH pour Lafarge Ciments, 1 420 Dh pour Ciments du Maroc et 1 310 DH pour Holcim Maroc.
Les recommandations sont principalement guidées par trois paramètres : l’importance de la décote (différentiel entre le cours en bourse et la valorisation théorique de la société), la phase du cycle d’investissement et les ratios de valorisation comparables.
Comment justifier l’ordre de préférence ? L’analyste a d’abord retenu Lafarge Ciments et Ciments du Maroc qui recèlent, selon lui, une décote plus importante que celle offerte par Holcim Maroc. Il a privilégié ensuite Lafarge Ciments en raison de ses ratios de valorisation moins élevés, mais aussi à cause de «l’incertitude concernant l’investissement de Ciments du Maroc en Egypte». Le classement de Holcim, troisième sur la liste, s’explique également par les charges d’endettement relativement importantes que ne manquera pas d’occasionner son projet d’investissement qui devra, par ailleurs, améliorer la productivité à long terme. L’analyse avance également quelques réserves en raison de l’incertitude qui plane sur le montage juridico-financier qui sera adopté par Holcim.
Mais, hormis ces différences, les trois intervenants, tous filiales de multinationales puissantes, doivent opérer dans un environnement propice. En témoignent les prévisions faites à l’horison 2010 (voir tableau), mais aussi les perspectives attendues.
Les ventes devraient croître de 5% en moyenne
L’analyse des couples forces/faiblesses et opportunités/menaces (voir encadré) confirme le potentiel de développement du secteur cimentier.
Les ventes en volume devraient croître de 5% en moyenne, avec des prix quasi stables. A moyen et long termes, peut-on lire dans la note, le secteur recèle un important gisement de croissance grâce à trois facteurs.
Le premier est la résorption progressive des besoins en termes d’habitat insalubre. Si on sait que chaque logement social consomme au bas mot 12 tonnes de ciment, et que le déficit de logements en milieu urbain est de l’ordre de 1,24 million d’unités, le calcul est vite fait.
Le second facteur constituant un gisement de croissance est la multiplication des projets d’infrastructure. Outre l’effet direct de ces projets (Tanger Méditerranée, stations balnéaires…), ces derniers stimulent l’économie et exercent une pression positive sur la consommation de ciment.
Enfin, troisième facteur, le faible niveau de consommation par habitant, qui se situe à 310 kg, un niveau inférieur de 120 kg par rapport à celui de l’Algérie et de 203 kg par rapport à celui de la Tunisie. L’urbanisation progressive ainsi que la mise à niveau des zones rurales sont à même de combler ce gap.
Seul hic, note M. Mezouar, la concrétisation de ce potentiel de développement dépend largement de la poursuite de la croissance du PIB à un rythme soutenable de 3 à 4%, laquelle est très sensible à la pluviométrie.
La visibilité sur le secteur est relativement claire. L’analyste avance une hausse du prix de vente du ciment de 2,5% en 2005, en vue de répercuter une partie de la hausse du coût des combustibles. Les prix devront se stabiliser par la suite sous peine de voir la concurrence étrangère devenir menaçante.
Par ailleurs, les cimenteries réaliseront des gains de productivité consécutifs aux différents investissements lancés. Ces gains sont estimés entre 3 et 5 dirhams par tonne produite et seront réalisés à partir de 2005 pour Holcim, 2006 pour Lafarge et 2007 pour Ciments du Maroc.
D’un autre côté, ces investissements engendreront des hausses des dotations et impacteront les résultats financiers de Holcim qui s’endettera progressivement pour financer son investissement de Settat (de 340 MDH en 2005 à 1,9 milliard en 2007).
Les marges EBITDA (résultat avant impôts, intérêts financiers, amortissements et provisions) devront s’améliorer. De 1,3 point pour Lafarge Ciments (pour atteindre 51,5% en 2007), de 2,3 points pour Holcim (41% en 2007) et de 3 points pour Ciments du Maroc (54,6% en 2007).
La rentabilité des fonds propres, elle, devra se situer en 2007 aux alentours de 18% pour Holcim, 20,2% pour Lafarge et 23,6% pour Ciments du Maroc. Des niveaux qui accusent des baisses plus ou moins sensibles par rapport aux rentabilités actuelles, mais qui restent tout de même supérieures à celles des entreprises industrielles.

En une année, les ventes de ciment ont baissé de 3,4% mais les besoins du pays en logements et infrastructures augurent d’une reprise.