Le bitcoin, une nouvelle valeur refuge ?

En 8 ans, la valeur du bitcoin est passée de quelques millièmes à des milliers de dollars ! Au Maroc, le volume quotidien des transactions est d’environ 200 000 dollars. La décentralisation et la transparence des transactions constituent les points forts de cette monnaie virtuelle.

Evolution ou révolution du système monétaire mondial, le bitcoin (BTC) fait de plus en plus d’émules et se démocratise à vive allure dans le monde entier. Alors qu’il valait, à sa création en 2009, quelques millièmes de dollars (0.000764 dollar), il s’échange aujourd’hui à plus de 3 900 dollars. A l’heure où nous mettions sous presse, 16,6 millions de bitcoins circulaient partout dans le monde (il y a à peine une année, ils étaient 15 millions), soit l’équivalent d’un peu plus de 60,4 milliards de dollars. Et les transactions sur cette monnaie atypique dépassent quotidiennement les 300 millions de dollars. Au Maroc, la frénésie pour les bitcoins n’est pas moins palpable. La preuve, un volume d’échanges moyen d’environ 200 000 dollars… par jour !

Mais c’est quoi déjà un bitcoin ? C’est une devise virtuelle, créée par un développeur (peut-être même plusieurs) dont le nom n’a toujours pas été dévoilé, sous le pseudonyme de «Satoshi Nakamoto». Un bitcoin désigne à la fois une monnaie électronique, dite aussi crypto-monnaie, et un système de paiement sécurisé et anonyme entre particuliers. C’est donc une monnaie universelle permettant de payer des biens dans le monde réel. Il est utile de noter que parmi les particularités du bitcoin figure sa divisibilité : techniquement, un bitcoin est divisible jusqu’à 8 chiffres après la virgule, la plus petite subdivision, appelée Satoshi, est de 0,00000001 BTC.

Contrairement aux autres devises physiques, créées par les Banques centrales, le système monétaire des bitcoins n’est adossé à aucun organisme financier et ne s’adapte pas à la production de richesse. En effet, lors de leur création, il a été décidé d’émettre à terme 21 millions de bitcoins et pas un de plus: c’est le réseau bitcoin qui créée cette masse monétaire ; un processus complexe appelé «minage» (voir encadré). La décentralisation de ce système monétaire constitue donc un avantage indéniable, protégeant normalement d’une dévaluation rapide et permettant surtout (théoriquement) aux bitcoins de résister à l’inflation. L’autre gros avantage de cette monnaie d’internet est que chaque utilisateur représente une partie du système, les échanges s’effectuant directement. Ce qui permet d’éviter les frais de traitement ou de virements superflues, et représente un énorme avantage pour les achats électroniques : plus aucun souci pour dépenser même de très petits montants, puisqu’il n’existe aucun plafond ou minima de transferts, les opérations sont aussi libres que si vous payez en espèces. En outre, les bitcoins garantissent aux utilisateurs une grande transparence au niveau des transactions, puisque ces dernières sont publiques, traçables et conservées de façon permanente dans le réseau.

Mais on s’en doutait bien, le monde de la crypto-monnaie n’est pas sans failles. La forte volatilité des cours constitue par exemple l’un de ses plus gros inconvénients, le bitcoin est d’ailleurs plus volatil que n’importe quelle autre devise. Oui, les cours sont définis selon la loi de l’offre et de la demande et oui, le système n’est lié à aucune banque centrale…, mais il serait crédule de croire que cette monnaie soit totalement déconnectée du système financier ou qu’elle ne subit pas d’une quelconque manière une pression de sa part. Il faut reconnaître que les mouvements de cette devise électronique sont très corrélés à des annonces de Banques centrales (FED, BCE) ou encore des plateformes e-commerce qui font planer les rumeurs d’acceptation de cette devise. Cela est dû non seulement au manque de reconnaissance de cette monnaie (la moindre annonce a par conséquent un impact significatif sur son cours), mais aussi en raison du faible volume de transactions (comparé à l’euro ou au dollar). Plus le nombre d’utilisateurs va augmenter, moins le bitcoin sera volatil. En remontant à décembre 2013, par exemple, le BTC a chuté de 35% après une mise en garde de la Banque centrale chinoise contre cette devise. Plus récemment, en début de ce mois de septembre, la Banque centrale chinoise a décidé de s’attaquer à l’ICO (Initial coin offering), qui est une méthode de levée de fonds à travers la crypto-monnaie de plus en plus prisée. L’impact de cette décision s’est fait directement ressentir sur les marchés, puisque la valeur du bitcoin a chuté en une demie-journée, passant de 4 584 à 4429 dollars. Un autre point ne plaidant pas en faveur du BTC est celui de l’irréversibilité des transactions. Cette caractéristique qui constitue pourtant un avantage pour les commerçants est loin d’être avantageuse pour l’acheteur. Car une fois le virement en bitcoins effectué, il n’y a pas de possibilité d’annulation ou de retour en arrière. Il est donc important de ne pas se tromper de destinataire.

L’autre côté moins séduisant de la monnaie virtuelle est celui du risque de piratage. La vigilance revêt toute son importance dans ce monde. En effet, utiliser le bitcoin demande des précautions personnelles. Stocker ses bitcoins se fait sur son propre ordinateur, sur un portefeuille en ligne ou sur un portefeuille hardware (clé usb). Il est donc primordial que l’ordinateur soit très bien protégé et que le site internet fournisseur de portefeuille soit suffisamment sécurisé contre les attaques des hackers.

Avant d’investir dans les bitcoins, il faudrait bien évidemment prendre ces risques en considération. En tout cas, vous avez la possibilité de vous en procurer auprès de vendeurs de bitcoins étrangers, moyennant pour ce faire une carte bancaire internationale. Vous serez cependant limités par un plafond d’achat de 10000 DH par an, conformément aux dispositions de l’Office des changes relatives à la dotation annuelle d’achats sur internet qui ne peut excéder ce montant. Notons quand même que pour l’achat d’1 bitcoin, il faudra débourser un peu plus de 34 200 DH. L’autre option qui s’offre à vous est celle de l’achat direct auprès de vendeurs marocains, qui présente beaucoup plus d’avantages. Puisqu’il n’y a aucune limite d’achat, car la transaction se fait en dirhams, soit par virement ou par cash à la convenance du vendeur. Vous pouvez même rencontrer votre vendeur dans un café et le payer en main propre. Une économie de temps et une sécurité plus rapprochée.

Mais avant d’envoyer ou recevoir des bitcoins, il vous faudra un porte-monnaie numérique (ou e-wallet). C’est l’endroit où vous allez entreposer vos BTC et qui vous permettra de commercer en cette monnaie. Une étape importante lorsque l’on possède des bitcoins, c’est de bien choisir son portefeuille de stockage. On distingue deux grandes familles de portefeuilles BTC. Le premier est le wallet local que vous pouvez télécharger sur votre ordinateur, mobile ou tablette, et y accéder en permanence. Ce type de portefeuille est téléchargeable sur plusieurs sites, notamment bitcoin.org, electrum.org, multibit.org, etc. Vous devrez cependant disposer d’un espace disque assez conséquent pour le téléchargement, processus qui nécessite généralement près d’une journée complète de construction d’une copie locale avant utilisation. Détenir un portefeuille local reste cependant optionnel, mais il est fortement recommandable de l’avoir par mesure de sécurité (si par malheur la plateforme en ligne est piratée, votre portefeuille et vos bitcoins seront perdus à jamais !).  On distingue également le portefeuille en ligne, indispensable pour l’achat et la vente des BTC. Pour ce faire, il faudra s’inscrire sur une plateforme d’échange, et là aussi on a le choix entre plusieurs plateformes. «Le site localbitcoins.com est ce qu’il y a de mieux pour acheter ou vendre des bitcoins, parce qu’il dispose d’un système de notation des vendeurs», explique un propriétaire de bitcoins. En effet, sur ce site les vendeurs sont notés en fonction du nombre de transactions qu’ils ont effectuées, le pourcentage des ventes menées à bien, le(s) moyen(s) de paiement accepté(s) par ces derniers…

Concrètement, s’inscrire sur un site de bitcoin en ligne est aussi facile que la création d’une adresse mail ou d’un compte facebook. Vous renseignez un formulaire (nom, prénom, adresse mail, etc.) et votre portefeuille est instantanément créé et est assorti d’une clé unique d’identification, l’équivalent d’un numéro de RIB classique. C’est ce même ID que vous transmettez à l’autre partie lors d’une transaction. Pour acheter des bitcoins, vous notez le nombre de BTC que vous souhaitez acheter. La plateforme en ligne vous propose une panoplie de vendeurs locaux qui renseignent sur le prix et le nombre de BTC qu’ils sont prêts à vendre. Il est recommandable de choisir un vendeur qui a déjà plusieurs ventes à son actif et aucun problème signalé, c’est le pourcentage qui figure à côté de son alias et du nombre de BTC qu’il a à vendre. Une fois entré en contact avec le vendeur qui vous convient et la quantité à acheter validée, celle-ci va être bloquée sur le site en ligne, ce qui permet d’effectuer un paiement en toute sécurité. Le vendeur donne à l’acheteur l’accès à ses coordonnées bancaires. Celui-ci peut se présenter à n’importe quelle agence bancaire afin de verser la somme sur le compte du vendeur et récupérer dans la foulée un reçu de versement ou un code de transfert qu’il devra envoyer au vendeur. Une fois l’opération effectuée, les bitcoins sont débloqués par le site et sont transférés au wallet en ligne de l’acheteur. Comme expliqué plus haut, pour un maximum de sécurité, les bitcoins peuvent être transférés vers un autre wallet local.

Notons qu’au Maroc la monnaie virtuelle est principalement utilisée dans un but spéculatif, du fait de son caractère fortement volatil. Elle peut également être utilisée sur des sites marchands étrangers qui acceptent d’étre payés en BTC, par exemple Microsoft ou certains sites de voyages (Expedia.com, cheapAir.com), d’habillement, etc. Ce qui est intéressant en soit, puisque l’achat à l’étranger se fait sans être limité par un plafond (contrairement à la dotation touristique).

A coté du bitcoin, il existe aujourd’hui plus de 1000 crypto-monnaies ! Et de nouvelles apparaissent au fur et à mesure! En fait, créer une crypto-monnaie, ce n’est pas beaucoup plus compliqué que paramétrer un bout de code. D’ailleurs, vous pouvez très bien récupérer le protocole du bitcoin et créer votre propre fork, c’est-à-dire : votre propre monnaie virtuelle. Chaque monnaie possède ses propres caractéristiques (des protocoles, des réglages sur les algorithmes, une manière de fonctionner, ou une ambition ou une direction) qui les rendent adaptées pour un usage ou un autre. Parmi les autres crypto-monnaies les plus connues, il y a Litecoin, primecoin, Monero, Namecoin et Feathercoin. Les monnaies cryptographiques ne sont pas encore démocratisées car leur fonctionnement est encore peu connu du grand public.

La production d’une crypto-monnaie repose sur l’activité du «minage». Pour ce faire, un réseau d’ordinateurs connectés 24h/24 qui effectuent et/ou vérifient les transactions monétaires du réseau, procèdent à des calculs pour augmenter le nombre de «coins» (parfois appelés token) de la monnaie, en d’autres termes pour augmenter la masse monétaire (limitée in fine à 21 millions). Les mineurs sont donc rémunérés pour ce travail en monnaie crypto. Avec le nombre croissant des mineurs (particuliers ou autres), ces derniers s’associent ou rejoignent un groupe ou une communauté pour créer une synergie et augmenter la puissance de calculs afin d’obtenir de meilleurs résultats et augmenter les gains. Le minage est théoriquement accessible pour tout individu disposant d’un ordinateur (ou toute machine de calcul voire une console de jeu), ceci dit, les résultats dépendent fortement de la puissance et la vitesse de calcul du matériel utilisé, ce qui rend l’activité moins rentable sinon pas du tout pour un simple individu avec un matériel basique.