La récente baisse de la bourse brouille les analystes

L’OPR de la CGI et l’introduction en bourse de Dar Saada devraient dynamiser les transactions.
.Les professionnels restent partagés sur le maintien de la performance des indices.
.Alors que certains privilégient l’immobilier, les cimenteries et les banques, d’autres favorisent les services aux collectivités et l’agroalimentaire.

La Bourse de Casablanca accumule les pertes depuis plus d’un mois. En effet, après avoir enchaîné les progressions depuis le début de l’année, pour atteindre une hausse de 13,8% le 3 novembre, l’indice de toutes les valeurs a ramené sa performance à 7,4%. Certains analystes attribuent ce renversement de tendance à l’effet fin d’année, autrement dit aux opérations de marquage des cours par les investisseurs institutionnels. Il y a aussi le retrait de la CGI de la cote et le profit warning publié par la Samir qui ont enfoncé davantage le MASI. D’autres, en revanche, estiment que la progression du marché boursier était à la base davantage technique que fondamentale, donc fragile. Selon eux, même si la situation économique globale s’améliore, plusieurs indicateurs sectoriels sont toujours en dégradation, à l’instar de la baisse des mises en chantier, de la poursuite du retrait de la consommation nationale du ciment, du ralentissement de la progression de l’encours des crédits… Ils considèrent ainsi que la bourse a été tirée aussi bien à la hausse qu’à la baisse par une poignée d’investisseurs étrangers, qui s’était positionnée à l’achat, puis à la vente et qui ont été suivis par quelques intervenants marocains. Autrement dit, le marché souffre toujours des mêmes maux, le principal étant le manque de liquidité. Du coup, le peu de transactions réalisé améliore la performance du marché ou l’enfonce. D’ailleurs, au 12 décembre, le volume quotidien moyen du marché central était en baisse de 4% par rapport à la même période de l’année précédente, à 104 MDH.
Cela dit, les professionnels restent optimistes quant à l’évolution des cours sur les prochaines semaines. En effet, l’OPR de la CGI devrait libérer du cash (près de 3 milliards de DH de capitalisation flottante) qui devrait être réinjecté dans d’autres valeurs. En attendant, les investisseurs sont en train de scruter les actions à fort potentiel de croissance ainsi que les titres qui proposent un bon rendement de dividendes en vue de s’y positionner. A côté, les analystes estiment que bien des investisseurs sont en train de se désengager des valeurs dont la croissance potentielle a été consommée pour se positionner sur la prochaine recrue à la cote : Résidences Dar Saada. Ces deux opérations devraient non seulement booster la volumétrie, mais également améliorer la rentabilité du marché. En outre, le retrait de la CGI devrait permettre d’atténuer la cherté de la bourse marocaine vu que le titre dispose, à côté de BMCE Bank, de l’un des multiples des bénéfices les plus élevés.

Comment sera le marché après l’effet de CGI et Résidences Qar Saada ?

Là, les avis divergent. Il y a les analystes qui tablent sur la poursuite du dynamisme attendu des opérations CGI et Dar Saada et ceux qui prévoient le retour du statu quo. Toutefois, leurs opinions convergent vers la sortie du marché du cycle baissier et le maintien de sa performance sur un territoire positif. Mais là aussi, le niveau de cette hausse ne fait pas l’unanimité. Le premier groupe de professionnels, qui prévoit une croissance forte, fonde son argumentation sur le comportement historique du marché suite à des ouvertures de capital en bourse. L’un d’eux explique: «La place s’est toujours bien portée suite aux introductions en bourse et a même maintenu son rythme ascendant sur une longue période. Cela devrait s’accompagner évidemment d’une amélioration de la conjoncture économique globale. Et c’est le cas actuellement avec la bonne campagne agricole qui s’annonce et le redressement des finances publiques». D’autre part, les investisseurs sont prêts à se réorienter vers les actifs risqués, sachant que cette année ils privilégiaient principalement le marché obligataire vu les niveaux de rendement qu’il a offerts.

Le deuxième groupe d’analystes ne voit pas les choses de la même manière. Selon eux, la reprise du marché n’est toujours pas solide et n’est pas le fait d’éléments fondamentaux. Elle est alimentée seulement par des rebonds momentanés qui devraient finir par s’estomper. «La bourse n’a pas besoin que des introductions pour se redresser. Certes, elle devrait s’inscrire sur un trend haussier enclenché par ces opérations, mais cette tendance doit être appuyée par l’amélioration continue des résultats des sociétés cotées», signale un gestionnaire de portefeuilles. Or, cette année, on aboutira fort probablement à un retrait des bénéfices de la cote en raison de la chute des résultats de la Samir. Ce groupe de professionnels plaide donc pour la poursuite de l’amélioration de la performance de la place, mais qui devrait demeurer faible.

Dans tous les cas, quels seraient les secteurs porteurs l’année prochaine ? Les analystes contactés sont dans leur majorité en train d’actualiser leurs recommandations et perspectives mais l’on peut déjà dire que là encore ils sont divisés. Certains continuent de privilégier notamment les secteurs immobilier, cimentier et bancaire alors que d’autres recommandent plutôt les services aux collectivités, les télécoms et l’agroalimentaire.
Le secteur immobilier devrait continuer à bien se porter grâce au dynamisme du segment social. Il est vrai que les mises en chantier sont en baisse, mais, relativise un analyste, «ce repli est la conséquence du retrait du marché des promoteurs spéculateurs qui ont accaparé l’essentiel de la demande sur les trois dernières années. Hormis cet effet, les mises en chantier se seraient stabilisées». De plus, les valeurs immobilières ont bien reculé depuis le début de l’année, avec des baisses de 24% pour Addoha et 30% pour Alliances, et représentent actuellement une opportunité de placement intéressante.

Pour sa part, le secteur du ciment présente des perspectives de croissance favorables, d’une part, en raison de ces deux années de baisses successives des cours jamais enregistrées par les valeurs cotées, et, d’autre part, à cause de la relance attendue du secteur du BTP et des investissements publics.

Le secteur bancaire, lui, ne fait plus l’unanimité comme auparavant. Alors que tous les analystes recommandaient les valeurs bancaires à l’achat, ils ne sont actuellement que quelques-uns à maintenir cette recommandation, et encore ! Il n’y a plus qu’Attijariwafa bank et la BCP qui séduisent encore les analystes. Quoi qu’il en soit, le secteur ne devrait pas enregistrer une croissance remarquable de son PNB vu le ralentissement continu de l’encours des crédits. Toutefois, le coût de risque a de fortes chances de se contracter au regard de l’amélioration de la situation économique globale. Les valeurs du secteur ne sont donc plus considérées comme à fort potentiel de croissance mais plutôt comme un moyen pour stabiliser la volatilité des portefeuilles.
De son côté, un gestionnaire de fonds favorise les valeurs dont le PER est inférieur à la moyenne du marché et dont le rendement de dividendes est plus élevé. En ce sens, il privilégie Maroc Telecom, davantage pour son statut de valeur de fond de portefeuille que pour les perspectives de progression de son cours en bourse. Il recommande aussi de se positionner sur le secteur agroalimentaire et des services aux collectivités. «Les sociétés cotées de ces secteurs offrent un taux de rendement appréciable. De plus, leur activité est stable et ne peut être affectée par des éléments exogènes ou encore un renversement de tendance accentué». avance-t-il.