La location de caftans, un business qui rapporte !

On peut démarrer l’affaire avec un budget de 300 000 DH. Jusqu’à  160 000 DH de bénéfice annuellement en début d’activité.

La saison des célébrations des fêtes a débuté il y a plusieurs semaines et connaîtra son pic après Ramadan. Mariages, fiançailles, baptêmes…, la majorité des événements familiaux se fête en effet à partir du printemps jusqu’au début de l’hiver. Ce qui fait le bonheur des vendeurs de tenues traditionnelles pour femmes surtout. Mais aussi les boutiques spécialisées dans la location de ces tenues. Sur les dernières années, elles poussent comme des champignons en raison d’une demande croissante. Car nombre de clientes préfèrent désormais louer une tenue pour assister à une fête plutôt que de l’acheter. Cela leur permet évidemment de varier les tenues portées et de coller à la mode, mais en même temps d’économiser un budget conséquent. Cette tendance a même poussé les boutiques qui étaient spécialisées dans la couture et la vente à réserver une partie de leurs collections à la location. Car, pour certaines, les revenus générés de la vente ont baissé en raison justement de la réorientation de la demande vers la location. Précisons que «la demande sur la location émane surtout des jeunes clientes ; leurs aînées restent portées sur l’acquisition», estime Fatim Zahra Lahlou, gérante de So Chic Event.

Le business est donc juteux, mais il n’est pas sans risques: saisonnalité, pertes matérielles, absence de garantie… (voir encadré). Par ailleurs, le métier requiert une formation, sinon des connaissances dans le domaine de la couture. Néanmoins, l’investissement de départ n’est pas conséquent.

En effet, une boutique de location de tenues traditionnelle d’une superficie de 60 m2 requiert un investissement d’environ 300 000 DH. Elle doit être bien située, dans un quartier assez fréquenté. Une superficie de
60 m2 ou même moins est suffisante pour commencer, et il est évidemment déconseillé d’acquérir un local en début d’activité. Il vaudrait mieux rester locataire jusqu’à ce que la boutique soit réputée sur le marché. Pour l’aménager, un coût de 50 000 DH est à prévoir. Car le local doit inclure un espace pour l’essayage des tenues et un autre pour leur exposition. Cela sans oublier une partie réservée au bureau du propriétaire. De plus, il faut prévoir de refaire l’électricité en optant pour les lampes spot.

L’équipement du local n’exige pas non plus un grand investissement. Il s’agit de mettre en place des barres pour cintres, des paravents pour la partie essayage ou des rideaux, des miroirs… Cela pour une somme de 20000 DH. En outre, la décoration, l’achat des cintres, des housses, d’un ordinateur, d’un bureau, des chaises ou fauteuils pour l’accueil des clientes devrait nécessiter un budget de 30 000 DH. L’essentiel après cela, c’est de «constituer son premier stock de tenues avec 20 pièces en moyenne et d’en rajouter chaque mois quelques-unes», recommande Fadwa Sabiry, styliste et propriétaire de Moroccan look. Sachant qu’en moyenne la confection d’une tenue coûte 4 000 DH avec une fourchette variant de 2 000 DH pour les pièces simples à 6 000 DH pour les pièces plus raffinées, exigeant beaucoup de travail, le premier stock de tenues devrait coûter 80 000 DH. Notons que le coût de la couture peut dépasser cette fourchette, selon la qualité de la broderie ou les pierres incrustées… Aussi, une tenue faite à la main coûte nettement plus cher qu’une autre faite à la machine. Pour la constitution du premier stock, il est fortement conseillé de ne pas recourir à l’achat des pièces auprès des boutiques de vente, mais plutôt de les faire coudre, tout en tenant compte des tailles et des modèles. Car il est essentiel de varier les styles, du plus sobre au plus extravagant.

A côté des tenues traditionnelles, il faut prévoir des robes de mariée. A un prix moyen de 15 000 DH l’unité, 5 robes sont suffisantes pour faire tourner la machine et ce à un budget de 75 000 DH.

En plus d’un fonds de roulement de 30 000 DH, l’investissement de départ devrait ainsi nécessiter quelque 300000 DH.

Quand les premières demandes de location commencent à tomber, le propriétaire devrait suivre les tendances du marché et être à jour par rapport aux modèles, aux types de couture et aux couleurs. Par la suite, en plus de la vingtaine de tenues confectionnées en début d’activité, il devrait acquérir en moyenne 5 autres tenues par mois. A ce stade, Bouchra Falah, propriétaire de la boutique Lina Style à Rabat, préconise que 95% des tenues de la collection soient réalisées selon la tendance du moment ; les 5% restants devraient être constitués de modèles exclusifs ou qui sortent de l’ordinaire. Ainsi, avec la confection de 5 pièces mensuellement, la propriétaire devrait supporter une charge de 18 000 DH, à raison de 3 000 DH chacune. Il faut également prévoir l’acquisition de 3 tenues simples de type caftan ou gandoura à un prix de couture moyen de 1000 DH, soit 3 000 DH. Du coup, la charge annuelle liée au renouvellement des tenues totalise 216 000 DH.

Par ailleurs, chaque tenue portée devrait obligatoirement être remise au service de pressing qui facture en moyenne 50 DH par pièce (jusqu’à 100 DH). Dans notre modèle, la propriétaire devrait supporter une charge de 26 000 DH annuellement, sachant que 20 tenues sont louées par semaine pendant la haute saison et 5 durant la basse saison. «Il ne faut pas exclure non plus l’éventualité que les tenues, surtout les plus fragiles, aient besoin de retouches aprèsremise à la boutique», met en garde Mme Lahlou. Pour cela, il faut prévoir 500 DH mensuellement pour les retouches.

En plus d’un loyer de 6000 DH mensuellement, du salaire d’une chargée de clientèle de 3 000 DH et des frais de service de 1 000 DH, les charges récurrentes s’élèvent à près de 370 000 DH par an. Elles peuvent atteindre un budget plus important si l’on intègre les dépenses liées à l’entretien du local, à sa rénovation, au renouvellement de la décoration…

Comme mentionné précédemment, l’été est la saison pendant laquelle la demande pour la location de tenues atteint son pic. Du coup, les prix vont crescendo suivant cette demande. En effet, si une tenue est mise en location à 700 DH en été, elle peut être proposée à moitié prix le reste de l’année. Le propriétaire d’une boutique de location de caftans bien située et qui propose des pièces de qualité peut louer 20 tenues par semaine pendant les 4 mois de la haute saison. En revanche, sur les 8 mois restants, il peut espérer mettre en location 7 tenues par semaine. Sur la base de ce modèle, et en tenant compte de la location des cinq robes de mariée à un prix de 2 500 DH chacune par mois, l’activité peut générer des recettes de plus de 530 000 DH par an. Notons qu’il suffit qu’une tenue ayant coûté 3500 DH pour la couture, soit louée 5 fois à un prix unitaire de 700 DH pour qu’elle soit amortie. «Une tenue a une durée de vie limitée. Elle peut être portée 15 fois au maximum», précise Mme Sabiry. Sachant cela, les 10 autres fois où la tenue serait mise en location génèrent 100% de profits.

En déduisant les charges, le bénéfice annuel ressort à un peu plus de 160 000 DH par an au début de l’activité. Notons que la plupart des boutiques sont constituées sous le statut juridique de personne physique. Du coup, c’est le régime de l’impôt sur le revenu, forfaitaire généralement, qui est appliqué. En tout cas, dans notre exemple, la marge bénéficiaire brute se situe à 30%. Celle-ci peut dépasser 35% si la propriétaire combine la vente des tenues et la location.