La liquidité du marché boursier continue de se dégrader

Le ratio de liquidité est passé de 20% en 2007 à 6,3% en 2015. La présence de plus en plus faible des particuliers et des étrangers et les flottants réduits des sociétés cotées expliquent ce fort recul. Plusieurs mesures sont nécessaires pour améliorer «l’efficacité» du marché.

Le marché boursier a emprunté une trajectoire ascendante depuis le début de l’année. Le 2 mai, le Masi affichait une performance de plus de 11%, fruit d’un redressement des résultats des sociétés cotées et de la surliquidité des investisseurs dans un contexte d’effritement des taux et des levées du Trésor sur le marché obligataire. Toutefois, cette bonne orientation des cours ne s’est pas accompagnée d’une amélioration des principaux indicateurs de performance de la place. En effet, le volume moyen quotidien sur le marché central est toujours en baisse (-8% au 2 mai par rapport à la même période en 2015, à 100 MDH). Le ratio de liquidité du marché (volume rapporté à la capitalisation), quant à lui, ressort à 6,3% alors qu’il était aux alentours de 20% en 2007. Ce dernier indicateur est le principal baromètre de performance d’une bourse, la liquidité étant au cœur des stratégies d’investissement. Son essoufflement est un réel facteur de risque, à l’origine d’une perte d’efficience, voire de la distorsion d’un marché. D’ailleurs, c’est ce qui a valu à la place casablancaise d’être déclassifiée, en 2013, de l’indice MSCI Emerging Markets de la banque d’affaires Morgan Stanley.

Plusieurs facteurs historiques pèsent sur la liquidité du marché. Il y a d’abord la chute de la part des transactions des personnes physiques dans le volume global du marché (-55% entre 2007 et 2015). En effet, si 36% des volumes du marché central étaient générés par les personnes physiques en 2007, ces derniers n’ont réalisé qu’environ 6% des transactions en 2015. La perte de confiance induite par l’éclatement de la crise financière mondiale en 2008 et la désillusion des investisseurs qui ont participé massivement aux introductions en bourse de 2006 et 2007 et qui ont perdu de l’argent par la suite sont à l’origine de cette dégringolade.

Une bourse toujours chère

Ensuite, il y a la cherté de la place qui limite son attractivité, notamment vis-à-vis des étrangers. En effet, le PER (capitalisation boursière rapportée aux bénéfices des sociétés cotées) se situe à plus de 17, soit un niveau parmi les plus élevés de la région et des bourses comparables. Par conséquent, les volumes sur le marché central réalisés par les personnes morales étrangères ont diminué de plus de 45% entre 2007 et 2015.

Enfin, sur les 76 sociétés cotées, une bonne partie est peu, voire très peu liquide (Salafin, Colorado, Dari Couspate…). En dépit de leur taux de cotation élevé (entre 70% et 100%), elles sont difficilement échangeables sur le marché en raison de la faiblesse de leurs flottants en bourse. Les sociétés cotées sur le compartiment principal et dont la capitalisation flottante est significative drainent l’essentiel des volumes. Les autres, celles cotées dans les compartiments «Développement» et «Croissance» font l’objet de très peu de transactions.

Ceci dit, les réformes intervenues ou à venir (prêt-emprunt de titres, marché à terme, compartiment PME, ETF…) pourraient redonner de la visibilité et rétablir la confiance des investisseurs qui ont boudé la place. Il s’agit juste de les accélérer en harmonisant les actions de toutes les parties prenantes (organisme gestionnaire du marché, autorité de contrôle, intermédiaires…). Mais surtout, tout le monde s’accorde sur le fait qu’il faudra encourager les introductions en bourse, surtout celles des grandes structures publiques et privées afin d’attirer de nouveau les petits porteurs. Il s’agira aussi de fidéliser ces derniers pour ne pas tomber dans le scénario des années 2006 et 2007 où les souscripteurs se désengageaient deux à trois mois seulement après les opérations d’introduction. Repenser les mécanismes d’incitations fiscales, notamment le Plan d’épargne actions, est à ce titre préconisé. Les PME peuvent aussi contribuer à renforcer la taille et la liquidité du marché, surtout si elles sont visibles (compartiment dédié) et accompagnées du début à la fin. Le programme ELITE, lancé par la Bourse de Casablanca et la place londonienne, devrait permettre d’attirer certaines structures à fort potentiel de croissance sur le moyen terme. Mais parallèlement à toutes ces mesures, la conjoncture économique doit bien entendu être favorable pour permettre un regain de dynamisme sur le marché. Des résultats satisfaisants des sociétés cotées ont toujours exercé un effet bénéfique sur l’ensemble des paramètres du marché boursier.