La hausse des bénéfices pourrait dépasser les 50 %

Les analystes prédisent un bon cru 2003.
Les holdings, ciments et matériaux de construction ainsi que les banques
tireront la croissance.
Retour à la normale après une année 2002 fortement baissière.

A quelques jours du délai officiel pour la publication des résultats 2003, le marché s’agite et le retour de confiance est perceptible. Les traders le confirment : les investisseurs se positionnent au fil des déclarations des dirigeants et des tenues de conseils d’administration arrêtant les comptes. Un réflexe inhérent aux marchés boursiers, mais qui a fait défaut au cours des trois dernières années.
Si la couleur a été affichée par quelques sociétés cotées (Cimar, BCM, Wafabank, Aluminium du Maroc…), rien n’est encore joué. Pourtant, analystes et observateurs s’attendent à une importante croissance bénéficiaire cette année. Alors qu’en 2002, les résultats cumulés des sociétés cotées avaient chuté globalement de 45 % (cf. Spécial Résultats 2003, édité par La Vie éco le 6 avril 2004), on prévoit cette année une évolution dans les mêmes proportions, voire plus, mais en sens inverse. Autrement dit, si tout se passe comme espéré par les analystes, les sociétés cotées dégageront un résultat net en progression de près de 60 %, voire plus, soit quelque 2,7 milliards de plus qu’en 2002. Les secteurs qui tireront la cote vers le haut seront, dans l’ordre, les holdings, ciments et matériaux de construction, et banques. La distribution et l’agroalimentaire stagneront, le crédit à la consommation n’apportera pas grand-chose et le raffinage, donné perdant, a comblé le déficit d’exploitation par des plus-values financières non courantes. Seule inconnue : le secteur des assurances. Tout dépendra en effet de «l’effort de provisionnement» qui sera déployé par Wafa Assurance, compagnie qui évolue désormais dans le giron de la BCM.
Dans l’attente d’avoir les résultats détaillés par société, nous avons sondé pour vous les analystes, pour avoir une idée des évolutions sectorielles.

Holding : résultats marqués par la nouvelle hiérarchie ONA/SNI
Composé essentiellement de l’ONA et de la SNI, ce secteur a connu en 2003 une grande restructuration. L’ONA n’est plus la maison-mère de la SNI, c’est l’inverse qui est vrai aujourd’hui, consacrant la SNI dans son rôle de holding de participation. Le scénario de la fusion entre les deux entités avait en effet été écarté parce que compliqué et coûteux pour l’actionnaire de référence. La gymnastique avait aussi un but financier, à savoir le rééquilibrage financier d’un ONA «trop endetté» et d’une SNI «trop liquide».
L’exercice 2003 sera le premier qui reflétera cette donne. Le résultat global du secteur progressera, si on fait confiance aux supputations de Upline Securities, de près de 1,4 milliard de dirhams. Le chiffre peut paraître énorme, mais il faut garder en tête qu’en 2002, les résultats du secteur « holdings » étaient fortement pénalisés par les petits résultats de l’ONA. Pour le premier exercice de Bassim Jay Hokeimi à la tête de l’ONA, le résultat net part de groupe (RNpg) était passé de 1,7 milliard de dirhams à… 58 millions. Retour à la normale, donc, avec un premier élément qui ne fait que remettre les pendules à l’heure, après une année de « restructuration financière ». La manœuvre visait en effet à assainir les comptes en constatant des amortissements des écarts d’acquisition (survaleur) tout en reflétant les mauvaises performances des activités d’assurance (AXA Assurance Maroc) et de banque (effort exceptionnel de provisionnement à la BCM).
La restructuration aura pour principal effet de mettre un terme à la contribution de Lafarge, de Sonasid et de la SNI dans le résultat de l’ONA. Ce qui va se ressentir sur les réalisations du principal animateur du marché boursier marocain.
Flash-back sur les résultats au 30 juin 2003 de l’ONA : un chiffre d’affaires consolidé de près de 11 milliards de dirhams (+5,4%) tiré essentiellement par l’agroalimentaire (5,3 milliards, +9,4 %) et la distribution (3,7 milliards, +6,3 %) et sanctionné par la baisse des mines (-12,2 %). Et un Résultat net part du groupe de 475 millions de dirhams, en hausse de 15,5 % par rapport à la même période de 2002.

Ciment et matériaux de construction : une belle conjoncture pour des années encore…
A la date du 15 mars, deux sociétés du secteur avaient déjà publié leurs comptes. Ciment du Maroc dont le résultat net progresse de 35,9 % à 556 MDH et Aluminium du Maroc qui affiche un bénéfice net de 40,7 millions, en augmentation de 37,2 % par rapport à 2002. Leurs chiffres d’affaires ont respectivement évolué de 11,0 % à 1,88 milliard et 3,9 % à 258,3 MDH.
Le ton est ainsi donné et les résultats de Lafarge et Holcim Maroc pourraient être tout aussi éloquents. Les entreprises du secteur bénéficient d’une conjoncture particulièrement favorable née du lancement de plusieurs projets d’envergure (logement social, infrastructure, port Tanger Méd, zones touristiques…) et du potentiel que représente le marché au regard de la faiblesse de la consommation per capita du ciment au Maroc, par rapport à des pays comparables.
Le secteur, qui profitera de cet élan de croissance pendant quelques années encore, bénéficie également d’un régime douanier protecteur pour le moment. Les entreprises se préparent sérieusement à la perspective du démantèlement douanier qui ouvrirait le marché marocain aux produits européens. A l’exception de Cimar, toutes les sociétés du secteur sont en phase d’investissement. Les projets en cours sont relativement importants et visent, dans leur majorité, à augmenter les capacités de production et à améliorer la productivité. Pour l’exercice 2003, le secteur aura amélioré ses réalisations de près de 30 %.
Banques : le retour à la normale de la BCM annulé par les provisions de Wafabank
La bonne performance prévue du secteur ne sera pas le fait du retour à la normale des résultats de la BCM. Certes, de 28 MDH en 2002, le bénéfice net de la banque est passé à près de 430 MDH cette année. Mais ce différentiel positif (+400 MDH) a été annulé et même rendu négatif par la baisse des résultats de Wafabank (-614 MDH). Ces derniers passent en effet d’un bénéfice de 225 MDH à une perte de 390 MDH.
Les bonnes nouvelles sont attendues du côté d’autres intervenants :
– le CIH, dont la perte devra être réduite de près de 300 millions de dirhams, prévoient les analystes, grâce à l’effort de restructuration entamé depuis plusieurs années maintenant ;
– la BMCE-Bank, qui devra annoncer un résultat en hausse de près de 150 MDH, sauf mauvaise surprise ;
– la BMCI, que les observateurs jugent capable d’améliorer ses réalisations de quelque 50 millions ;
– le Crédit du Maroc, enfin, qui a déjà publié ses résultats. La filiale marocaine du Crédit Lyonnais, après dotation de 176,6 millions de dirhams de provisions nettes, en diminution de 22,1 % par rapport à l’année dernière, affiche un bénéfice net de 180 millions de dirhams, soit une progression de 41,5 % ou 50 MDH de plus qu’en 2002.
Les résultats cumulés du secteur coté, qui ne compte plus la BNDE, devront presque tripler par rapport à l’exercice précédent.
Tout dépendra, là aussi, des efforts « de mise à niveau » des bilans, à l’image de ce que la BCM a entrepris dans les comptes de Wafabank : près d’un milliard de dirhams de provisions…

Assurances : la reprise de la Bourse embellit les comptes des compagnies
La perte enregistrée l’année dernière par ce secteur coté se transformera en gain et le différentiel sera substantiel. On prévoit un bénéfice net de près de 200 MDH, contre -90 millions l’année dernière. Si tout se passe bien, cela représentera 9 % du résultat global de la cote. Mais les observateurs craignent un provisionnement excessif de la part du nouvel actionnaire de référence (BCM) de Wafa Assurance, ce qui est à même de démolir complètement ces prévisions. Quelques observateurs, une minorité, pensent toutefois que la BCM ne procédera à la «mise à niveau» du bilan de la compagnie d’assurance qu’à l’issue de l’audit en cours. L’avenir proche nous le dira, mais, en attendant, mentionnons que les compagnies du secteur ont eu la possibilité en 2003 de réaliser de belles plus-values grâce à la reprise de la Bourse et de rompre avec plusieurs années de crise.
Crédit à la consommation : bientôt une conformité totale avec la réglementation
Les analystes s’attendent à une amélioration de près de 20 % des résultats cumulés de ce secteur au terme de l’exercice 2003. Mais cela ne tirera la croissance bénéficiaire de l’ensemble de la cote que de quelque 20 millions de dirhams.
Jusque-là, une seule société a annoncé ses chiffres. Il s’agit d’Eqdom, leader du marché. A près de 124 MDH, elle affiche une progression de 20 %. Mais attention, ces données intègrent également celles de Sogécrédit, absorbée au courant de l’année dernière, avec effet au 1er janvier 2003.
Le secteur devra se conformer à la circulaire N°19 relative à la classification des créances en souffrance et à leur couverture par les provisions.
Un grand effort de provisionnement a été fourni l’année dernière déjà, mais quelques sociétés du secteur ne sont toujours pas en règle. La maîtrise des charges d’exploitation se poursuit en parallèle, avec un regain d’activité cette année, favorisé par le lancement de nouveaux produits (location avec option d’achat…) et par les innovations marketing.

Autres secteurs : évolutions contrastées
Les autres secteurs de la cote évolueront, à une exception près, dans le bon sens. Les secteurs agroalimentaire, mines, distribution, emballage… progresseront globalement de 10 %, dégageant ainsi un bénéfice supérieur de 150 MDH par rapport à 2002. Les analystes s’attendaient à ce que ce bond soit annulé par la mauvaise performance de la Samir. Mais, à la surprise générale, le raffineur a annoncé, ce jeudi, un résultat net de 417 MDH, 5 % de plus qu’en 2002. Il faut dire aussi que ce résultat est dopé par des opérations financières et non courantes. Le résultat d’exploitation chute, lui, de 87 % par rapport à 2002, pour s’établir à 76 millions de dirhams. Motif invoqué : baisse du niveau d’activité, augmentation des dépenses engagées pour la maintenance des installations et le renforcement de la sécurité après les incendies qu’a connues la société en novembre 2002.