La Bourse revient à  des niveaux plus raisonnables

Les 54% de performance annuelle affichés début mai ont été ramenés à  28% en moins d’un mois.
Prise de bénéfice, correction technique et participation aux introductions en Bourse en sont les principales raisons.
Des valeurs ont chuté et d’autres ont résisté à  la tendance.


Le 10 mai 2006 marque une rupture avec le cycle de hausse inhabituelle qu’avait enregistré la Bourse de Casablanca depuis le début de l’année. Le Masi, indice de toutes les valeurs cotées, avait atteint le 9 mai une performance annuelle inégalée de 54,23%, et le Madex, indice des valeurs les plus actives, a évolué de 58,73%. Le lendemain, les deux baromètres de la place ont commencé à  chuter, causant la crainte des investisseurs. Une crainte fondée puisque, vingt jours plus tard, le Masi avait chuté de 19,26% tandis que le Madex perdait 19,73% par rapport au 9 mai. La semaine suivante, la Bourse a repris son trend haussier (+3,67% pour le Masi). Mais le lundi 5 et le mardi 6 juin, les deux indices ont encore perdu près de 3%. Ils ont ainsi clôturé la séance du mardi avec des performances annuelles de 28,31% pour le Masi et de 31,32% pour le Madex.
Pourquoi cette baisse brutale ? Qu’est-ce qui explique la forte variabilité de ces dernières semaines ? Posées à  des analystes financiers de la place casablancaise, ces questions ont reçu des réponses diverses, avec, toutefois, quelques appréciations communes : correction technique du marché, qui était devenu trop cher, et mouvement collectif de prise de bénéfices.

«La Bourse a enregistré une évolution spectaculaire en l’espace de quatre mois uniquement. Les investisseurs ont donc voulu récolter les fruits de cet engouement, tout en permettant au marché de se calmer pour reprendre à  nouveau», explique l’un d’entre eux. Ce dernier ajoute que cette correction était attendue par les professionnels. Fait révélateur, plusieurs analystes ont confié à  La Vie éco être contents que la baisse se produise maintenant plutôt que vers la fin de l’année. Explication : si la hausse avait continué au même rythme, la correction aurait été plus pénalisante.
Outre ces explications, d’autres sont proposées et n’en sont pas moins argumentées. Un analyste d’Upline Securities précise qu’il y a deux autres raisons à  ce mouvement baissier. La première concerne les investisseurs institutionnels. Selon lui, ces derniers ont voulu s’approvisionner moins cher sur le marché, et ont donc provoqué la baisse, qui s’est accentuée quand les petits porteurs ont adopté le même comportement. La deuxième raison est relative aux introductions en Bourse qui se préparent ou se déroulent actuellement (Mediaco, Cartier Saâda et le groupe Addoha). Voulant récupérer du cash, les investisseurs ont commencé à  vendre leurs actions pour pouvoir participer à  ces différentes opérations.

Les secteurs qui ont le plus chuté sont ceux qui avaient le plus pris
Mais que ce soit l’une ou l’autre de ces raisons qui explique cette forte correction, ou toutes réunies, le marché évolue actuellement à  un niveau de valorisation plus raisonnable et reste malgré tout attrayant vu la performance annuelle des deux indices. Seulement, durant cette période de baisse, des valeurs ont été plus impactées que d’autres, sachant que certaines ont même évolué positivement. D’o๠l’intérêt de faire un zoom sur le comportement des secteurs et des valeurs depuis ce fameux 9 mai.

Sur les 21 secteurs représentés à  la cote, 18 ont enregistré des baisses, mais à  des niveaux différents. Ce qui retient l’attention, c’est que ce sont les secteurs qui ont le plus pris depuis le début de l’année qui ont le plus perdu. La plus forte variation négative entre le 9 mai et le 6 juin a été enregistrée par le secteur du bâtiment et des matériaux de construction. Après avoir dépassé les 84% de performance, cette classe de valeurs a baissé de plus de 22%. Mis a part le fait que les valeurs formant ce secteur (Lafarge, Sonasid, Holcim…) avaient beaucoup pris depuis le début de l’année et qu’elles représentaient un risque de correction plus élevé, leur baisse s’explique aussi par leur liquidité puisque les investisseurs désirant récupérer leur mise ont d’abord cédé ce qui était le plus facile à  vendre.
Une théorie qui se vérifie pour d’autres secteurs qui ont également chuté. La deuxième place revient aux sociétés de portefeuilles et holdings, avec une baisse de près de 19%, après avoir atteint les 40% de performance annuelle. Elles sont suivies par le secteur du pétrole et gaz qui perd 17,62% sur la période.

Le secteur des télécommunications occupe la quatrième place, avec -17,25% de baisse entre le 9 mai et le 6 juin, et ce après avoir atteint les 42% de performance annuelle. Il faut savoir que Maroc Telecom pèse plus que le tiers dans la capitalisation boursière du marché, et donc, même si l’opérateur vient au troisième rang au niveau des baisses, son impact a été le plus important sur la performance globale du marché. Hormis l’impact de la baisse globale du marché, la rumeur sur une éventuelle OPA (offre publique d’achat) sur Maroc Telecom de la part d’une holding française, qui a poussé quelques actionnaires à  vendre leurs titres, a eu son petit effet. Enfin, les sociétés de financement viennent après les télécoms (-16,90%) et sont suivies par les banques (-15,82%), les mines (-15,80%) et les services aux collectivités (-12,84%).

Les petites capitalisations ont tenu bon
Ce sont surtout les secteurs des petites capitalisations qui ont résisté au choc. Logiciels et services informatiques, chimie, papier, immobilier…, ils n’ont connu que des baisses comprises entre -2% et -7%, et certaines ont même évolué positivement. On peut dire que leur petite taille et leur faible liquidité leur ont permis de se prémunir contre la tendance baissière du marché.
Le secteur qui a le moins baissé est celui de la chimie, avec -2,89% au 6 juin, après avoir enregistré une hausse annuelle de 40%. Il est suivi par celui de l’industrie pharmaceutique (-5,26%), de la distribution (-5,28%) et du papier (-5,37%).
A contrario, trois secteurs ont profité de la baisse. L’emballage est sorti du lot durant la période du 9 mai au 6 juin, avec une variation positive de 9,58%, capitalisant sur sa performance annuelle pour atteindre les 23,71% depuis le début de l’année. Les logiciels et services informatiques ont pu également tirer leur épingle du jeu pour afficher +0,5% le 6 juin par rapport au 9 mai. Un autre secteur a évolué positivement dans ce contexte. Il s’agit des loisirs et hôtels, abritant Risma, la nouvelle recrue de la cote. Etant nouvellement introduite, et présentant encore un potentiel de hausse, l’action Risma a résisté au mouvement de vente massif, malgré qu’elle ait connu quelques séances de baisse. Par rapport à  son prix d’introduction, elle a évolué de près de 54% au 6 juin.

Certaines valeurs ont résisté à  la baisse
Bien entendu, il ne s’agit là  que d’appréciations sectorielles. L’analyse par titre révèle, elle, des nuances. Globalement, sur les 55 valeurs cotées, 42 ont baissé. En première ligne se trouvent les cimentières Lafarge et Holcim, avec respectivement -24,70% et -24,52%. Après avoir atteint des performances annuelles de plus de 70%, les deux valeurs affichent, au 6 juin, des variations annuelles de moins de 40%. Elles sont suivies par la valeur BMCI (-23%), Eqdom (-22,40%) et la SNI (-22,37%). L’opérateur historique des télécoms occupe la douzième place avec -17,25%.

Pour conclure, on notera que huit valeurs ont évolué positivement durant cette période et que trois autres ont stagné. La palme revient aux Grandes marques et conserveries chérifiennes (LGM), qui a enregistré une hausse continue jusqu’au 6 juin. Depuis le 9 mai, elle a fait un bond de 70%, ce qui porte sa performance annuelle à  87,74%. LGM est suivie par Rebab Company et Le Carton, avec respectivement 16,94% et 16,23%. Branoma, Oulmes et Sothema, quant à  elles, n’ont subi aucun changement durant cette période.

Trois questions à  :
La Bourse devrait clôturer l’année avec une performance de 30 à  40%.

Jbili yahya
Trader actions, Upline securities

La Vie éco :Le marché a pris plus de 54% depuis le début de l’année puis s’est calmé. Pensez-vous qu’il est encore surévalué ?
Jbili Yahya : Le marché a pris des niveaux de valorisations exagérés depuis le début de l’année. Il faut dire qu’il était temps qu’il retrouve des cours raisonnables et que les craintes de formation d’une bulle spéculative se dissipent. Avec un PER de 18, le marché présente des opportunités intéressantes à  l’achat.

On parle de liquidités abondantes et de manque de papier. Pensez-vous que cette situation maintiendra une tendance haussière sur le marché, sans tenir compte des fondamentaux des sociétés cotées ?
Il est clair que le niveau de liquidité disproportionné par rapport à  la profondeur du marché booste la croissance rapide des indices. Mais les nouvelles introductions en Bourse devraient apporter plus de profondeur et de l’air frais à  un marché qui en a vraiment besoin. De ce fait, le choix des valeurs sera surtout fait en se basant sur les fondamentaux et le bon sens.

Selon vous, sur quelle note devrait s’achever l’année 2006, sachant que les résultats semestriels viendront alimenter le marché en information ? Et quelles sont les hypothèses de base de votre prévision ?
Au début de l’année, les analystes d’Upline, tout en étant conservateurs, avaient prévu une performance de l’ordre de 30 à  40% en se basant sur les hypothèses suivantes :

  • Une hausse de l’ordre de 13,38% pour la croissance bénéficiaire des sociétés cotées ;
  • Le contexte de liquidité causerait une forte hausse des investissements locaux en Bourse ;
  • Les introductions augmenteraient la capitalisation en Bourse de l’ordre de 10 à  15% durant les deux prochaines années (Risma, Addoha, RMA Al Watanya, Akwa, Ynna, etc.)
  • Forte hausse des investissements de fonds étrangers grâce à  l’attrait que présente le Maroc par rapport aux autres marchés émergents.