La Bourse réagit davantage à  la conjoncture qu’aux résultats des sociétés cotées

La baisse de 14% affichée par le Masi au 25 septembre est plus liée à  la morosité du marché qui prévaut depuis le début de l’année. La publication des résultats en baisse et les profit warnings n’ont pas arrangé la situation.

La Bourse ne réagit plus de façon claire à la publication des résultats des sociétés cotées. C’est l’avis de plusieurs analystes contactés. Au 25 septembre, 43 sociétés cotées avaient annoncé leurs résultats au titre du premier semestre de cette année, soit plus de la moitié de la cote. De ces résultats, on peut certes dégager une tendance baissière de la capacité bénéficiaire globale de la cote. En effet, entre la multiplication des profit warnings et des résultats effectivement en retrait ou en stagnation, on peut en toute logique s’attendre à ce que la masse bénéficiaire des sociétés cotées soit en recul au titre de ce premier semestre. Mais cela n’explique pas toute l’ampleur de la baisse actuelle des indices boursiers car elle dure depuis le début de l’année, sachant que 2011 a également été une année baissière.

Au 25 septembre, la contreperformance de l’indice Masi avait atteint 14,13%. A fin juin, cette variation était à -8,83% seulement. 5,30 points supplémentaires de baisse que les professionnels attribuent plus à la morosité globale du marché qui dure depuis plus d’un an qu’aux publications actuelles des résultats. Et il n’y a qu’à voir l’évolution des volumes enregistrés sur le marché central pour s’en convaincre, sachant que quand le marché est alimenté en information, il est censé en temps normal afficher une hausse des volumes. Sur les six premiers mois de l’année, la moyenne quotidienne des transactions ressort à 121 MDH. Depuis le mois de juillet, elle est passée à 63,5 MDH.

Un analyste de la place explique : «Le trend baissier emprunté par le marché depuis le début de l’année pèse beaucoup sur le moral des investisseurs. Ainsi, la publication des résultats, même si ces derniers sont positifs, n’impacte que légèrement le cours des valeurs. Et quand c’est le cas, l’impact se produit en un laps de temps très réduit, soit le jour même de la publication». La valeur finit en effet par être rattrapée par la conjoncture, à savoir le manque de cash, l’absence de papier frais, l’aversion au risque et le désintérêt des boursicoteurs du marché actions en faveur des produits de taux.

Un autre analyste impute, lui, le creusement de la baisse en partie aux résultats décevants du marché, notamment à Maroc Telecom dont le bénéfice a baissé de 21,5%, à 3 milliards de DH. «Etant donné qu’elle accapare près de 22% de la capitalisation globale, la baisse de son résultat net a accentué la baisse du marché», explique-t-il.
De plus, la Bourse a été touchée également par les nombreuses publications des profit warnings, surtout par certaines grandes capitalisations. Impactées par la conjoncture internationale, une recrudescence de la concurrence, le poids des investissements engagés ou des perturbations internes, Sonasid, Risma, Delta Holding, S2M, Stroc Industrie, SNEP, Maghreb Oxygène et Colorado ont toutes publié des avertissements sur les résultats faisant état de réalisations non conformes à ce qui a été initialement prévu. Par conséquent, ceci a pesé sur l’évolution de la place de Casablanca.

Dans ces conditions, les investisseurs ont préféré se maintenir en retrait : «Les opérateurs ne veulent ni acheter ni vendre jusqu’à ce que la situation s’éclaircisse», affirme un trader. Et le peu de mouvement transactionnel observé sur le marché est plus à la vente qu’à l’achat. Les boursicoteurs particuliers, surtout, de plus en plus découragés, adoptent une politique vendeuse. Autrement dit, anticipant une baisse plus accentuée du cours d’une valeur, ils préfèrent couper leurs positions pour ainsi se positionner à un cours plus bas au moment où la valeur présenterait un potentiel de hausse intéressant.

Le marché reste cher malgré tout

Quoi qu’il en soit, même si le marché a perdu plus de 14% de sa valeur depuis le début de l’année, il demeure chèrement valorisé par rapport à des places comparables telles que la Tunisie et l’Egypte. Et pour cause, certaines valeurs comme BMCE et la CGI qui traitent à des PER (rapport entre le cours de l’action et son bénéfice net unitaire) de 36 et 40 respectivement contre à peine 15 pour le marché. D’un autre côté, les perspectives d’évolution des bénéfices de certains secteurs de la cote, dont celui des télécommunications et des banques ne dénotent d’aucun redressement de la situation. En effet, Maroc Telecom, face à la recrudescence de la concurrence et le maintien des investissements en réseau, devrait enregistrer des résultats en retrait pour encore quelques années. Du coup, son cours en Bourse ne cesse de baisser, tirant vers le bas l’ensemble des autres valeurs vu le poids de l’opérateur télécoms dans la cote. De même, «le contexte d’assèchement des liquidités qui prévaut sur le secteur bancaire affectera forcément les résultats des banques, d’autant que la croissance des crédits marque un ralentissement. Au mieux, les bénéfices de ces dernières seront en très légère amélioration à la fin de cette année», conclut un analyste. Conséquence : le marché devrait poursuivre sa baisse, surtout si aucune introduction en Bourse de taille n’est opérée.