La Bourse n’arrive pas à  redécoller malgré l’annonce des résultats 2008

Le marché a baissé de 8% en mars alors qu’on s’attendait à  une reprise avec la publication des résultats 2008.
Les institutionnels peu actifs et les particuliers fébriles : ils sont déçus par une croissance moins forte des bénéfices et peu confiants pour 2009.
Peu d’analystes s’attendent à  ce que le marché s’inscrive à  la hausse ou même stagne.

Finalement, ceux qui croyaient que la Bourse de Casablanca allait reprendre le chemin de la hausse avec la publication des résultats annuels au titre de l’année 2008 se sont trompés. Depuis le début du mois de mars, le marché a en effet baissé de près de 8%, ramenant sa performance depuis le début de l’année 2009 dans le rouge, à -5,30% au 31 mars. Il s’agit d’un recul qui confirme, selon plusieurs professionnels du marché, la tendance baissière entamée par la place depuis le quatrième trimestre 2008, et qui laisse présager une poursuite du contexte de morosité, si ce n’est une aggravation de la baisse, tout au long de cette année.
Pourtant, après avoir touché son plus bas niveau en début d’année (-13,8% le 8 janvier), le Masi, indice de toutes les valeurs cotées, est entré dans une phase haussière qui a duré jusqu’à fin février et à l’issue de laquelle il avait gagné près de 20%, ramenant sa performance annuelle dans un territoire positif. S’agissait-il d’une hausse technique ou d’une tendance de fond ?
Selon Kamal Bennani, directeur commercial de la société de gestion Orange Asset Management, «le marché remontait entre janvier et le début du mois de mars car les investisseurs anticipaient la publication de bons résultats au titre de l’année 2008».

Des mauvaises surprises dans les résultats 2008 des sociétés cotées
Qu’est-il arrivé ensuite ? «Avec la succession des annonces, la place a fait le constat qu’il y avait des réalisations moins bonnes que prévu, et que d’une manière générale la forte hausse attendue des résultats n’allait avoir lieu», poursuit le responsable.
En effet, les résultats de certaines sociétés cotées qui pèsent sur le marché, même s’ils sont en hausse, ont progressé de manière moins importante que ceux de l’année précédente. Les cimentières et les sociétés de matériaux de construction affichent une croissance bénéficiaire limitée (+11,6% pour Holcim contre +21% en 2007, +2,9% seulement pour Sonasid contre +22% l’année dernière…), voire négative (-10,6% pour Ciments du Maroc). Les deux principales compagnies d’assurance de la cote, Wafa Assurance et Atlanta, ont publié des bénéfices en baisse respectivement de 22,6% et 54,1%. Pour sa part, Managem a réalisé un déficit de près de 600 MDH contre 200 MDH de bénéfice l’année dernière, ce qui a aggravé significativement les résultats agrégés de la cote. Et le groupe Ona, qui pèse beaucoup dans la capitalisation boursière, a dégagé un résultat net part du groupe, en baisse de 35% par rapport à 2007.
En gros, les professionnels tablent sur une croissance moyenne des bénéfices au titre de 2008 de 7% contre une hausse de près de 30% en 2007. Certains parlent même d’une progression  de l’ordre de 4,5% seulement. «Pourquoi voulez-vous que les investisseurs achètent alors que la croissance des bénéfices du marché se tasse ?», confie un analyste de la société de Bourse d’une grande banque de la place qui a souhaité s’exprimer anonymement. «Si c’est pour les perspectives de l’année 2009, il faut savoir que plusieurs sociétés cotées ont été très prudentes concernant leurs prévisions de résultats et certaines mêmes prévoient un recul de leurs activités et résultats», affirme Kamal Bennani.

Le marché est instable car animé par les particuliers
Dans ce contexte qui n’est pas rassurant pour les investisseurs, les institutionnels se sont montrés très prudents et étaient peu actifs sur le marché depuis le début de l’année. «Ils gardent toujours leurs positions mais ils n’agissent que rarement sur leurs portefeuilles», précise un trader. «Le marché reste essentiellement animé par les particuliers qui sont très fébriles et qui réagissent sensiblement aux rumeurs et au manque d’information», ajoute-il en donnant à titre d’exemple le comportement de ces derniers vis-à-vis du titre Addoha, dont le cours a progressé après l’annonce du chiffre d’affaires, puis a baissé durant le mois suivant en raison des spéculations sur les résultats de la société, et, enfin, a repris après la publication d’un bénéfice en forte hausse. Un analyste ajoute par ailleurs que ni les institutionnels ni les particuliers n’ont réagi, comme ce qui se fait à l’international  par rapport à la baisse du taux directeur de Bank Al-Maghrib à 3,25%, décision censée relancer l’économie et de facto profiter aux sociétés cotées à la Bourse de Casablanca.
Compte tenu de cet attitude des investisseurs, il est prévu par certains professionnels que les cours replongent après la fin de la période des publications des résultats, c’est-à-dire au cours du mois d’avril. «Le marché est toujours inscrit dans une tendance baissière de fond. Les investisseurs  essaieront de liquider plusieurs de leurs positions dès qu’ils auront une visibilité globale sur les réalisations de 2008», confie un analyste qui précise en plus qu’il sera difficile de sortir du marché vu la faiblesse des volumes de transaction depuis le début de l’année.
Pour Kamal Bennani, la Bourse devrait plutôt entrer dans une phase d’attentisme à partir d’avril avant de céder à une tendance baissière. Il rappelle à ce titre le comportement du marché en 2008 qui est resté hésitant tout au long de la période de mars-septembre avant de chuter. Pour lui, il se peut que le Masi rétablisse sa performance annuelle dans un territoire positif à court terme, mais la tendance reste baissière sur le moyen terme et l’indice pourrait descendre au-dessous des 8 000 points, c’est-à-dire réaliser une baisse supplémentaire de plus de 25% par rapport à fin mars.

Les valeurs à fort rendement de dividende devraient résister
Cette baisse qui se profile, même si elle peut être nuisible pour les investisseurs dans l’immédiat, est jugée par les professionnels comme étant salutaire pour le marché. «Malgré la chute enregistrée entre septembre 2008 et aujourd’hui, la Bourse de Casablanca reste chère par rapport aux places comparables», note un analyste qui s’exprime également sous le couvert de l’anonymat. Le multiple de bénéfices du marché pour l’année 2009 est estimé à 18 par Attijari Intermédiation, alors qu’il est de 14 au Koweït, 11 en Jordanie, 7 aux Emirats Arabes Unis et en Egypte et de 6 en Turquie. Certaines valeurs, malgré la chute du marché, restent en effet à des niveaux de valorisation élevés, notamment CGI (47 fois les bénéfices estimés en 2009) et BMCE Bank (27 fois les bénéfices).
Ainsi, il est prévu que la place casablancaise se dirige vers un alignement avec les Bourses régionales en termes de valorisation. Pour plusieurs professionnels, cette correction rétablirait la confiance des investisseurs, vu qu’ils auront à miser moins pour un même rendement, et redynamiserait le marché car cela rendrait le potentiel de hausse plus intéressant. Et si certains pensent qu’il ne faut pas comparer notre Bourse avec les autres, dans la mesure où elles ont été plus impactées par la crise internationale, il faut savoir que même si la place de Casablanca n’intègre pas des secteurs comme le textile ou l’équipement automobile, elle reflète dans une certaine mesure l’économie marocaine qui – plus besoin de preuves pour le croire – n’a pas été épargnée par la crise.
Faut-il alors sortir carrément du marché boursier ? Sur quelles valeurs se positionner en attendant la reprise ?
Les analystes sont unanimes : il faut se positionner sur les titres à fort taux de rendement de dividende. En effet, dans un contexte de baisse de liquidité dans le système financier, les investisseurs auront tendance à privilégier davantage les sociétés qui distribueront des dividendes importants (voir encadré). «Un bon dividende protège l’investissement contre la perte de valeur dans un contexte baissier. 5 ou 6% de rendement compense en effet l’absence de plus-values», explique un analyste.
De plus, vu que les investisseurs seront intéressés par les valeurs à fort rendement, la demande sur ces titres va augmenter et, de facto, ils prendront de la valeur. Tel est le cas par exemple de CMT et de la Snep qui ont gagné respectivement 30% et 29% depuis le début de l’année. Par ailleurs, les investisseurs seront également très regardants en ce qui concerne la structure financière des sociétés cotées, car qui dit endettement élevé dit plus de charges d’intérêts, et donc moins de dividendes à distribuer.