La Bourse de Casablanca toujours peu dynamique dans la région

Une hausse de 1,2% au premier semestre contre 20,3% en Egypte, 15,8% en Turquie et 4,9% en Tunisie.
Le Maroc est à  la traîne également en termes de volume des transactions et d’introductions en bourse.
Les investisseurs étrangers plus intéressés par l’Egypte, la Turquie et la Jordanie.

La Bourse de Casablanca est toujours peu dynamique malgré la reprise constatée depuis le quatrième trimestre 2013. Surtout si l’on compare ses performances à celles des bourses de la région, notamment en matière d’évolution des indices, des volumes et du nombre de sociétés inscrites à la cote. La stabilité politique, le redressement des finances publiques et la résilience de l’économie nationale, longtemps cités par les professionnels comme avantages spécifiques du Royaume, n’ont toujours pas aidé à améliorer la situation du marché. En même temps, les autres pays de la région, qui souffrent toujours pourtant d’instabilité politique et économique, voient leurs bourses accueillir plus d’investisseurs et d’émetteurs.
A la fin du premier semestre, la Bourse du Caire affichait en effet une hausse de 20,3% de son indice principal. La Turquie a fait légèrement moins avec une progression de 15,8% depuis le début de l’année. Même la Tunisie a réalisé une performance semestrielle de 4,9%, au moment où la Jordanie a fait +2,5% tandis que la Bourse de Casablanca s’est contentée d’un petit 1,2%.
En fait, si la Bourse du Caire a le vent en poupe, c’est principalement grâce à son poids en termes de capitalisation boursière (67 milliards de dollars) qui la place au second rang en Afrique après l’Afrique du Sud, avec 212 sociétés cotées. Ce qui offre de la visibilité aux investisseurs étrangers, notamment arabes dont l’appui au marché est quasi régulier en dépit d’une économie fragile. D’ailleurs, leur poids dans les transactions est toujours élevé, à près de 26%. Il est certes en baisse par rapport à son niveau de 2012 (30%), mais il augmente progressivement surtout après l’élection du nouveau président du pays. Aussi, le marché à terme égyptien a largement contribué à fluidifier les transactions de la Bourse du Caire qui ont atteint une moyenne quotidienne de 118 millions de dollars. En plus de l’amélioration du ratio de liquidité, ce marché des produits dérivés permet de protéger les investisseurs des renversements de tendance. Par ailleurs, en dépit d’une situation économique morose, avec un taux de croissance en 2013 de 2,3% qui a valu au pays l’abaissement de sa note de crédit à la catégorie spéculative par Standard and Poor’s, les émetteurs publics et privés reviennent sur le marché. Arabian Cement, par exemple, a réussi à lever 100 millions de dollars sur le marché égyptien au cours du premier semestre. Environ 5 autres introductions sont annoncées pour cette année, dont celle de l’entreprise publique Railways Development Company d’un montant de 120 millions de dollars. Et en vue d’encourager l’investissement à long terme, le gouvernement égyptien est sur le point d’instaurer une taxe de 10% sur les plus-values et les dividendes. Elle serait réduite à 5% pour les investisseurs détenant au moins 25% du capital d’une société coté.
Le marché boursier turc évolue également dans un contexte politique instable. Il s’en est tout de même bien sorti au terme du semestre précédent. Son indice principal BIST 100 a enregistré une hausse de 15,8% contre une baisse de 4,2% à la même période de l’année précédente. La réélection du président a contribué à la réduction du risque politique, ce qui a aidé, de facto, à soutenir la demande domestique et à maintenir le rythme des exportations. C’est ainsi que le taux de croissance est estimé à 4% en 2013. Dans ces conditions, la bourse a été dynamique avec un volume moyen échangé de 1,3 milliard de dollars et une capitalisation globale de 315 milliards de dollars. De plus, une dizaine de sociétés a été introduite en bourse, portant le nombre des sociétés cotées à près de 400, et 30 autres opérations sont planifiées d’ici la fin de l’année.

La Bourse d’Amman s’est aussi redressée par rapport à la même période de l’année dernière. Elle affiche une performance de 4% contre une baisse de 5,8%. Bien que le pays bénéficie d’une certaine stabilité tant sur le plan politique qu’économique, son appartenance à une région de turbulences pénalise sa place financière. D’ailleurs, la part des investisseurs étrangers dans les transactions a baissé par rapport à fin décembre pour s’établir à 13% à fin juin. N’empêche que sa bourse se positionne au même niveau que la bourse turque en termes de volume échangé. En effet, il atteint en moyenne quotidienne 1 milliard de dollars pour une capitalisation boursière de 26,7 milliards de dollars. Seul bémol, le marché n’a enregistré aucune introduction en bourse au premier semestre. Il n’en demeure pas moins qu’elle compte 243 sociétés cotées, soit 3 fois plus que la place casablancaise. Pour rappel, le marché d’Amman évolue dans un contexte où la croissance économique a avoisiné 2,8% en 2013, après avoir pointé à 8% entre 2004 et 2008.

Huit introductions en bourse en Tunisie

Enfin, malgré les mutations politiques du pays et la décélération de la croissance (2,6% en 2013 et 2,8% prévu en 2014), la bourse de Tunis fait également mieux que le Maroc. Elle affiche une performance de 4,9% contre une baisse de 2,5% à fin juin 2013. Néanmoins, les transactions ont généré un volume moyen quotidien de près de 5 millions de dollars seulement. Cela est dû en majeure partie à la faible présence des investisseurs étrangers. En cause, un contrôle des changes excessif pour ce type d’investisseurs couplé à un faible taux de souscription autorisé sur le marché obligataire. Cela sans parler de la restriction totale de la participation étrangère à certains secteurs tels que la distribution, l’immobilier et le secteur financier. Sur un autre plan, la plupart des détenteurs d’actions nationaux possèdent des plans d’épargne assortis d’avantages fiscaux à la sortie à condition d’une détention sur une longue période. Ce qui limite leurs transactions sur le marché actions.
Dans ce contexte, les autorités tunisiennes estiment qu’il est nécessaire de dynamiser la bourse à travers l’ouverture du capital de plusieurs entreprises publiques via la bourse. En effet, après que le marché a enregistré 12 introductions en 2013, il en a accueilli 8 autres au cours du premier semestre, portant le nombre des sociétés cotées à 73, soit presque le même niveau que le Maroc, et ce, pour une capitalisation boursière totale de 9,5 milliards de dollars. Quatre autres introductions sont dans le pipe et l’objectif serait d’atteindre 85 sociétés cotées en 2014 et 100 en 2015.
Le Maroc, lui, avait prévu, il y a quelques années déjà, d’atteindre 150 sociétés cotées en 2015. On en est encore à 74 et le marché enregistre plus de radiations que d’introductions depuis la crise de 2008. La place continue de faire les frais de l’absence de confiance des investisseurs locaux et étrangers. Des signes de reprise sont apparus au début de l’année ; l’indice du marché ayant affiché un plus haut de 5,8%. Mais la situation a fini par se renverser, d’autant que les volumes n’ont pas suivi, se situant toujours à un niveau dérisoire de moins de 10 millions de dollars en moyenne quotidienne.