La Bourse de Casa trop chère ? Pas tant que ça

A plus de 24 fois les bénéfices 2010, le PER global de la cote est l’un des plus élevés parmi ceux des Bourses émergentes.
Mais une dizaine de valeurs influe sur la valorisation du marché.
En les excluant, le PER moyen du marché descend à  17.

En dépit de la chute des cours boursiers, depuis fin 2008, la Bourse de Casablanca reste qualifiée de trop chère. Même Bank Al-Maghrib n’a pas manqué de le signaler dans ses rapports, en précisant que la valorisation du marché casablancais reste plus élevée par rapport à celle de plusieurs pays émergents, comme par exemple la Turquie, la Chine, la Russie et le Mexique.
Que veut dire une Bourse chère ? Le ratio le plus utilisé pour mesurer la cherté d’une place boursière est le Price earning ratio (PER) ou cours boursier rapporté au bénéfice par action. Il est de fait inquiétant quand il s’agit du Maroc. Estimé par les analystes à plus de 24 fois les bénéfices de l’année 2010, il ressort comme l’un des plus élevés du monde, ce qui décourage l’investissement sur la place casablancaise, puisque le délai de retour sur investissement est long.

Cela dit, il faut savoir que le PER du marché est une moyenne pondérée (par les capitalisations boursières) des PER de l’ensemble des valeurs cotées. Et qui dit moyenne, dit indicateur qui peut facilement être biaisé par les données extrêmes. En effectuant le classement des PER de la cote, du plus élevé au plus bas, on constate que seule une dizaine de valeurs dépasse la moyenne du marché. En les excluant du calcul, le PER du marché descend à 17 fois les bénéfices estimés de 2010, soit un niveau nettement plus raisonnable et qui s’approche plus des ratios des autres Bourses émergentes.

Ce n’est donc pas tout le marché boursier casablancais qui est cher, mais uniquement quelques valeurs dont le poids dans la capitalisation boursière est important. C’est le cas particulièrement de la CGI et de BMCE Bank. La première traite à 53 fois ses bénéfices, et son poids dans la capitalisation du marché est de près de 6%. Certes, le cours de la société évolue depuis 2 ans dans une fourchette assez serrée, mais il a connu une envolée spectaculaire au lendemain de l’introduction de la société en 2007, envolée que les bénéfices n’arrivent pas, en proportions, à compenser. Aujourd’hui, la CGI a pratiquement le même niveau de capitalisation que sa consœur de la cote Addoha, alors que cette dernière réalise plus que le double des bénéfices que dégage la filiale de CDG Développement.

BMCE Bank traite, elle, à 45 fois ses bénéfices 2010. Certes, ses résultats ont fortement baissé l’année dernière, suite notamment à l’aggravation du risque, mais il faut savoir que la valeur a toujours eu un PER élevé, même quand son bénéfice avait atteint le milliard de DH. Et malgré des résultats dégradés et un niveau de valorisation élevé, le cours de la valeur ne cesse de progresser, ce qui la rend encore plus chère.

Ces deux valeurs sont celles qui influent le plus sur la valorisation du marché. Car même si, par exemple, le PER de Risma est au niveau spectaculaire de 530 fois les bénéfices, ce dernier ne pèse que peu sur le PER de la cote, la capitalisation de la société (1,6 milliard de DH) étant «relativement» petite par rapport à des mastodontes comme BMCE Bank (42 milliards de DH).

Notons par ailleurs que le PER de plusieurs valeurs est excessivement élevé compte tenu de la réalisation de bénéfices en baisse exceptionnelle. C’est le cas notamment de Risma, dont le résultat commence à peine à se redresser après avoir pâti de la fermeture de l’ex-Hilton de Rabat pour rénovation ; ou  encore du CIH (PER de 84) dont l’opération d’assainissement d’anciennes créances en souffrance a consommé une part importante des bénéfices.

Face à cette dizaine de valeurs, il en existe plusieurs autres dont le niveau de valorisation demeure correct. Au total, ce sont 54 sociétés cotées qui ont un PER inférieur à la moyenne du marché, dont 48 qui ont un ratio inférieur à 20, et 27 dont le PER ne dépasse pas 15, seuil que plusieurs analystes jugent comme étant la limite d’une bonne valorisation. Parmi ces valeurs on peut trouver à la fois les grosses capitalisations à activité mature et les petites et moyennes à fort potentiel de croissance. On peut citer à titre d’exemple la BCP qui traite à 14,9 fois ses bénéfices estimés pour 2010, Maroc Telecom (14,6) qui contribue significativement à réduire le niveau de PER du marché de par sa taille, Disway (13,6), la Compagnie minière de Touissit (10,1), Maghrebail (9,2) et Dari Couspate (9,1).