La Bourse de Casa en stand by, les investisseurs toujours attentistes

Après un plus haut de 4,47%, la performance annuelle du marché est actuellement dans le rouge. Le volume du marché central est en baisse de plus de 50% par rapport à  l’année dernière.

Le marché boursier casablancais est toujours en stand by et la situation ne risque pas de changer de sitôt. Après avoir clôturé l’année 2011 sur une note négative, avec une contre-performance du Masi de 12,86% et une chute de 66% des volumes de transaction sur le marché central, il continue de creuser ses pertes à tous les niveaux. Il avait pourtant entamé 2012 sur une tendance positive ayant porté la performance du Masi à un plus haut de 4,47% atteint la première semaine de février. Cela portait à croire qu’un regain de confiance était en train de s’opérer sur le marché et que les transactions allaient reprendre avec dynamisme. Or, cette hausse a rapidement été épongée par une baisse qui court toujours. En date du 26 mars, le Masi était revenu à son niveau du début de l’année. La variation a viré au rouge et atteint -0,27% pour le Masi . Une année auparavant, le même scénario prévalait. A la même date, l’indice était à une variation de
-0,45%.
Du côté des volumes, le marché central ne totalise depuis le début de l’année que 5,4 milliards de DH, soit une chute de 52% par rapport à la même période en 2011. Le volume global (marché de blocs, apports de titres…) est, lui, en baisse de 78%, à 10 milliards de DH, et le volume moyen quotidien de 79%, à  173 MDH.
Les professionnels du marché expliquent d’abord cette morosité par le contexte global dans lequel évolue l’économie marocaine. «2011 a été une année critique et 2012 n’est pas encore l’année de la reprise en raison, d’une part, de la flambée des prix du pétrole et des denrées alimentaires, et, d’autre part, de la forte pression exercée sur les finances publiques, surtout avec une campagne agricole en repli», avance Youssef Benkirane, président de l’Association professionnelle des sociétés de Bourse (APSB). Mais plus concrètement, la situation actuelle s’explique par l’attentisme des grands investisseurs de la place. «L’inaction qui se poursuit des institutionnels et des OPCVM sur le marché se reflète directement sur le volume, qui est très inférieur par rapport à ce qui devrait se réaliser», affirme le directeur d’une salle de marchés de la place.

Manque d’opportunités et valorisations élevées

Il est clair que les personnes morales se font de plus en plus absentes sur la cote. Et pour cause, on avance principalement le manque d’opportunités à saisir. «La plupart des intervenants, aussi bien institutionnels que personnes physiques, est en stand by dans l’attente d’un éventuel déclic. Les étrangers sont, de leur côté, très discrets pour le moment et semblent favoriser d’autres marchés comme celui du Caire dont l’effondrement de 2011 présente actuellement un formidable potentiel malgré les tensions politiques que connaît encore ce pays», explique M. Benkirane. En effet, en plus d’un volume maigre, la place est valorisée à des niveaux plutôt élevés comparativement à la Bourse de l’Egypte.
De l’avis d’un autre professionnel, «la situation est quasiment alarmante». Dans bien des cas, l’évolution des cours ne répond à aucune logique. A titre d’exemple, Attijariwafa bank et la BCP ont publié de bons résultats au titre de 2011, qui plus est ont été accompagnés par des prévisions favorables. La place s’attendait à ce qu’un engouement se manifeste sur ces valeurs, tirant leurs cours à la hausse, mais rien de ce qui a été prévu n’a été réalisé. C’est à se demander quel signal fort faut-il donner aux intervenants pour qu’ils deviennent plus actifs sur la cote.
Les faiseurs du marché sont à vrai dire en manque de papier frais. Une introduction en Bourse se trouve être, selon plusieurs professionnels, le meilleur moyen pour redynamiser la place. Alors que les grandes sociétés «cotables» qui faisaient parler d’elles préfèrent attendre un contexte meilleur pour s’introduire, les petites et moyennes capitalisations, quant à elles, n’ont pas hésité à franchir le pas, à l’instar de Stroc Industries, Jet Alu et Afric Industrie. Ceci dit, ces dernières n’ont eu quasiment aucun impact sur le marché et ont en plus du mal à décoller. Leur cours se sont dépréciés de 22,5% pour Stroc et 6,83% pour Jet Alu. Seule Afric Industrie réussit à tirer son épingle du jeu puisqu’elle est à 19,5% de performance depuis le début de l’année.
En résumé, le manque de visibilité persiste chez tous les intervenants et investisseurs de la place. L’attentisme du marché quant au redressement de la situation des pays développés, notamment européens, aidant, la bourse ne sortirait pas de son marasme de sitôt, comme s’accordent à affirmer certains professionnels. Selon M. Benkirane, «les investisseurs n’ont pas encore suffisamment confiance quant aux perspectives du marché et des sociétés cotées pour reprendre des positions importantes». Ces derniers préfèrent se positionner plutôt sur le marché monétaire et obligataire dont le rendement est plus intéressant en attendant des jours meilleurs pour le marché actions.
Dans ces conditions, quelles perspectives peut-on avancer pour le marché boursier ? Un opérateur précise : «Techniquement, la bourse devrait connaître une stagnation ou une légère baisse à très court terme». M.Benkirane partage le même avis : «Le marché devrait continuer sur ce trend du moins jusqu’à la fin du mois de juin 2012 ou  jusqu’à la prochaine OPV de Lesieur de laquelle nous attendons beaucoup d’effets positifs».
A court terme, le président de l’APSB table sur une reprise du marché : «Vers le troisième trimestre 2012, avec la publication des résultats semestriels et l’affirmation de l’engagement libéral du nouveau gouvernement ainsi que de son soutien pour le développement des marchés financiers, on devrait revoir notre marché reprendre des couleurs». Pour conclure, M. Benkirane se veut ferme : «Nous sommes face à une véritable crise de confiance qui nécessite un travail de fond de tous les acteurs de la place pour relancer la machine et redonner aux investisseurs et aux entreprises, potentiellement émettrices, des raisons d’y croire à nouveau».