La Bourse de Casa comparée à  celles de Tunis, du Caire et d’Amman

Le marché marocain est deuxième en termes de capitalisation mais troisième en termes de volumes et de nombre de sociétés cotées.
Compte d’épargne en actions et marché alternatif à  la Bourse de Tunis.
La réglementation, l’organisation et la technologie sont au même niveau de développement dans les quatre places.

Plus de 15 ans après la réforme du secteur financier marocain, la Bourse de Casablanca affiche un bilan favorable sur plusieurs aspects et un dynamisme qui tranche entièrement avec son atonie des années 1990. Que ce soit sur le plan réglementaire, technologique ou organisationnel, les avancées enregistrées sont plus que visibles et les pratiques boursières marocaines sont aujourd’hui aux standards internationaux. La taille du marché a plus que doublé depuis le début de la dernière décennie, et les opérateurs ont acquis une maturité et une expertise dignes des places européennes. Sans parler de la qualité des sociétés inscrites à la cote et de la performance enregistrée par le marché durant ces dernières années, qui n’ont pas laissé indifférents les investisseurs tant locaux qu’étrangers.
Cela dit, à l’instar du marché boursier marocain, d’autres places de la région, notamment celles de la Tunisie, de l’Egypte et de la Jordanie, ont également fait des avancées notoires et mené des réformes ayant permis de développer leurs marchés respectifs. Les résultats obtenus ne sont pas de la même ampleur mais quelques-unes de ces Bourses ont évolué plus rapidement que Casablanca sur certains aspects.

306 sociétés cotées en Egypte, 272 en Jordanie, 76 au Maroc et 52 en Tunisie

D’abord, les indicateurs visibles de ces marchés. Celui que la majorité des professionnels évoquent en premier est le nombre des sociétés cotées. Au Maroc, la cote s’est élargie de manière significative avant le déclenchement de la crise en 2008 qui a freiné le processus des introductions. Dix opérations ont été réalisées en 2006 et autant en 2007, avant que 2008 ne clotûre cette dynamique avec 5 introductions seulement. Au final, 76 sociétés sont actuellement cotées à la Bourse de Casa. Néanmoins, ce chiffre reste inférieur à celui des places égyptienne et jordanienne. La première comptait 306 entreprises cotées à fin 2009, et la seconde 272. En Tunisie, la cote regroupe 52 sociétés, ce qui place le Maroc en troisième position.
Malgré ce nombre relativement faible de sociétés cotées, le Maroc occupe la deuxième place au niveau de la capitalisation boursière. En effet, la valeur de toutes les sociétés cotées à la Bourse de Casa était de 60,7 milliards de dollars à fin 2009 (509 milliards de DH), contre 32 milliards de dollars à Amman et 9,4 milliards à Tunis. La capitalisation de la place égyptienne étant, elle, de plus de 86 milliards de dollars.
Il faut savoir, cependant, que la capitalisation marocaine est gonflée par la valorisation de quelques sociétés jugée élevée par les analystes. Il s’agit notamment de certaines valeurs bancaires et immobilières dont le cours boursier représente plus de 40 fois leurs bénéfices. En tout cas, avec cette valorisation, la capitalisation de la Bourse de Casa représente 67% du PIB marocain. Un niveau supérieur à celui de l’Egypte (46%) et de la Tunisie (24%) mais largement inférieur au rapport qu’affiche la Jordanie (une fois et demie le PIB).
Sur le plan des volumes, la Bourse de Casa revient à sa troisième position avec des transactions sur le marché central qui ont totalisé 8,6 milliards de dollars en 2009, contre 13,6 milliards à la Bourse d’Amman, 86,3 milliards à la Bourse du Caire et seulement 1,2 milliard à la Bourse de Tunis. Notons que les volumes ont fortement reculé au Maroc, en Jordanie et en Egypte au cours de l’année dernière, avec des baisses respectives de -40%, -52% et -15% dues en partie au retrait des investisseurs étrangers. Ceci alors qu’en Tunisie les transactions ont enregistré une progression de 10% en 2009 qui résulte de l’engouement des investisseurs pour les deux sociétés introduites durant l’année.

La Bourse de Casa toujours chère par rapport aux places de la région

L’évolution est également contrastée au niveau des indices du marché. La Bourse de Tunis a en effet enregistré une progression spectaculaire de 48% en 2009, là aussi en raison du dynamisme des investisseurs suscité par les opérations d’introductions opérées au cours de l’année. De même, malgré la baisse du volume des transactions, la place égyptienne inscrit son indice EGX 100 (indice des 100 valeurs les plus actives) en hausse de 39%, la présence des investisseurs locaux ayant compensé le retrait des étrangers. En revanche, à Amman, le marché a reculé de 9,18% par rapport à 2008, le poids des investisseurs étrangers étant ici plus important (près de 50% de la capitalisation boursière). Et à la Bourse de Casa, le Masi a clôturé l’année 2009 sur une baisse de 4,92% dans un climat d’incertitude qui a poussé les investisseurs à plus de prudence.
Ce recul du marché casablancais en 2009, qui est venu confirmer la tendance baissière entamée en 2008, n’a toutefois pas permis à la place de réduire son niveau de valorisation jugé élevé par rapport aux Bourses de la région. Le PER du marché (capitalisation rapportée au bénéfice global de la cote) est en effet estimé à 18,7 pour l’année 2009, alors qu’il est estimé à 15,9 à Tunis et à 14,4 à Amman (le PER de la Bourse du Caire n’est pas disponible).

Une fiscalité boursière plus attractive en Tunisie

Malgré toutes ces différences en termes de taille et d’indicateurs d’activité, les quatre places étudiées restent au même niveau de développement sur le plan de l’organisation, de la réglementation et des technologies utilisées. En effet, elles disposent toutes de sociétés gestionnaires autonomes dont la principale mission est d’assurer la liquidité et la transparence de leurs marchés. Sur les quatre places, l’activité de courtage est l’exclusivité d’intermédiaires agréés qui doivent être indépendants par rapport aux intérêts des investisseurs et disposer des moyens nécessaires pour exercer leur métier. L’organisation et le contrôle de ces marchés sont quant à eux assurés par des entités comparables au Conseil déontologique des valeurs mobilières (CDVM) marocain, sur la base d’une réglementation conforme aux directives de l’organisation internationale des commissions de valeurs.
Cependant, certaines différences de taille existent et elles concernent la promotion de la culture boursière au sein de la communauté des émetteurs et des investisseurs. La place tunisienne est notamment très avancée en la matière malgré la petite taille de son marché.
En effet, la Bourse de Tunis compte parmi ses compartiments de cotation un marché dit «alternatif». Il est destiné au financement et à la restructuration des PME en vue de les préparer à intégrer le marché principal de la Bourse. Pour cela, les conditions pour y accéder sont très souples : l’entreprise doit disposer d’un business plan sur 5 ans et un système d’information sécurisé. Elle doit aussi s’engager à publier périodiquement ses résultats et à ouvrir au moins 10% du capital. De plus, aucun seuil minimal n’est exigé pour le capital ou l’âge de l’entreprise. Cette dernière n’est pas non plus tenue d’avoir réalisé des bénéfices ou distribué de dividendes par le passé. Ce compartiment est encore à ses débuts, mais, selon certains professionnels, c’est un atout efficace pour encourager les entreprises à s’introduire en Bourse.
En parallèle, et dans le but de drainer de l’épargne populaire, les plus-values et les dividendes que perçoivent les investisseurs particuliers à la Bourse de Tunis sont totalement exonérés d’impôt. En plus de cela, des comptes d’épargne en actions (CEA) ont été mis en place pour les personnes physiques afin de les encourager à investir en Bourse. Ces produits leur permettent de déduire les montants investis de leurs revenus imposables, à hauteur de 20 000 dinars tunisiens par an (près de 120000 DH) dans la limite d’une réduction d’impôt maximale de 40%, à condition de garder les titres acquis pendant 5 ans.
Avec cette formule, la Bourse de Tunis s’est garantie une épargne importante et durable qui lui permet de faire face aux chocs du marché. «Il n’existe actuellement pas de statistiques officielles sur les montants placés dans les CEA, mais l’on estime que la plus grande partie de l’épargne investie dans la Bourse de Tunis aujourd’hui provient de ces produits», affirme Ghassen Belhadj, directeur général d’Integra Bourse.
La mise en place de ces deux instruments au Maroc pourrait permettre à la place casablancaise de doubler sa taille et de devenir plus attractive aux yeux des émetteurs et des investisseurs. D’autant plus que le management de la Bourse de Casa s’est fixé l’objectif d’atteindre 500 000 investisseurs particuliers et 150 entreprises cotées à l’horizon 2015. Le lancement des plans d’épargne en actions au Maroc est certes sur les rails, mais pour attirer les entreprises à la cote, seules la communication et la gratuité des frais de cotation sont prévues, ce qui risque d’être insuffisant.