La Bourse continue de fluctuer et reste chère malgré la correction

Les bons résultats semestriels, déjà  intégrés dans les cours, n’ont pas réussi à  réduire la volatilité du marché.
La crise internationale et les niveaux de valorisation élevés empêcheraient un retour au calme.
Les analystes prévoient 10 à  16% de croissance bénéficiaire pour 2008. La répercussion sur les cours est incertaine.

Les séances se suivent et n’en finissent pas de donner des sensations fortes à tous les intervenants à la Bourse de Casablanca. Les petits porteurs, accaparés par la médiatisation de la crise internationale, se sentent bien peu concernés par les bons résultats semestriels des sociétés cotées ; les investisseurs institutionnels soutiennent comme ils peuvent une capitalisation obstinément fluctuante ; les gestionnaires de la Bourse tentent tant bien que mal de calmer les esprits. Entre les uns et les autres, les analystes en perdent leur latin. Pourquoi cette agitation ? Pourquoi les résultats semestriels, pourtant globalement satisfaisants, n’ont-ils pas eu l’effet escompté sur les cours boursiers ? Que peut faire un petit porteur pour minimiser les dégâts ? D’abord, un premier constat qui fait l’unanimité au sein de la communauté financière : les bonnes réalisations auront été au rendez-vous pour ce premier semestre 2008.

Des fluctuations sans reprise effective du marché
Que l’on considère les comptes sociaux ou consolidés des sociétés cotées, la croissance bénéficiaire agrégée s’affiche à deux chiffres. Attijari Intermédiation, qui rappelle que les bénéfices sont en décélération par rapport au 1er semestre 2007, concède que leur niveau «reste toujours élevé».
Télécommunications, secteur bancaire, BTP et agroalimentaire se distinguent par leur rôle de contributeurs les plus significatifs, «sachant que la croissance provient quasiment de l’ensemble des sociétés cotées», estiment les analystes d’Attijari Intermédiation. «Pas de mauvaise surprise», résume pour sa part Sofia Hakam, chef du département analyse et recherche à CFG Group, «exception faite d’Addoha», relativise-t-elle néanmoins. Des exceptions, il y en a aussi eu d’heureuses avec des révisions à la hausse des business-plans, déjà effectives pour Alliances Développement Immobilier, par exemple, ou à venir pour Stokvis (voir valeur de la semaine).
Le problème est que tout cela ne s’est pas traduit au niveau des cours boursiers. «Le marché n’a pas reflété le bon comportement des fondamentaux des différentes sociétés», juge un analyste.
L’évolution du Masi, indice de toutes les valeurs cotées, en apporte la preuve s’il le fallait. Du 30 septembre (date limite de publication des résultats semestriels) au 21 octobre, en effet, l’indice n’aura cessé de fluctuer pour se maintenir en fin de compte à une contre-performance, depuis le début de l’année, de -1,8%. Dans l’intervalle, il se sera certes maintenu en quasi-stagnation (avec -0,22% de régression), mais il aura été capable du meilleur, avec 4,56% de progression, comme du pire, avec jusqu’à -2,3% de baisse enregistrés d’une séance à l’autre. Comment peut-on expliquer ce comportement ?

Des banques étrangères impliquées dans les ventes à découvert ?
Plusieurs raisons sont avancées. La plus médiatisée de toutes, la crise internationale est, selon Mme Hakam, «à l’origine d’un effet de contamination psychologique qui a fait anticiper la correction par tous les intervenants du marché». Selon une autre explication, les niveaux de valorisation sont déjà intégrés dans les cours. Ce n’est un secret pour personne, le marché est cher. «Vu la forte croissance de l’activité des sociétés cotées ces dernières années et la qualité du papier récemment introduit, l’indice de confiance des investisseurs est monté, les poussant à se surexposer sur le marché et à spéculer sur la croissance future. Par conséquent, le marché a été survalorisé», relate Jalal Slaoui, trader à Crédit du Maroc Capital (CDMC).
La valorisation actuelle du marché fait état, donc, d’un Price Earning Ratio (PER) de 26 fois les bénéfices, «ce qui devait se traduire par une croissance d’au moins 20% des résultats semestriels», justifie un analyste. C’est dire que la croissance constatée en ce premier semestre satisfait tout juste au minimum requis et est loin de justifier un regain d’euphorie. «En fait, il faudrait que le marché enregistre une baisse de 15% pour revenir à un niveau normal», ose même un analyste.
Des explications aux pressions à la baisse, on en est également gratifié à travers les «ragots» du marché. Une rumeur persistante fait état du fait que la clientèle de la banque d’affaires américaine Merryl Lynch pratiquait des ventes à découvert, participant à alimenter un mouvement de spéculation à la baisse (voir encadré). En l’absence de preuves, cette hypothèse demeure toutefois une pure allégation. Autre bruit colporté par les milieux financiers : l’exercice en masse par les banques de leurs positions de stop loss. Il faut savoir que, dans le cas du financement par effet de levier, le stop loss est appliqué par la banque prêteuse dès lors que la baisse des cours intervient au-delà d’un seuil fixé par la banque elle-même. Cette démarche permet à l’organisme prêteur de limiter les risques de perte et le provisionnement qui doit s’ensuivre. Les banques, alarmées par le mouvement de correction, auraient donc forcé leurs positions de stop loss, participant par là même à amplifier la baisse déjà engagée.
Cette tendance à alimenter des rumeurs apporte la preuve que le marché a besoin d’être rassuré. Qu’est-ce qui est entrepris justement dans ce sens ? Observés de près par les petits porteurs, c’est d’abord aux investisseurs institutionnels qu’incombe la responsabilité de restaurer la confiance. «Ces investisseurs interviennent effectivement si les niveaux de baisse deviennent alarmants», confirme Mme Hakam.

Les institutionnels et les analystes sollicités pour soutenir le marché
Ces dernières semaines, ces acteurs de référence ont d’ailleurs été sollicités par les professionnels du marché pour soutenir les cours. Des sources concordantes font état de réunions informelles. La dernière en date s’est tenue vendredi 10 octobre. Pur hasard ou action concertée, le même jour, la séance boursière, qui avait démarré en forte baisse, a clôturé en hausse. Mieux encore, au cours de la séance suivante du lundi 13 octobre, le Masi enregistrait son maximum de progression d’une séance à l’autre depuis le début de la correction, soit +4,56%.
Autres acteurs sollicités pour rassurer le marché : les analystes financiers. Ces derniers se font d’autant plus prudents dans leurs recommandations. «En raison de la propension du marché à sur-réagir aux différentes annonces, tout conseil devient particulièrement sensible et doit être mesuré», résume l’un d’eux.
Encore faut-il qu’ils soient eux-mêmes bien servis en information. Ce qui n’est pas toujours le cas. «Les sociétés cotées ont été rares ce semestre à dédier des présentations aux analystes», estime Mme Hakam. Grandes absentes, les compagnies d’assurance auront été les moins coopératives, affirme la responsable.

Miser sur le long terme et se baser sur les fondamentaux
Finalement, que peut-on recommander aux petits porteurs? Le mot d’ordre est de ne pas céder à la panique. «Manifester un manque de confiance en vendant à tout-va ne fait qu’accélérer une baisse qui finit par s’auto-alimenter», résument les professionnels du marché.

Quant à la crise financière internationale, «en faire une fixation empêche de se concentrer sur notre marché», estime M. Slaoui. Certes, certaines sociétés cotées, par exemple HPS, le spécialiste des solutions monétiques, en ont directement subi le contre-coup, notamment en raison d’une non-concrétisation de leur chiffre d’affaires à l’export. Il n’en demeure pas moins que, pour l’heure, «la place casablancaise est épargnée, surtout que la contribution des intervenants étrangers ne dépasse pas les 2% de la capitalisation actuelle, et que la correction a ramené le marché à des niveaux de valorisation plus raisonnables», fait-on savoir auprès du CDMC.

Concrètement, «les investisseurs doivent être plus prudents sur le marché, et se positionner avec une vision long-termiste sur des secteurs dont les fondamentaux sont solides et qui deviennent systématiquement attrayants», recommande M. Saloui. Pour ne citer qu’eux, le secteur agroalimentaire, avec un PER estimé pour 2008 à 9,5 fois les bénéfices et un rendement de dividende de 5,3%, ou les nouvelles technologies, avec des valorisations des mêmes indicateurs à respectivement 12 et 4,8%, figurent au rang des meilleurs élèves. Cela étant, si des nuages assombrissent toujours l’horizon boursier, l’optimisme demeure de mise à moyen et long terme. A commencer par les résultats prévus pour toute l’année 2008. «La sortie de résultats remarquables pour la plupart des secteurs sur le premier semestre nous rassure quant à la croissance bénéficiaire annuelle 2008», fait savoir le département analyse d’Attijari Intermédiation. On y table sur une croissance estimée à 15,7%. Plus modérée mais toujours optimiste, la prévision de Crédit du Maroc Capital mise sur un maximum de 10%.