Jackpot pour les employés de BMCE Bank

En 2003, ils acquièrent près
de 5% du capital de la banque à des conditions avantageuses. Trois ans
plus tard, le rendement de leurs actions est de 150%.
Ils réalisent une plus-value moyenne d’une année de salaire
net.

Depuis quelques semaines, l’euphorie règne au sein du groupe BMCE Bank. Les salariés sont aux anges. Normal, c’est le jackpot ! Ils ont gagné, chacun, une année de salaire net. Une somme qui correspond à la plus-value réalisée sur les actions de BMCE Bank, qu’ils ont pu céder à 1 000 dirhams, alors qu’ils les avaient acquises à 400 dirhams il y a trois ans de cela, à l’occasion d’une offre publique de vente exclusive au personnel de la banque. Des actions acquises ? Pas vraiment, puisque les membres du personnel n’ont eu à débourser aucun centime pour devenir actionnaires de la banque. Le montage a été en effet imaginé de sorte qu’ils puissent financer la transaction moyennant un crédit à taux symbolique, remboursable en une fois, lors de la réalisation de la vente et dont l’amortissement a été couvert par le dividende attaché à l’action.

Une garantie de cours, au cas où…
Des conditions on ne peut plus avantageuses. Mieux encore, les salariés du groupe ont bénéficié d’une garantie de cours. Autrement dit, au moment de la souscription, ils étaient assurés de pouvoir revendre leurs titres à 400 dirhams (soit le prix d’achat), quelle que soit l’évolution des cours sur le marché boursier.

Ils n’avaient pour cela qu’à garder ces titres pendant trois ans, avec l’option tout de même d’en revendre la moitié deux ans après le lancement de l’OPV.
A BMCE Bank, le moral est au beau fixe et les commentaires fusent volontiers. Un cadre supérieur raconte l’ambiance au cours de cette période : «Même ceux qui ne se sont jamais intéressés à la Bourse avaient constamment les yeux rivés sur les écrans et paniquaient à la moindre secousse du marché». Et pour cause, gagner un an de salaire d’un coup n’est pas chose habituelle et certains en ont profité pour réaliser des projets en instance, à l’instar de M. B. qui a pu «faire face à une très grosse dépense et investir même le reliquat». Certains n’en reviennent pas. «C’est la plus importante prime que je n’ai jamais reçue», jubile A. J. ; alors que d’autres se posent des questions d’ordre «existentiel» du type : «Je me vois mal demander une augmentation de salaire au sein d’une banque qui me permet de réaliser une telle plus-value». On estime que «ceux qui n’ont pas participé à l’OPV s’en mordent les doigts aujourd’hui…» . Heureusement, il y a eu une «session de rattrapage». Les réticents de la première vague ont pu bénéficier d’une opération bis puisque le succès de l’OPV de 2003 a conduit le top-management de la banque à lancer une deuxième opération en mai 2005. Les salariés sont détenteurs d’un stock d’actions dont ils peuvent revendre une partie dès mai 2007 (voir encadré en page précédente).

Une banale opération de désengagement qui se transforme en success story
Il faut dire qu’à la base personne ne pouvait prédire un tel succès. Certains analystes et une partie de la presse s’étaient même montrés sceptiques par rapport à cette opération qui semblait à l’origine l’alternative la moins douloureuse pour la banque. Flash-back.
On est en 2002. Commerzbank, l’un des actionnaires stratégiques de BMCE Bank, avec 15% du capital, est en mauvaise posture. Ce grand groupe bancaire allemand, et un des géants mondiaux du métier, décide, dans un réflexe de survie, de céder la plupart de ses participations non stratégiques à l’étranger. Les 15% du capital de BMCE Bank sont sur la liste. Le pacte d’actionnaires donnait naturellement le droit de préemption au bénéfice des entités du groupe appartenant à Othman Benjelloun. Mais Finance.com, à l’époque trop engagé dans un programme d’acquisitions industrielles (qui s’est avéré payant par la suite), n’avait pas le cash nécessaire pour racheter la totalité des actions mises en vente par Commerzbank. BMCE Bank devait entrer en jeu pour détenir ses propres actions, mais elle ne pouvait dépasser le seuil de 10% en auto-contrôle imposé par la loi.

Un arrangement a été trouvé avec Commerzbank pour céder les titres en deux temps. 10% en 2003 et 5% en 2004. Mais à qui céder les titres ? C’est alors que l’idée s’est imposée : permettre aux salariés de devenir actionnaires de leur banque, moyennant des conditions très avantageuses.«Quoi de mieux que de vendre au personnel ces parts et éviter qu’elles ne tombent entre les mains d’une partie tierce. D’autant plus que la surliquidité qui caractérisait l’ensemble du système bancaire à l’époque permettait de financer l’acquisition à crédit à un taux plus intéressant que le coût d’une trésorerie oisive», explique un analyste. Au début, le personnel n’y croyait pas. «Une bonne partie de l’effectif n’y voyait pas d’intérêt. Mais tout le monde s’était dit que s’il n’y avait pas de gain, au moins il n’y aurait pas de perte. Nous ferons du portage de titres pour le compte de notre banque en attendant que les entités du groupe puissent dégager du cash pour les récupérer ou qu’un nouvel actionnaire stratégique fasse son apparition», se rappelle encore ce cadre de la banque. Entre-temps, la donne a changé et le français CIC (Crédit industriel et commercial) a fait son entrée dans le capital de BMCE Bank.
Avec du recul, l’on peut affirmer aujourd’hui que l’OPV était une idée novatrice et extrêmement salvatrice. Aux sceptiques de l’époque, Brahim Touimi Benjelloun, administrateur directeur général de la banque, répond par les chiffres (une rentabilité de 150% réalisée en trois ans pour un investissement de 400 dirhams financés), mais aussi par des éléments qui dépassent le matériel. En effet, et quelle qu’en soit la motivation originelle, l’opération a renforcé l’adhésion du personnel à participer activement aux chantiers de réorganisation et d’amélioration de la politique commerciale de la banque.
Chez BMCE, on parle d’ailleurs de capital humain et non plus de personnel. C’est tout dire !.

Une deuxième opportunité de gain dès mai 2007
Forts du succès de la première OPV, les responsables de BMCE Bank ont remis ça. En mai 2005, près de 4% du capital, jusque-là détenus en propre par la banque, ont été proposés aux membres du personnel, à un prix unitaire de 525 dirhams.
Là aussi, les dirigeants de la banque ont fait une offre généreuse. Les salariés ont eu en effet le choix d’acquérir un volume d’actions représentant l’équivalent d’une année de leur salaire annuel et ce à des conditions préférentielles de financement et structurées, encore une fois, de manière à ce qu’ils n’aient à débourser aucun centime. Le tout, avec une garantie de cours, en cas de retournement à la baisse. La principale condition avait été, comme ce fut le cas pour la première opération, qu’ils gardent leurs actions pendant trois ans, avec l’option d’en revendre une partie avant ce terme. Le premier tiers peut être écoulé dès le 27 mai 2007, un deuxième tiers après le 27 mai 2008 puis le reliquat entre le 1er et le 26 décembre de la même année.

«Un bilan win-win pour le personnel et pour la banque»

La Vie éco : Comment est venue l’idée d’associer les membres du personnel du groupe BMCE Bank au capital de la banque ?
Brahim Benjelloun-Touimi : La volonté du premier actionnaire de la banque et de son premier dirigeant, le président Othman Benjelloun, a toujours été que les fruits de la croissance de l’institution puissent rétribuer, équitablement, l’effort de ceux qui contribuent d’une manière décisive aux performances commerciales et financières.
L’offre publique de vente d’actions BMCE réservée au personnel a été retenue comme véhicule approprié pour concrétiser cette volonté.
Mais, au-delà de l’aspect monétaire et financier que ce genre d’offres représente, il s’agit d’installer une culture de motivation du personnel par l’intéressement, qui puisse permettre au salarié actionnaire de considérer naturellement que le destin de l’institution dans laquelle il œuvre est également entre ses mains. En y œuvrant avec foi et détermination, il contribue à la faire prospérer autant qu’il fait prospérer son propre patrimoine.

Les termes de l’OPV sont très avantageux. Le salarié ne court pratiquement aucun risque et ne débourse rien jusqu’à la réalisation de la plus-value. Même à l’étranger, peu d’entreprises offrent autant de garanties…
Quelle belle expérience que celle vécue cette semaine du 20 février où la banque a célébré l’événement, autour de son président qui a symboliquement sonné la cloche, quand le cours a atteint 1000 dirhams. Cette période est opportune car c’est celle au cours de laquelle, jusqu’à fin mai, l’actionnaire-salarié a le choix de vendre la moitié de son portefeuille d’actions BMCE souscrites en février 2003.
Cette expérience pionnière inspire beaucoup de satisfaction et de fierté pour chacun d’entre nous, salariés, en même temps qu’elle donne l’occasion
d’exprimer de la gratitude pour la vision présidentielle de partage et d’émulation de la grande famille du groupe BMCE Bank.

Plusieurs organes de presse et même certains analystes s’étaient montrés quelque peu sceptiques quant aux intentions de l’opération…
Le chiffre de 600 dirhams de plus-value par action, soit 150% réalisés en trois ans pour un investissement de 400 dirhams financés, représente la réponse la plus objective à apporter.

Quel bilan faites-vous de l’opération : pour la banque et pour le personnel ?
Un bilan win-win, pour le personnel (les chiffres sont éloquents) et pour la banque. Aucun coût n’a été supporté par BMCE Bank dans cette opération. Bien au contraire, le financement à crédit était établi à un taux, certes privilégié, mais réel. Au-delà des chiffres, le bilan est remarquable en termes de motivation, de mobilisation et de fierté d’appartenance au Groupe BMCE Bank.

La réussite de l’opération de février 2003 vous a conduits au lancement d’une seconde offre en mai 2005. Comment cette deuxième expérience a-t-elle été vécue par le personnel ?
L’engouement en 2005 a été, qualitativement, aussi fort qu’en 2003 et, quantitativement, plus affirmé. En effet, la population éligible s’est retrouvée plus importante qu’en 2003. Le personnel, auquel étaient offertes
629 000 actions environ, soit 3,96% du capital, a souscrit à 525 dirhams l’action. Il doit, pareillement, garder son portefeuille boursier jusqu’à l’achèvement dudit programme, soit jusqu’à fin décembre 2008, avec l’option d’en revendre un premier tiers en mai 2007, un deuxième tiers en mai 2008, puis le reliquat à la fin décembre de l’année suivante.

L’actionnariat salarié devient un axe fondamental de votre stratégie globale de motivation des ressources humaines et la banque a réalisé de bons résultats ces dernières années. Une relation de cause à effet ?
La relation que vous évoquez est alchimique davantage que mathématique ou «automatique». Elle se résume dans la «confiance» que manifestent les membres du personnel de la banque et de ses filiales vis-à-vis du présent et de l’avenir de cette institution.

Et à quand la prochaine offre ?
La deuxième offre n’étant pas encore épuisée, il serait prématuré d’évoquer une troisième OPV ni même une quelconque autre modalité d’intéressement. Chaque chose en son temps. L’invariant est la volonté d’association, d’intéressement et d’émulation du capital humain, véritable richesse du groupe financier autour de BMCE Bank.

Brahim BENJELLOUN-TOUIMI Administrateur directeur général de BMCE Bank