Investir dans l’art avec un petit budget : des opportunités à  saisir

Les lithographies, sérigraphies, gravures et porte-folios sont plus accessibles que les toiles de maîtres.

Leurs prix se chiffrent au moment de leur lancement à  quelques centaines de dirhams seulement.
Leur valeur est multipliée par cinq en 3 à  4 ans.

Alors que l’indice de la Bourse de Casablanca, Masi, a été multiplié par 11 depuis 1992, «L’Ultime Rêve», porte-folio signé Mehdi Qotbi paru en 1987, a vu sa valeur passer de 2 000 à 40 000 DH actuellement, soit 20 fois plus ! C’est une certitude, l’art marocain est en train de susciter un engouement sans précédent et les bonnes affaires ne manquent pas. Mais, l’autre bonne nouvelle, c’est qu’on peut y investir sans nécessairement dépenser à coup de dizaines de milliers de dirhams. Et pour cela, il faut miser sur les bons produits.
Il y a d’abord les œuvres multiples : les lithographies, les sérigraphies ou encore les gravures. Ces œuvres reprennent un même principe qui est de reproduire en série limitée (100 à 300 copies) un tableau fait main. Chaque exemplaire est numéroté et signé de la main de l’artiste. Seul varie, en fait, le support utilisé pour recopier le motif original sur papier, puisque la soie (du grec seri), la pierre (litho) ou encore le bois et les métaux gravés peuvent être mis à contribution.
«Ces pièces suscitent de plus en plus d’engouement», rapporte Rachid Chraïbi, propriétaire de la galerie d’art Marsam à Rabat. Flairant le bon filon, cet ex-directeur central de banque a été parmi les premiers à investir dans un atelier d’art graphique dès 1975. Depuis sa création, cette structure a réalisé 400 œuvres graphiques qui ont fait beaucoup d’heureux… A l’exemple de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG). Maître d’œuvre dans les années 80 de l’hôtel N’fis à Marrakech, la CDG s’était portée acquéreuse de 300 sérigraphies pour décorer les chambres et les espaces communs de son hôtel. A l’époque, il lui en avait coûté en moyenne 250 DH par sérigraphie. Le prix unitaire à la revente serait aujourd’hui de 5 000 DH au moins. Et comme on ne change pas une recette qui gagne, la même CDG avait récidivé en 1990, en misant sur des sérigraphies pour décorer l’hôtel Jnane Palace de Fès. Cette fois, elle raflera quelque 800 exemplaires pour un prix unitaire de 500 DH. Une bouchée de pain quand on sait que ce prix représente dix fois moins que ce qu’elle pourrait en retirer aujourd’hui à la revente. Il faut aussi dire que la CDG avait misé sur les bons noms : Miloud Labied, Belcadi, Bellamine, Glaoui…

Numérotation, signature, cachet de provenance et certificat d’authenticité à vérifier
Loin d’être l’apanage des plus gros acheteurs, les choix judicieux sont à la portée de tout acquéreur. Comment s’y prendre ? Il faut savoir qu’une œuvre multiple évolue, au même titre que toute autre œuvre, selon la cote de son auteur. Cette cote fluctue elle-même, selon l’intérêt manifesté par le marché. A ce titre, il faut noter que les plus influents prescripteurs se retrouvent actuellement en majorité dans la classe politique et l’entourage royal. La rareté des œuvres intervient également pour faire varier les cotes. L’on comprend dès lors que certains artistes décédés voient systématiquement les prix de leurs œuvres exploser. Selon le même mécanisme de rareté, les œuvres multiples, dont les éditions s’épuiseront au fur et à mesure, auront d’autant plus de chance de voir leur prix flamber.
La fréquentation de collectionneurs et d’évènements artistiques fournit de précieux indices pour pouvoir anticiper les grands noms de demain. Cependant, autant d’efforts n’est pas aussi nécessaire, vu que les galeries d’art, soucieuses de fidéliser un maximum de clientèle, se tiennent prêtes à fournir tous les conseils nécessaires.
S’agissant du  moyen de se procurer des œuvres multiples, ces dernières peuvent être achetées à la source dans les ateliers de gravure opérant à Casablanca et Marrakech, ou par l’intermédiaire de galeries d’art à l’occasion d’expositions. A côté de ces points d’approvisionnement vivote un circuit de commercialisation parallèle constitué d’antiquaires, de brocanteurs et même d’encadreurs. Néanmoins, quelle que soit la provenance de l’œuvre multiple, numérotation, signature, cachet de provenance et certificat d’authenticité se doivent d’être vérifiés.
Etant également des œuvres multiples, les porte- folios sont des recueils couplant des œuvres graphiques (sérigraphie, lithographie ou gravure) à des textes d’auteurs ou de poètes. Même si les collectionneurs aguerris n’y voient parfois que des initiatives purement commerciales, les folios d’art présentent des possibilités de plus-value très alléchantes, comme en témoigne l’évolution des prix de certaines références. Il s’agit, pour ne citer qu’elles, de l’œuvre de Benyessef qui opère un jumelage entre la Koutoubia de Marrakech et la Giralda de Séville. En 3 à 4 ans, son folio d’art qui a démarré à 8 000 DH coûte aujourd’hui 40 000 DH.
Sur le même intervalle, une valeur toute aussi solide, Meriem Mezian, a vu son «Fès dans le Rêve» propulsé de 12 000 à 100 000 DH. Il faut aussi dire que cette œuvre est aujourd’hui épuisée. Presque épuisée, également, «Parole de Nuit de Belkahia» est passé de 800 à 6 000 DH. Les raisons de ces succès ne varient pas de ce qui est valable pour toute œuvre d’art… «L’Ultime Rêve» de Mehdi Qotbi, évoqué plus haut, s’il n’avait pas été offert par feu Hassan II aux participants à un sommet des chefs d’Etat francophones, dans les années 90,  n’aurait pas atteint des pics aussi vertigineux.
Même technique pour un support différent, les tapis muraux, reproduisant les motifs de tableaux de grands maîtres nationaux, effectuent une percée sur le marché marocain. La galerie d’art Marsam avait lancé la mode dans les années 80 en reproduisant sur des tapis les œuvres du peintre Karim Bennani. Récemment, l’expérience a été reconduite avec les œuvres de 13 peintres renommés. Le marché a l’air de suivre vu que la galerie a augmenté ses prix de 12 000 à 20 000 DH en quelques années.
En tout cas, quel que soit le type d’œuvre, «le marché marocain est loin d’avoir épuisé ses ressources et il reste largement de quoi faire», selon Abderahman Saâidi, directeur de la maison de vente aux enchères Memo Arts.