Inclusion financière : un premier bilan encourageant

Depuis 2016, près de 600 000 enfants et jeunes ont bénéficié du programme de la Fondation marocaine pour l’éducation financière. 1 900 artisans ont eu droit à des cycles de formation. Plus de 3 600 petits agriculteurs ont bénéficié d’une action pilote d’éducation financière.

La Fondation marocaine pour l’éducation financière (FMEF) a annoncé récemment l’achèvement de son premier plan stratégique, étalé sur les deux dernières années et qui s’inscrit dans le cadre de la stratégie nationale d’éducation financière en faveur de certaines cibles de la population. Pour rappel, la fondation vise l’inclusion financière, par l’effort de l’information, de la formation et de l’éducation, des publics qui ne sont pas introduits dans le système financier ainsi que la protection des consommateurs des différents produits et services financiers quel que soit leur degré de sophistication. Pour mener à bien sa mission, elle a articulé ses actions autour de 6 axes stratégiques, à savoir assurer la formation des jeunes aux questions financières afin d’encourager le recours aux services financiers formels et des comportements responsables dans le futur ; intégrer l’éducation financière comme composante des programmes de développement économique et social menés par les acteurs publics et privés ; organiser des campagnes de sensibilisation de la population pour améliorer ses connaissances des produits et risques financiers ; promouvoir des programmes de sensibilisation et d’éducation financière pour les TPME ; promouvoir la coopération en matière d’éducation à travers des cadres de coopération, notamment avec les universités et organisations internationales, et, enfin, établir des partenariats avec les institutions impliquées dans la promotion de l’éducation financière. Pour ce faire, la fondation a mené, depuis 2016, différents programmes à destination des cibles identifiées, à savoir les enfants et les jeunes, les acteurs économiques et financiers de l’écosystème de la petite entreprise (micro-entreprise, auto-entrepreneur…), les populations vulnérables (population peu alphabétisée, migrants…) ainsi que le grand public.

Parmi ses programmes phares, ceux dédiés à l’éducation financière pour les enfants et les jeunes. En partenariat avec le ministère de l’éducation nationale et de la formation professionnelle, la fondation a œuvré pour l’intégration de l’éducation financière dans les activités parascolaires et dans les curricula pour les plus jeunes. Organisées au Maroc, depuis 2012, en partenariat avec Child and Youth Finance International, les Journées de la finance pour les enfants et les jeunes (JFEJ) ont été l’occasion de rencontres annuelles de la jeune population avec les acteurs du secteur financier (GPBM, FMSAR et la Bourse de Casablanca) afin de vulgariser leurs missions et produits respectifs. A ce jour, ce sont plus de 570000 enfants et jeunes issus de toutes les régions administratives aussi bien au niveau urbain que rural qui ont pris part à ces journées et bénéficié de leurs programmes. En 2017, plus de 2 000 formateurs se sont mobilisés pour accompagner cet événement avec une participation de 2 686 établissements scolaires, et 1 692 agences bancaires ont accueilli les jeunes participants ainsi que la Bourse de Casablanca et les agences d’assurances.

Toujours dans ce sillage et tenant compte des résultats des enquêtes précédentes sur les JFEJ et des recommandations recueillies auprès des partenaires, la FMEF a élaboré un nouveau livret destiné aux élèves du primaire (7à11 ans) couvrant différents thèmes tels que le budget, l’épargne, le crédit, la banque et les moyens de paiement. Parallèlement, la fondation a développé un programme de formation intégré s’adressant aux inspecteurs, aux enseignants et aux élèves. Ce programme vise la formation autant sur les techniques de facilitation que sur les contenus. A cet effet, deux guides ont été élaborés, l’un sur l’éducation financière pour l’enseignant, l’autre est un manuel de l’élève. Un troisième guide a également été développé pour la formation des formateurs dans ce domaine.

Un livret destiné aux élèves du primaire

Les petites entreprises ne sont pas en reste, puisqu’elles aussi ont bénéficié depuis 2016 de plusieurs programmes d’appui et d’accompagnement visant le renforcement de leurs compétences et leur pérennisation. Pour approcher au mieux cette catégorie, la FMEF a opté pour deux voies : la première s’adresse aux entreprises existantes, principalement les TPE considérées comme peu ou pas intégrées dans le système financier. La deuxième voie mène, quant à elle, vers les entrepreneurs potentiels à travers notamment la promotion de l’entreprenariat auprès des jeunes. Parallèlement, des études sectorielles ont été initiées afin d’affiner davantage d’offres en éducation financière pour cette population et mieux répondre ainsi à ses besoins.

Les mono-artisans par exemple ont bénéficié d’un programme dédié de formation en éducation financière ; il s’agit de cycles de formation organisés au profit de plus de 1 900 artisans exerçant dans différentes régions du Maroc : des outils didactiques et audiovisuels ont été mis à la disposition des participants et des animateurs durant les jours de formation. Pour leur part, les petits agriculteurs ont bénéficié d’une action pilote d’éducation financière, menée dans le cadre d’un partenariat entre la fondation et le Crédit Agricole du Maroc. Action à l’issue de laquelle la FMEF a assuré une première session de formation au profit de 15 cadres/formateurs relais de la banque et qui s’est basée sur un premier recensement des besoins réalisés avec la banque. Depuis, le CAM, s’appuyant sur ces formateurs déploie ce programme auprès des animateurs qui relayent ce contenu auprès d’une clientèle identifiée. Le déploiement de ce programme est toujours en cours. La phase pilote a permis de toucher un peu plus de 1 000 bénéficiaires, dans la seule région du Gharb. En marge du SIAM 2017, le CAM a entamé la deuxième phase de ce projet, en lançant, à travers la FMEF, une nouvelle session de formation des formateurs de la région de Fès-Meknès, ce qui a permis le déploiement du programme auprès de plus de 1 100 bénéficiaires. Le dernier trimestre de 2017 a connu le déploiement de la troisième phase de ce projet à travers l’organisation d’une nouvelle session de formation de formateurs de la région du Rif : pas moins de 1 500 petits agriculteurs ont pu ainsi bénéficier de ce programme dans la région.

La micro-entreprise peine à accéder aux services financiers de base

Enfin, pour le secteur de la microfinance, une convention de partenariat a été signée par la Fondation et Al Amana Microfinance qui a permis de former jusqu’à présent près de 970 clients de cette institution. Ces formations ont été dispensées par les 48 formateurs d’Al Amana, formés préalablement par la FMEF, qui en assure le suivi et le coaching par la suite. Une expérience pilote amenée à être généralisée en partenariat avec d’autres institutions de micro-crédit. En effet, la micro-entreprise constituée d’une ou deux personnes représente près des trois quarts des TPE au Maroc. Plusieurs études relèvent la difficulté d’accès de cette catégorie aux services financiers de base dont le crédit. Ces mêmes études révèlent également une méconnaissance des concepts financiers de base pour une bonne gestion des finances personnelles et professionnelles.

Au final, la FMEF a pu toucher l’ensemble de ses cibles en tenant compte de leurs spécificités, dans le but de promouvoir les principes relatifs à l’éducation financière, partager les bonnes pratiques et améliorer la connaissance de la population relatives aux produits et services financiers et leurs usages.

Par ailleurs, et compte tenu du contexte national marqué par les travaux de définition et de mise en place de la Stratégie nationale d’inclusion financière (SNIF), dont l’éducation financière est considérée comme un pilier fondamental, la FMEF a opté, pour l’année 2018, pour la poursuite des actions non finalisées du plan précédent, tout en priorisant les cibles vulnérables (voir encadré). Le premier plan stratégique fera l’objet d’un bilan ainsi que d’une évaluation afin de s’assurer de l’efficacité des différentes actions engagées, dans l’attente des orientations de la SNIF, dans laquelle le prochain plan stratégique de la fondation devra s’inscrire.

Les analphabètes au Maroc sont souvent peu ou pas intégrés dans le système financier formel. Partant de ces données, la FMEF a placé cette population comme cible prioritaire de ses programmes d’accompagnement. Elle a dans ce cadre scellé un partenariat avec l’ANLCA. Partenariat qui répond à un double objectif : favoriser l’éducation financière des hommes et des femmes analphabètes et participer à l’autonomisation des femmes qui représentent près de 80% des bénéficiaires des programmes de l’agence. L’ambition est qu’au terme de sa formation, l’alphabétisé adulte soit doté des compétences nécessaires pour gérer notamment ses pratiques personnelles de consommation, d’épargne et d’usage de produits et services financiers formels. L’objectif également est qu’il soit en mesure d’initier et de gérer un projet professionnel (TPE ou AGR…), garantie de son insertion socioéconomique. Dans le cadre de ce partenariat, la FMEF déploie un programme national de formation des formateurs dans les douze régions administratives du Royaume. Un programme de 38 modules, d’une enveloppe horaire de 37 heures.

Dans le cadre du projet IRAM (Inter-regional Arab Labour Migration) et partant de la convention de partenariat signée par la Fondation marocaine pour l’éducation financière et l’Organisation internationale du travail, un programme d’éducation financière a été conçu à destination des migrants. A cet effet, la FMEF avait mené durant l’exercice 2015-2016 des enquêtes qualitatives pour identifier les besoins des immigrés en matière d’éducation financière, lesquelles enquêtes ont également ciblé les Marocains résidents à l’étranger. Sur cette base, un programme est né et s’est articulé principalement autour de la réalisation et du déploiement d’une valise pédagogique qui se décline en deux outils majeurs, un manuel pour le formateur pour le Maroc, la Tunisie, l’Algérie et l’Egypte et un livret pour le bénéficiaire spécifique au Maroc. Cette valise riche de plus de 35 modules de formation a été finalisée en 2016. Pour son déploiement, la FMEF et l’OIT ont organisé en mai 2016 un atelier pour présenter et valider cette valise aux organismes nationaux et internationaux opérant auprès de la population migrante au Maroc.