Grandir par croissance externe : pour quoi faire et comment

Plusieurs objectifs possibles : accroître ses parts de marché, développer des synergies, s’intégrer ou tout simplement faire un bon placement financier.
Rachat total, apport partiel d’actifs ou fusion-acquisition, les modalités diffèrent selon le besoin.
Principales contraintes : trouver le financement, payer le juste prix et gérer les problèmes post-fusion.

Les opérations de croissance externe des entreprises se sont multipliées ces dernières années au Maroc et continuent de susciter l’intérêt de plusieurs opérateurs dans différents secteurs d’activité. On se rappelle bien entendu de celles qui ont été les plus médiatisées, par exemple la fusion de la BCM avec Wafabank en 2004, celle de la RMA avec Watanya quelques années auparavant, l’acquisition d’Es-Saâda par la CNIA en 2007, ou encore la toute récente absorption de Chaâbi Leasing par Maroc Leasing (en cours de réalisation), ces rachats de taille ont permis ou vont permettre à ces établissements de croître significativement et surtout rapidement, de faire face à une concurrence locale qui devient plus rude et de consolider des secteurs qui devront affronter le mouvement de mondialisation et d’abolition des frontiètres auquel assistent tous les pays. Et si jusqu’à maintenant cette forme de développement des entreprises continue d’être au Maroc l’affaire des grands essentiellement, les petites et moyennes structures devront tôt ou tard s’y mettre aussi pour pouvoir se renforcer et survivre dans des conditions économiques et de marché qui deviennent de plus en plus difficiles.

Gain de temps, accès à des technologies nouvelles…, les avantages sont nombreux
Comment définit-on une opération de croissance externe ? Quel est son but ?  Quelles sont ses démarches, ses avantages et ses risques ?(*)
Il faut savoir qu’une entreprise peut assurer sa croissance soit en interne (installation d’une nouvelle usine pour accroîte sa capacité de production par exemple) soit en externe (acheter carrément une autre entreprise). Dans ce dernier cas de figure, il s’agit d’un processus discontinu et exogène de regroupement des ressources et activités de deux ou plusieurs entités. Il se matérialise forcément par une opération d’acquisition. Si l’objectif final reste d’accroître la taille de son entreprise, en termes d’actifs ou de volume d’activité, les motivations directes des opérations de croissance externe peuvent être multiples.
En effet, le regroupement d’entreprises concurrentes permet d’augmenter leur pouvoir de marché et d’abaisser les coûts unitaires. L’association de firmes complémentaires en termes d’activité est motivée pour sa part par la recherche d’effets de synergie (exemple d’une banque et d’une compagnie d’assurance dont les produits sont complémentaires). Quant à l’union d’entreprises appartenant à une même filière, elle correspond à une stratégie d’intégration verticale qui vise à regrouper sous une seule autorité les divers stades de production et de distribution concernant un type de produits ou de services donnés. Par ailleurs, le regroupement de sociétés n’ayant aucun intérêt technologique commun ou des activités totalement éloignées est aussi envisageable si on est dans une logique financière (recherche d’opportunités de profit du moment).
Ainsi, au total, il y a ce qu’on appelle la croissance horizontale ou latérale (stratégie d’expansion par pénétration ou par développement du marché), la croissance verticale (réduire et maîtriser les coûts d’approvisionnement et de distribution) et enfin la croissance conglomérale (logique financière ou de profit adaptée aux holdings).
Les avantages d’une croissance externe sont multiples. «Le premier est l’effet de synergie», affirme Ghislane Guedira Bennouna, associée dans le cabinet Amplitude Conseil. En effet, comme cité avant, racheter un métier complémentaire ou une entreprise concurrente permet de réduire plusieurs centres de coûts, d’améliorer certains processus de l’activité et donner à la société qui rachète plus de pouvoir de négociation.
Outre les synergies, les experts en opérations d’acquisition affirment tous que la rapidité est l’apport majeur de la croissance externe par rapport à celle interne. «Acheter une usine en marche, avec ses marques déjà bien installées sur le marché et ses ressources humaines bien formées nécessite beaucoup moins de temps que de monter une nouvelle usine», explique Mme Guedira.

Emprunt bancaire, introduction en Bourse, fonds d’investissement…, les sources de financement
Il y a aussi la facilité dans l’acquisition de nouvelles parts de marché (pour contrer une offensive d’un concurrent par exemple), surtout dans des secteurs saturés ou difficiles à conquérir (exemple des marchés étrangers). L’accès à des technologies nouvelles ou à un savoir-faire nouveau est également un plus considérable, de même que l’économie des coûts de création de marques nouvelles (moins connues par les consommateurs).
Cela dit, la croissance externe présente également plusieurs problèmes de taille. La première contrainte est de pouvoir digérer l’entreprise rachetée (voir entretien ci-dessus). La seconde concerne le financement. «On est souvent bloqué par cet aspect avant de procéder à l’achat», explique Mme Guedira. En effet, chaque source de financement envisageable souffre de contraintes. Les banques ne prêteront à l’acheteur que si elles ont l’assurance qu’il a la capacité de mener à bien l’opération et de les rembourser, les actionnaires existants exigeront un taux de rentabilité élevé, de même que les fonds d’investissement qui, en plus, de par leur expertise, seront plus regardants sur le montage et les perspectives de l’opération. Il y a aussi le marché financier qui peut financer la croissance externe, notamment à travers une introduction en Bourse, seulement, là aussi, il faudra convaincre un plus grand nombre d’investisseurs de l’intérêt de l’opération.
Outre le financement, il y a la problématique du juste prix. «Est-ce que j’achète au bon prix ? C’est la question que se pose tout acheteur potentiel», confie notre banquier d’affaires. C’est là qu’interviennent toutes les techniques d’évaluation (actif net, actualisation des flux futurs de trésorerie…) et de négociation qu’utilisent les banques d’affaires et les cabinets de conseil qui assistent les acheteurs.
A ces aspects prix et financements s’ajoutent plusieurs autres contraintes, telles que le coût de l’opération qui peut être plus élevé que celui de la croissance interne, la difficulté de trouver une entreprise à acheter dans le secteur visé, le risque d’affaiblissement du pouvoir du dirigeant avec l’arrivée de nouveaux partenaires, sans parler des difficultés lors de l’intégration et des restructurations (conflits sociaux, licenciements pour postes redondants…).
Enfin, pour ce qui est des modalités de la croissance externe, sur le plan juridique, cette opération se traduit par l’achat de droit de propriété soit à travers une participation simple (si elle s’opère dans un seul sens) ou complexe (participations croisées). Pour les différents schémas juridiques, il y a la fusion avec création d’une nouvelle société (dissolution des entreprises fusionnées), la fusion-absorption (la société absorbée est intégrée à la société absorbante et disparaît) et l’apport partiel d’actifs (apport de patrimoine d’une entreprise à l’autre, technique utilisée dans les cas de cession de branches d’activité). Les modalités financières vont, elles, du ramassage boursier (achat régulier et discret en Bourse des actions d’une entreprise) à la participation aux offres publiques de vente (OPV) lors d’une introduction en Bourse, en passant par les OPA (Offres publiques d’achat), les OPE (offres publiques d’échange) et la négociation directe pour les entreprises non cotées.