Gagne-t-on de l’argent en misant sur les «petites» valeurs de la cote ?

Le compartiment «Croissance» de la cote compte 15 valeurs représentant 10 secteurs d’activité. Unimer, Timar, Dari Couspate et Centrale Laitière ont bien évolué : jusqu’à  100% de hausse en trois ans.

C’est un réflexe classique à la Bourse de Casa. La majorité des investisseurs particuliers opte pour les grandes valeurs de la cote quand il s’agit de placer son argent en Bourse. Maroc Telecom, Addoha, Alliances, Attijariwafa bank, Lesieur, Lafarge Ciments…, ce sont en effet ces grosses capitalisations qui canalisent l’essentiel de l’investissement boursier du grand public, et ce, indépendamment de leurs fondamentaux et prévisions de croissance. La raison en est simple : ces valeurs sont liquides et très demandées sur le marché, ce qui les rend, non seulement accessibles et facilement cessibles, mais accroît également leur potentiel de hausse, du fait de la demande soutenue.
Pourtant, il existe un groupe de valeurs qui, même s’il est négligé par les investisseurs, présente un réel intérêt pour les personnes peu averses au risque. Il s’agit des sociétés cotées dans le compartiment «Croissance» de la Bourse de Casablanca, qu’on peut qualifier de «petites valeurs». Elles sont actuellement quinze à occuper ce compartiment, représentant dix secteurs d’activité différents, mais leur nombre peut varier d’une période à l’autre. La société gestionnaire de la Bourse peut en effet procéder semestriellement au retrait ou à l’admission d’une valeur donnée à ce groupe, et ce, sur la base de plusieurs paramètres, notamment le volume moyen de transactions par séance, le nombre moyen de titres échangés, la fréquence de cotation et la capitalisation flottante.
 

Une volatilité qui peut atteindre 10 fois celle du Masi

Timar, Dari Couspate, Unimer, Centrale Laitière, Involys, Auto Nejma, Acred…, ces valeur peuvent évoluer fortement et rapidement pour afficher des performances hors du commun. En 2010, Unimer a pris près de 80% et Timar près de 50%. Même sur le moyen terme les progressions de cours peuvent être très satisfaisantes. Centrale Laitière affiche en effet une performance de plus de 100% sur trois ans, Branoma une progression de près de 60% et Dari Couspate une évolution de 43%. Ceci en sachant que le marché était globalement baissier en 2008 et 2009, et que la performance du Masi, indice générale de la Bourse, est nulle sur trois ans.
Cela dit, les valeurs du compartiment «Croissance», n’affichent pas toutes des variations positives. Acred, par exemple, a reculé de 10% en 2010 et de 44% sur 3 ans. De même, Auto Nejma a fait du surplace en 2010 et affiche une contre-performance de 52% depuis 2008.
D’une manière générale, cette catégorie de valeurs est connue pour être très risquée, et il n’y a qu’à voir leur degré de volatilité pour s’en apercevoir. En 2010, la volatilité du Masi, mesurée par l’écart-type (ampleur des variations de l’indice), a été d’environ 10%, et celle des grosses capitalisations comme Maroc Telecom et Attijariwafa bank n’a pas dépassé 20%. Ceci alors que la volatilité d’Unimer dépasse les 50%, celle de Centrale Laitière approche les 70%, et celle de Balima dépasse carrément les 100%.
 

Des taux de rotation du capital assez faibles

Deux principales raisons expliquent cette forte volatilité : le nombre assez faible de titres qui composent le flottant en Bourse de ces valeurs, ainsi que le volume des échanges qu’elles génèrent et qui peut être vraiment dérisoire. La capitalisation flottante du compartiment «Croissance» était en effet de 2,4 milliards de DH à fin janvier 2011, soit à peine 1,9% de la capitalisation flottante globale de la cote. Elle correspond à un nombre de titres inscrits à la cote qui ne dépasse pas généralement les 100 000 par valeur (58 780 actions pour Centrale Laitière, 44 980 pour Timar et moins de 20 000 pour Zellidja). Et ce n’est pas dû uniquement à la taille relativement petite de ces sociétés, mais également à la part de leur capital qui est ouverte au public. Par exemple, le capital de Centrale Laitière est composé de 942 000 titres, soit une capitalisation boursière de plus de 12 milliards de DH, mais ce sont uniquement 6,24% de ce capital qui est admise à la cote, correspondant à 58 780 actions seulement.
Pour ce qui est du nombre de titres échangés sur le marché, il peut vraiment être très limité. Seuls dix actions Balima ont par exemple été échangées tout au long de l’année 2010, tandis que la majorité des autres valeurs ne dépasse pas un volume annuel de 10 000 titres. Cette faible liquidité peut être mesurée par le taux de rotation du capital (nombre de titres échangés rapporté au nombre de titres composant le flottant en Bourse). Au titre de 2010, ce ratio est par exemple de 0,004% pour Balima, 11,2% pour Taslif, 16,7% pour Fertima et 23,2% pour Dari Couspate. Pour les grosses capitalisations de la cote, le taux de totation peut avoisiner les 100%.
Autre indicateur : la fréquence de cotation. Prenons encore une fois l’exemple de Balima. Cette valeur a été traitée pendant une seule séance en 2010. Les autres valeurs n’ont pas vraiment fait mieux, puisqu’elles n’ont fait dans leur majorité l’objet de cotation que pendant moins de 100 séances sur les 253 qu’a compté l’année 2010

Les quatre valeurs agroalimentaires du compartiment sont prometteuses

Les traders affirment que ces indicateurs de faible liquidité s’expliquent par une certaine rétention que pratiquent les investisseurs. «Ceux qui possèdent ces valeurs ne souhaitent généralement pas les vendre, d’abord parce que c’est assez contraignant de les liquider, mais surtout parce qu’ils auront beaucoup de mal à les retrouver par la suite», explique l’un d’entre eux. Heureusement, de plus en plus de sociétés appartenant à ce compartiment procèdent à des opérations de split de leur capital (multiplication du nombre d’actions par dix suite à la réduction de la valeur nominale de 100 à 10 DH), ce qui permettra d’accroître leur liquidité. Balima et Unimer ont effectué cette opération fin 2010 et Centrale Laitière l’a fait ce début février.
Malgré toutes ces contraintes, les valeurs du compartiment «Croissance» restent intéressante si on se place dans une logique de moyen terme. Le tout est de sélectionner celles qui appartiennent à des secteurs porteurs, et dont les fondamentaux et les ratios boursiers sont attractifs.
L’exemple des valeurs agro-alimentaires de ce compartiment est parlant. Unimer, Dari Couspate, Centrale Laitière et Branoma affichent toutes des performances satisfaisante, en 2010 mais aussi sur trois ans, étant donné la nature défensive de ce secteur en période de crise. Les quatre sociétés ont réalisé en 2009 des bénéfices en forte croissance (+34% pour Centrale Laitière, +17% pour Dari Couspate, +44% pour Unimer et +18% pour Branoma) et devraient enregistrer une bonne progression en 2010 selon les prévisions des analystes. Leur rendement de dividende (dividende par action rapporté au cours) estimé pour 2010 est à un niveau intéressant
(supérieur à celui du marché sauf pour Dari qui est en phase d’investissement) et leur niveau de valorisation, mesuré (PER), demeure attractif malgré la progression de leur cours (17,3 pour Centrale Laitière, 17,1 pour Unimer et 8,5 pour Dari).
Par contre, un secteur comme celui du crédit à la consommation n’est pas porteur actuellement. Taslif et Acred, qui le représentent au sein du compartiment «Croissance», ont enregistré des baisses de cours à l’instar des grosses valeurs du secteur, comme Eqdom et Salafin. Une réaction normale du marché à la mauvaise conjoncture par laquelle passe cette profession, qui est principalement marquée par un ralentissement du rythme de la distribution de crédits et par une hausse du risque d’impayés. Les deux sociétés de financement gardent tout de même des indicateurs boursiers intéressants, notamment un rendement de dividende supérieur à 4% et un PER inférieur à 20.

 

Focus de la semaine

La valeur de la semaine

Autrement vu par Abdellah Amrani