Frédéric Oudéa : Nous nous développerons au Maroc, mais pas à  n’importe quel prix

3,9 milliards d’euros de bénéfice net en 2010 et un coût du risque en net recul. Le groupe adopte une nouvelle stratégie axée sur l’industrialisation des process et le développement de la banque de détail et de financement. Environ 10% de parts de marché pour la Société Générale au Maroc.

Après une année 2009 marquée par les effets de la crise internationale, le groupe Société Générale renoue avec la croissance en 2010. La filiale du groupe au Maroc se porte également bien, avec un résultat qui franchit la barre du milliard de DH. De passage au Maroc, Frédéric Oudéa, Pdg de la Société Générale Monde, nous livre sa lecture des réalisations 2010 et ses prévisions pour l’avenir.

Le groupe Société Générale a enregistré une forte progression de ses bénéfices en 2010. Qu’est-ce qui a permis de générer cette croissance ?

L’année 2010 est pour nous une année réussie qui nous a permis d’avoir un socle sur lequel nous allons continuer à bâtir. Notre bénéfice net s’est élevé à 3,9 milliards d’euros contre 680 millions en 2009, ce qui représente un niveau supérieur à nos prévisions de début 2010. Mais au-delà de cette performance, le plus important pour nous est que tous nos métiers aient contribué à cette croissance.
Nous avons par ailleurs lancé en 2010 notre programme de transformation baptisé «Ambition SG 2015». Il s’étale sur 5 ans et permettra d’adapter le Groupe aux profondes transformations en cours dans le monde.

Justement, pouvez-vous préciser un peu plus la contribution de chaque métier à vos résultats ?

Il y a en premier lieu la banque de détail en France, qui est l’une de nos activités principales. Son produit net bancaire a crû de 4,5% pour atteindre 7,8 milliards d’euros, ce qui est supérieur à nos objectifs et à la croissance économique de la France. Ceci traduit notre engagement dans le financement de l’économie française, puisqu’en parallèle les prêts ont augmenté de 4%. La banque de financement et d’investissement a également généré des revenus en hausse malgré un environnement contrasté. Enfin, la Banque de détail à l’international a enregistré une progression satisfaisante, grâce notamment au Bassin méditerranéen mais également à la Russie, qui est redevenue profitable après avoir souffert de la crise en 2009.

Vos performances sont en nette amélioration, mais qu’en est-il de votre coût du risque et de l’impact de la crise internationale sur vos comptes ?

En ce début 2011, je peux affirmer que les effets de la crise internationale sur nos comptes s’estompent progressivement. Le coût du risque a baissé régulièrement tout au long de 2010. Aujourd’hui, sauf catastrophe économique à l’échelle mondiale -ce qui n’est pas notre scénario central-, je suis confiant quant à la poursuite de cette trajectoire. Il y a certes des géographies qui sont encore plus ou moins en difficulté, mais globalement, la situation s’améliore.

Les soulèvements populaires dans le sud de la Méditerranée ont secoué toute la scène internationale en ce début 2011. Dans quelle mesure ces événements ont-ils impacté votre activité dans les pays où vous êtes implantés ?

Nous avons une banque de détail en Tunisie et une autre en Egypte. Ces deux banques ont fermé quelques jours pendant les soulèvements et ont rouvert normalement. Il n’y a pas eu de dysfonctionnement ou d’impact immédiat grave sur ces filiales. Mais la question reste de savoir quelle sera l’évolution politique de ces pays. Si cette transition démocratique se passe bien, ces pays pourront bénéficier pleinement de leur potentiel de développement économique. Nous comptons les accompagner et confirmons notre stratégie à moyen terme.

Vous avez affirmé avoir adopté un nouveau plan stratégique à l’horizon 2015. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Les prochaines années vont rester relativement difficiles pour les économies développées. L’Europe, notamment, ne devrait pas connaître une croissance très forte, car elle doit encore purger ses excès d’endettement.
Dans ces conditions, et même si nous sommes positionnés en Europe sur des segments de marchés plus dynamiques que la moyenne, il est clair qu’une partie importante de  la croissance viendra de notre présence dans les économies émergentes (Russie, Bassin méditerranéen, Afrique…). Il y a aussi un changement profond de la réglementation bancaire en cours. Toutes les banques vont avoir à s’adapter à des exigences en capital beaucoup plus élevées pour le même montant de risques et de prêts. Il y a aussi les nouvelles contraintes en matière de liquidité… C’est dans ce contexte que nous avons engagé notre plan de transformation «Ambition SG 2015». Notre objectif est de nous concentrer sur trois métiers piliers : la banque de détail en France, la banque de détail à l’international et la banque de financement et d’investissement où nous avons des atouts et qui sont au cœur de la relation client. Nous avons également lancé plusieurs chantiers transversaux pour en particulier améliorer la satisfaction de nos clients et l’efficacité opérationnelle.

Un mot sur la Société Générale au Maroc…

Notre filiale au Maroc se porte très bien, elle continue d’accompagner la croissance du pays. Nous avons ouvert un nombre important d’agences au cours des cinq dernières années, et nous comptons maintenir ce rythme. La croissance des revenus a été satisfaisante, avec en plus une bonne maîtrise des risques. C’est un développement vertueux qui se poursuivra. Nous avons une part de marché d’environ 10%, un niveau satisfaisant que nous comptons améliorer, mais pas à n’importe quel prix.

Vos perspectives pour 2011 ?

L’année 2011 sera une étape importante dans la concrétisation de notre objectif pour 2012, qui est d’atteindre 6 milliards d’euros de bénéfice. Elle sera marquée par la poursuite du développement de nos métiers, par l’amélioration du profil de risque du Groupe et l’avancement de notre plan de transformation sur lesquels toutes les équipes sont mobilisées, au service des clients, y compris au Maroc.